L’alchimie du cyclisme sur piste
Publié 22/10/2018 à 15:31 GMT+2
A Saint-Quentin-en-Yvelines, la première manche de la Coupe du monde de cyclisme sur piste a donné un petit avant-goût des JO de Paris, en 2024. En mettant le projecteur sur une discipline à l’alchimie mystérieuse.
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Crédit: Eurosport
Le cyclisme sur piste commence par un mystérieux voyage initiatique où se mêlent technique et poésie. Il faut apprendre ce que sont un derny, un stayer, des six daymen (autrefois appelés "écureuils"), découvrir la vitesse, la poursuite, le keirin importé du Japon, le scratch, l’omnium, la course aux points et l’Américaine, aussi appelée Madison (parce que née au Madison Square Garden). Attention : il ne s’agit pas d’une danse, même s’il n’est pas interdit de pédaler en danseuse.
Il faut parfois réclamer la traduction pour comprendre comment diable on peut être éliminé pour avoir "mordu sur la côte d’Azur" (la bande bleue située à la corde) ou coincer un adversaire là-haut près des balustrades, où s’égarent même parfois des coureurs acrobates. On ne comprend pas toujours tout, mais la magie opère.
Par une alchimie dont seuls les pistards détiennent la clé, on peut assister pendant une course de vitesse à des records de lenteur, quand ce n’est pas à des séances de sur place (passées de mode), avant un sprint de 200 mètres à plus de 70 km/h. Hélas, diront les nostalgiques, les courses de tandem ne figurent plus au calendrier des grandes compétitions. Elles avaient un petit goût de Front populaire tel qu’on imagine bien Anne Hidalgo, jamais en retard d’une idée baroque pour Paris, rendre un jour le tandem obligatoire sur les pistes cyclable de notre belle capitale.
La nostalgie des Six Jours
Pendant trois jours, au vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines, on a eu un petit avant-goût des JO de 2024 à Paris avec la première manche de la Coupe du monde de cyclisme sur piste. Il restait des places disponibles, même dimanche après-midi, mais ce vélodrome est propice à une ambiance chaleureuse et les Jeux attireront forcément du monde. D’ici là, les cyclistes français, pas très heureux ce week-end, devront affronter les Jeux de Tokyo. Mathilde Gros, Grégory Baugé, Sébastien Vigier et Pascale Jeuland, entre autres, peuvent se rattraper dès les cinq prochaines manches de cette Coupe du monde, pour rejoindre au Panthéon du cyclisme sur piste une pléiade de Français médaillés, depuis Daniel Morelon et Pierre Trentin jusqu’à Arnaud Tournant et François Pervis en passant par Florian Rousseau, Jeannie Longo ou Félicia Ballanger. Il n’y a pas de raison qu’une telle heureuse tradition s’arrête.
Pourtant, la France a longtemps pleuré sur ses vélodromes démolis et ses Six Jours envolés. On mettait alors sur l’absence de vélodrome couvert la pénurie de grands sprinteurs sur route. Réinventés à Grenoble de 1971 à 2014 puis à Paris de 1984 à 1989 (c’est même le cyclisme qui fit l’ouverture de Bercy), les Six Jours, qui n’étaient déjà plus que l’ombre d’eux-mêmes, ont finalement disparu en France et ne subsistent plus guère qu’à Berlin, Brême et Londres.
Adieu, l’époque où les coureurs se relayaient réellement pendant Six Jours tandis que le public saucissonnait dans les tribunes. Avant puis après-guerre, avec des règles nouvelles, même des vainqueurs du Tour de France se sont frottés à l’exercice : Eddy Merckx en a remporté la bagatelle de 17, dont beaucoup avec le recordman absolu de victoires dans la discipline, Patrick Sercu. Même Bernard Thévenet puis Laurent Fignon se sont imposés aux Six Jours de Grenoble.
Les temps ont changé, comme il se doit, et pas seulement à la rubrique “cyclisme”. Quand on se plonge dans l’histoire de la piste et particulièrement des Six Jours, on est frappé par autre chose : en 1946 et jusqu’en 1958 (vainqueurs Anquetil-Darrigade-Terruzzi), les Six Jours avaient repris au Vel d’Hiv à Paris, comme si de rien n’était. Rue Nélaton, au bord de la Seine au bout du pont de Bir-Hakeim, douze années de déni national s’étaient alors écoulées avant la destruction du vélodrome d’hiver.
Dans l’Histoire, au-delà des Six Jours magiques et dérisoires, le Vel d’Hiv rimera surtout avec la rafle qui avait envoyé vers les camps de concentration 13 152 juifs, un matin de juillet 1942. Moins d’une centaine seulement étaient revenus, qui n’eurent sans doute pas le coeur de retourner sur le lieu de la honte.
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