Il y a du Eddy Merckx en Tadej Pogacar, mais Tadej Pogacar n'est pas encore Eddy Merckx

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Eddy Merckx fête ce mardi ses 80 ans. Toujours amoureux de son sport, le Cannibale adore la nouvelle génération, plus que jamais incarnée par Tadej Pogacar. Certains voudraient même d'ores et déjà considérer que l'élève a dépassé le maître. Pas si vite. Ce n'est pas le cas, même si la filiation n'est pas illégitime. Mais si "Pogi" est un spécimen rare, Merckx reste unique en son genre.

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Ni pire ni plus vertueuse que d'autres, notre époque a ses travers, comme toutes ses devancières. Parmi ses tares, elle a une fâcheuse tendance à ce que nous appellerons le syndrome du poisson rouge. C'est particulièrement vrai en sport. Le dernier qui a gagné a raison.
Pas plus tard qu'il y a 10 jours, en tennis, John McEnroe affirmait que Rafael Nadal, à son sommet, n'aurait sans doute pas battu Carlos Alcaraz et Jannik Sinner sur terre battue. C'est par nature invérifiable, mais tout de même, on pouvait se demander si ce n'était pas un peu dur d'enterrer de la sorte dans un tel débat l'homme qui avait remporté 14 fois Roland-Garros.
Le cyclisme n'y échappe pas non plus. Tadej Pogacar est un tel phénomène et ses accomplissements dépassent à ce point l'entendement que beaucoup se laissent séduire par la tentation du "GOAT". Quitte à laisser de côté Eddy Merckx, l'homme qui, depuis maintenant un demi-siècle, est considéré comme le plus grand coureur de tous les temps. Mais aussi monstrueux soit le Slovène, il n'est pas encore l'égal historique de Merckx. Le Cannibale, qui fête ses 80 ans ce mardi, demeure dans sa propre catégorie.
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Pour rejoindre Merckx, Pogacar devra garder ce rythme… 20 ans de plus

En octobre dernier, lorsque Pogacar était devenu champion du monde, Merckx lui-même avait cédé à la tentation du poisson-rouge. "Pogi" était le dernier à avoir gagné, il avait donc raison.  "C'est évident qu'il est maintenant au-dessus de moi. Je le pensais déjà un peu au fond de moi-même quand j'avais vu ce qu'il avait fait sur le dernier Tour de France, mais, ce soir, il n'y a pas de doute", avait commenté le Belge, avant de rétropédaler quelques jours plus tard, arguant que ses propos avaient été mal interprétés.
Aujourd'hui, alors que l'omnipotent de chez UAE a conquis quelques titres de gloire supplémentaire, dont un Tour des Flandres et une Doyenne supplémentaires, l'octogénaire Eddy ne se hasarde plus à placer Tadej Pogacar au sommet à l'échelle de l'histoire. "C'est difficile de comparer deux époques différentes", avance prudemment le Belge, avant de glisser, l'air de rien, que la sienne était un peu plus relevée : "Je pense qu'à mon époque, il y avait quand même plus de concurrence. Aujourd'hui, sur les classiques, Pogacar doit surtout se méfier de Van der Poel, de Van Aert. Sur les grands tours, ce sont quelques autres adversaires..."
Qu'il soit délicat, voire impossible, de comparer les époques, c'est incontestable. Mais si les chiffres ne peuvent pas tout dire, ils permettent tout de même d'offrir des éléments pour certains incontestables. Or le palmarès de Merckx reste au moins autant incomparable avec celui des autres, même les plus grands, que ne le sont les époques entre elles. Il y a le volume global, bien sûr : 525 victoires. Il a fallu environ cinq ans à Pogacar pour atteindre le cap de la centaine. Au rythme, pourtant très élevé, qui est le sien, le Slovène devrait continuer à gagner autant pendant encore 20 ans pour rejoindre le Belge. Impossible, évidemment.
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Mais il est impossible de courir et de gagner autant aujourd'hui qu'hier. Concentrons-nous donc uniquement sur les grands Tours et les principales classiques. Là aussi, Pogacar devra rester aussi dominateur de nombreuses années pour aller chercher Merckx, qu'il s'agisse des Monuments (19 contre 8) ou des grands Tours (11 contre 4). Merckx gagnait tout le temps, partout. Sur la route comme sur la piste, au passage. Sa domination n'a aucune équivalence, ni même quoi que ce soit d'approchant, ni avant ni après lui. Sa suprématie était unique.

Conquérant de l'inutile

Ce qu'a déjà accompli Tadej Pogacar à seulement 26 ans est exceptionnel. Sa carrière relève du rarissime. Mais celle de Merckx est du registre de l'unique. Le Cannibale a remporté quatre grands Tours de suite, du Giro 1972 au Tour 1973. Quasiment impossible à égaler aujourd'hui. De 1966 à 1976, il a remporté au moins un Monument par an, à l'exception de 1974. Mais cette année-là, il a légèrement compensé cette année "creuse" par... le premier triplé Giro-Tour-Mondial de l'histoire.
Eddy Merckx était tellement au-dessus du lot qu'il a déréglé un temps le cyclisme. Sa présence interdisait presque tout espoir de victoire aux autres coureurs et aux autres équipes. Paradoxalement, la venue du Belge posait parfois un problème aux organisateurs de certaines courses : d'autres préféraient décliner et faire l'impasse. Si Merckx est là, à quoi bon venir ? Pogacar n'en est pas encore là et il n'atteindra probablement jamais ce degré, ne serait-ce que parce qu'il court beaucoup moins, laissant ainsi davantage de place.
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Il n'en reste pas moins que le récent vainqueur du Dauphiné s'approche à bien des égards de ce que fut Merckx. Et ce n'est pas tant une histoire de statistiques que de façon d'être. Une affaire de style et de conception de la course. "Le Petit Cannibale" de Klanec a parfois un petit côté conquérant de l'inutile. Contrairement aux apparences, sous la plume d'Antoine Blondin, c'était un compliment et il était adressé à Merckx.
Sur ce plan, il est un peu son héritier. Oui, il y a du Merckx en Pogacar, mais Pogacar n'est pas encore Merckx. Pas étonnant toutefois que monsieur Eddy l'adoube comme un descendant légitime. "Bien sûr que j'aurais aimé affronter les coureurs d'aujourd'hui ! Qui ne rêverait pas de rouler dans le peloton actuel ?", avoue celui qui, malgré tout, reste la référence absolue. Au moins pour quelques années.
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