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Un élève doué
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Publié 19/03/2006 à 18:15 GMT+1
Magnifique vainqueur de Milan-San Remo samedi, Filippo Pozzato a enlevé la course de ses rêves. A 24 ans, le golden boy du cyclisme italien, coureur de grande classe, dégoulinant de talent, s'affirme pour de bon comme un véritable champion. Itinéraire d'u
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Il n'y a rien de pire que de devoir se battre en permanence contre une réputation. Surtout quand elle est mauvaise. Tenace, elle vous colle à la peau. Peu importe qu'elle soit justifiée ou pas, injuste ou non. Elle vous suit, c'est tout. Comme par hasard, elle s'agrippe surtout aux gens doués, ceux que la nature a gâtés. On les accuse souvent d'être trop talentueux, et par une association d'idées curieuse, souvent fainéants. Pourquoi bosseraient-ils, après tout? Filippo Pozzato en sait quelque chose.
Depuis son entrée dans le milieu du cyclisme professionnel, l'Italien a dû se battre, plus que les autres. Comme pour se justifier. Lorsqu'il rejoint à 19 ans le groupe de la Mapei Espoirs, en compagnie de Luca Paolini, Michael Rogers, ou Allan Davis, il devient le plus jeune pro de l'histoire du cyclisme transalpin. Son potentiel, effarant, suscite l'attente et la curiosité. Dès lors, Pozzato ne grandira jamais tranquille. Ses débuts confirment pourtant l'évidence de son talent.
Retour au bercail
En 2002, du haut de ses 20 ans, il signe une saison à 14 victoires. Pas des succès de prestige, certes, mais deux étapes du tour de l'Avenir, quatre autres sur le Tour de Normandie, laissent entrevoir l'étendue des possibilités de ce grand gabarit (1,83m). Suffisamment en tout cas pour que Giancarlo Ferreti, l'emblématique manager de la Fassa Bortolo, lui fasse les yeux doux. Là, il va exploser, remportant Tirreno-Adriatico en mars 2003. La première victoire majeure de son palmarès, mais aussi le début de ses ennuis, paradoxalement.
La presse italienne commence alors à dire que le golden boy a la grosse tête et fait ses choux gras de ses engueulades avec Ferreti, de sa réticence à se mettre au service de son leader, Alessandro Petacchi. Pozzato gagne peu, pas autant qu'il le devrait en tout cas, mais il trouve toujours le moyen de signer quelques succès d'importance, prompts à rappeler de quelle trempe ses jambes sont faites. A l'été 2004, il s'adjuge ainsi une belle étape sur le Tour de France. Mais le mal est fait et avec la Fassa, le divorce est consommé. Il doit rebondir ailleurs.
Presque naturellement, il revient au bercail début 2005, chez Quick Step, équipe basée sur les fondations de la Mapei. S'il n'a encore que 23 ans, l'âge où certains découvrent à peine le milieu pro et les vices du peloton, le natif de Sandrigo semble déjà à la croisée des chemins. Un peu las de devoir se justifier en permanence, il encaisse en silence. "On m'a critiqué ces dernières années, depuis que j'ai gagné Tirreno-Adriatico il y a trois ans. Mais ceux qui me connaissent vraiment savent que je fais des sacrifices", précise-t-il.
Le prix à payer
Le boulot, plus encore que ses dons, va finir par payer. " L'an dernier, j'ai eu des problèmes de santé pendant l'hiver, une bronchite, de la fièvre. Mais, après le Giro, j'ai eu une continuité de résultats", rappelle Pippo. Sa récompense, il la touche lors de la Hew Cyclassics, en août dernier, où il s'impose sur le fil devant Luca Paolini. Il démontre alors que lui aussi peut jouer un rôle de leader. Pas facile de se faire une place dans un groupe où trônent Tom Boonen et Paolo Bettini. Samedi, entre Milan et San Remo, avant de jouer sa carte dans le final, il lui a d'abord fallu oeuvrer pour la collectivité.
Filippo Pozzato fera toujours partie de ces gens dont on attend sans cesse davantage. La presse, le public, ses dirigeants. Lui aussi, peut-être. Quoi qu'il fasse. C'est le prix à payer pour son talent. C'est injuste, mais c'est comme ça. Il a appris à composer avec cette donnée. Sa victoire Via Roma ne change rien. Au contraire. Il l'a déjà compris. "Je me doute que les gens attendront de moi que j'enchaîne avec les grands résultats et je pense en être capable", confiait-il samedi soir. Pas de doute, ce coureur aux jambes de feu a plus de plomb dans la tête qu'on a voulu nous le faire croire.
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