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Vino, y a pas de mots

Vino, y a pas de mots
Par Eurosport

Le 24/04/2010 à 23:22Mis à jour

Impressionnant de puissance dans le final, Alexandre Vinokourov a remporté Liège-Bastogne-Liège pour la deuxième fois de sa carrière dimanche, en réglant Alexandre Kolobnev (Katusha), le seul à avoir pu le suivre. A 36 ans, et après 2 ans de suspension, Vino reste plus fort que jamais !

Depuis des mois, il ne pensait qu'à ça. A une grande victoire. Comme au bon vieux temps. Comme au temps d'avant. D'avant les soucis. D'avant la déchéance. D'avant ces deux années de suspension pour dopage. Deux années loin des pelotons, à ruminer sa revanche. Alexandre Vinokourov la tient aujourd'hui. Vainqueur de Liège-Bastogne-Liège dimanche, le Kazakh a apposé son nom au palmarès de la Doyenne des classiques pour la deuxième fois de sa carrière. Sans que personne ne puisse lui contester ce triomphe, tant il est apparu intraitable dans le final de la course.

    Si la Doyenne s'était offert à un jeunot de 23 ans l'an dernier (Andy Schleck), elle s'est donc laissée séduire par un vieux de la vieille cette fois. Un ancien amant, après une première étreinte datant de 2005. Depuis, l'ami Vino a donc connu bien des déboires. A 36 ans largement passés, et après avoir été si longtemps privé de compétition, on pouvait douter de sa capacité à revenir au niveau qui fut le sien. Il vient de prouver que les sceptiques avaient tort. Sa victoire dans le Tour du Trentin, un peu plus tôt dans la semaine, avait donné un aperçu de ses capacités actuelles. Mais Liège, c'est tout de même autre chose. Là encore, le Kazakh a pourtant répondu. Et de quelle manière.

    Valverde bredouille

    C'est à 17 kilomètres de l'arrivée, dans le replat qui suit la côte de la Roche-aux-Faucons, là même où Andy Schleck avait fait la différence en 2009, que Vinokourov a fait basculer la course pour de bon. Un seul homme, Alexandre Kolobnev (Katusha), a pu l'accompagner. Les deux Alex de l'Est ont ensuite tenu bon jusqu'au bout, malgré la poursuite menée par un trio prestigieux, composé de Philippe Gilbert (favori numéro un), d'Alejandro Valverde (double vainqueur de l'épreuve) et de Cadel Evans (champion du monde et lauréat de la Flèche mercredi). Mais jamais ils n'ont pu revenir. Au contraire. L'écart est monté à 20 secondes, puis 30, puis 40 au pied de la côte de Saint-Nicolas, dernière difficulté majeure du parcours, dans les 10 derniers kilomètres.

    Philippe Gilbert a alors tenté le tout pour le tout en lâchant Valverde et Evans. Revenu un bref instant à 20 secondes, le Belge n'a pu opérer la jonction. Tout le peuple wallon espérait pourtant son sacre. Il n'est qu'à voir les "Phil" qui parsemaient tous les 10 mètres l'ascension de la côte de la Redoute pour se convaincre du niveau de popularité atteint par l'ancien coureur de la Française des Jeux. Mais après sa victoire dans l'Amstel dimanche dernier, il n'a pas à nourrir de regrets. Idem pour Evans, qui a épinglé la Flèche. En revanche, Valverde quitte donc bredouille la campagne printanière. L'Espagnol allait se contenter de la troisième place en profitant de sa pointe de vitesse pour régler le peloton des battus (devant Gilbert, Evans et Andy Schleck) après un regroupement tardif.

    Vino accueilli par des sifflets

    Alexandre Vinokourov était alors déjà descendu de son vélo pour savourer sa victoire. L'impression visuelle n'avait pas trompé. Il donnait le sentiment d'être plus puissant et plus frais que Kolobnev. C'était le cas. Dans Saint-Nicolas, le Russe avait résisté, non sans mal, à une première terrible attaque de Vino. Mais lorsque celui-ci a produit un nouvel effort dans la côte de Ans qui parachève les 258 kilomètres de supplice, après la flamme rouge, Kolobnev a dû rendre les armes. Une fois encore, il doit se contenter d'un brillant accessit. Son talent et son audace (il a abordé le Cauberg et le Mur de Huy en tête ces derniers jours) mériteraient bien une consécration, mais Vinokourov n'était pas d'humeur généreuse. Lui aussi avait son lot de frustration à évacuer. Sa victoire devrait lui permettre de régler ce problème.

    En revanche, elle ne manquera pas de provoquer une forme de malaise, à la hauteur de sa performance. Comme toujours lorsqu'un champion revient et, comme si de rien n'était, affiche sa supériorité, pas loin d'être écrasante en ce qui concerne Vinokourov dimanche. Le public liégeois, fait rarissime, l'a d'ailleurs accueilli avec au moins autant de sifflets que d'applaudissements à son passage triomphal sur la ligne. Un signe qui ne trompe pas. On ne peut enlever à Vinokourov son panache et encore moins son sens tactique. Il a su attendre le moment opportun quand tant d'autres ont attaqué trop tôt. Comme dans l'Amstel, Andy Schleck fut ainsi le premier à dégoupiller à 20 kilomètres du but, quand la course a vraiment démarré. Philippe Gilbert n'a pas pu résister à l'envie de suivre le Luxembourgeois, alors qu'il s'était promis de jouer la prudence et l'attente. Alberto Contador, qui les a rapidement repris, brûlait de (se) montrer de quoi il était capable sur ce terrain. Vino, lui, n'a pas bougé. Et quand tout ce petit monde s'est regroupé cinq minutes plus tard, il a surgi. Comme aux plus beaux jours. Comme si de rien n'était.

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