Vous ne passerez pas ! Le cyclisme de compétition est de retour, mais il n’est pas le bienvenu partout, y compris sur des territoires que l’on pensait annexés pour toujours par la Petite Reine. Samedi, la 111e édition de Milan-Sanremo se disputera donc sur un parcours inédit, suite à l’opposition tonitruante de 13 maires de la province de Savone, sur la Riviera ligure. La Classicissima au mois d’août, en plein déconfinement sous la menace d’une nouvelle vague épidémique, ils n’en voulaient pas, malgré leur relation historique avec l’épreuve. Et RCS a donc dû s’adapter, une fois de plus, dans cette saison déjà unique.

"Tous les maires et toutes les préfectures nous ont dit que c’était ok, sauf du côté de Savone, à cause du coronavirus, à cause du trafic et de l’accès à la côte, pour le tourisme…" Directeur des courses pour RCS Sport, organisateur de Milan-Sanremo mais aussi du Giro, du Tour de Lombardie ou encore de Tirreno-Adriatico, Stefano Allocchio n’a pu que constater l’opposition résolue de ces autorités locales. Heureusement, "on a toujours un ou deux parcours alternatifs en cas de problème", nous explique-t-il.

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Lorsque les autorités savonaises ont adressé à RCS une fin de non recevoir à dix jours de l’événement, la société lombarde a donc pu rapidement se retourner, non sans maudire ce revirement et ses auteurs. Dans la Gazzetta dello Sport, quotidien sportif italien appartenant au même groupe (RCS MediaGroup), on pestait contre ces élus qui manquent un rendez-vous historique, comparé à la reprise du cyclisme après la Seconde Guerre mondiale, et qui attirera les télévisions du monde entier.

"C’est comme s’ils s’étaient unis contre Milan-Sanremo et c’était désolant", a renchéri le directeur du cyclisme de RCS, Mauro Vegni, également contraint de remiser dans les cartons la Grande Partenza hongroise du Giro qui avait justifié un joli chèque pour attirer Peter Sagan. "Les autres localités du Giro nous ont rapidement confirmé leur participation", rassure Allocchio. Un nouveau parcours a été présenté fin juillet, avec de légers ajustements. Mais tout cela reste soumis à l'évolution sanitaire dans les prochaines semaines.

5km et 2 équipes de plus

Au-delà de ces accrocs, l’essentiel est assuré, avec des parcours et des effectifs en ordre de bataille. Le premier test de RCS, samedi dernier à Sienne avec les Strade Bianche, a été passé avec succès. Place à ce nouveau Milan-Sanremo, dont le parcours entre déjà dans l’histoire comme le plus long jamais proposé sur la Classicissima (299km).

"On est sur quelque chose de similaire, ce ne sont que 5km de plus", décrit Allocchio. "Le Colle di Nava n’est pas très difficile, c’est comme le Passo del Turchino, mais c’est plus près de l’arrivée. Peut-être qu’il y aura plus d’incertitudes cette année. Peut-être qu’on verra le ‘vrai cyclisme’."

Les élus imposent, les organisateurs composent, les coureurs peuvent désormais disposer. Mais ils devront le faire à six par équipe, contre sept habituellement sur les Monuments. En ces circonstances où tout ce qui n’est pas interdit est permis, RCS a réduit le nombre de coureurs pour chaque formation afin d’inviter deux équipes supplémentaires sans faire gonfler son peloton.

Les équipes italiennes ProTeam Androni Giocattoli – Sidermec et Bardiani CSF Faizanè se joignent à la fête de samedi mais leurs coureurs auront du mal à se sentir les bienvenus parmi leurs compagnons du peloton : "Sur la forme, RCS n’a pas été correct du tout", tonnait Philippe Gilbert (Lotto-Soudal) la semaine dernière. Pour le vétéran belge, en quête d’un succès historique la Classicissima pour compléter sa collection de Monuments, "la prochaine étape est d’abandonner les équipes pour en faire un sport individuel ! Beaucoup de managers se sont exprimés et je les soutiens."

Philippe Gilbert

Crédit: Getty Images

"Un manque de respect pour le cyclisme"

Sur une ligne similaire, Cédric Vasseur y voit "un manque de respect pour le cyclisme". Pour le dirigeant de la Cofidis, sollicité par la RTBF, cette décision de RCS (validée par le Conseil du cyclisme professionnel, une instance de l’UCI qui rassemble des représentants des dirigeants et des coureurs) invalide les investissements faits par les équipes WorldTour, aux effectifs plus conséquents pour affronter les épreuves les plus exigeantes. Il estime également que l’équité sportive est remise en question par cette décision de dernière minute.

Pour RCS, l’enjeu était ailleurs : la société organisatrice italienne peut se targuer de jouer sa part pour le cyclisme italien en alignant toutes les équipes professionnelles transalpines sur ce Monument. Au printemps, alors que la pandémie explosait et menaçait toute la saison, Vasseur lui-même estimait nécessaire "que les événements aient lieu même si l'équité sportive n'est pas garantie".

Samedi, on courra. À 27 équipes, sur des routes inédites et dans des conditions peut-être incertaines. Mais on courra. Et c’est bien l’essentiel pour RCS.

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