Même quand il annonce ne pas être en grande forme, Julian Alaphilippe a de quoi faire exploser le peloton. Frustré par ses multiples crevaisons du week-end dernier sur les Strade Bianche, le Français de la Deceuninck-Quick Step avait les crocs au moment d’aborder Milan-Sanremo dans un costume inédit pour lui de tenant du titre sur un Monument. Mais impossible de savoir si les jambes allaient répondre de la même manière que l’année passée.

"Je ne suis pas dans le même état d'esprit ni dans la même condition physique que l'an dernier, expliquait-il avant la course, avant de tempérer les doutes. Malgré la malchance aux Strade Bianche, j'ai vu que j'avais plutôt de bonnes sensations". Une phrase qui s’est finalement vérifiée dans le final de Milan-Sanremo. Après avoir encore connu un incident mécanique, encore une crevaison, à quelques kilomètres de la Cipressa, Alaphilippe a montré une première fois qu’il avait des jambes dignes d’un succès sur un Monument en parvenant non seulement à reprendre sa place dans le peloton mais aussi à se replacer immédiatement dans les premières positions. Impératif pour ne pas se faire piéger.

Milan - Sanremo
Entre Alaphilippe et van Aert, cela s'est joué à une demi-roue : l'arrivée en vidéo
08/08/2020 À 16:36

Belgian Tim Declercq of Deceuninck - Quick-Step and French Julian Alaphilippe of Deceuninck - Quick-Step pictured in action during the 111th edition of the 'Milano-Sanremo' one day cycling race, 305km from Milan to Sanremo

Crédit: Getty Images

Mais cette énergie lui a sans doute manqué dans le Poggio lorsqu’il a démarré et tenté de distancer Van Aert. "J'ai tenté de faire la différence tout seul mais dans la descente j'étais limite, avouait-il après la course sur la chaine L’Equipe. C'était plus sympa d'attendre Wout. J'ai essayé de jouer avec lui, sortir un bon sprint. Je savais que ce serait dur face à lui." Trop visiblement puisque le Belge de la Jumbo-Visma s’est montré plus fort dans le dernier kilomètre. Mais le Français s’est tout de même réjoui de ce podium, malgré une légère frustration évidente et bien compréhensible.

"Passer si près de la victoire c'est frustrant mais je suis quand même content, explique-t-il. Il ne faut pas oublier que c'est Milan-Sanremo, que c’est un Monument. Je suis très heureux d'être sur le podium. Je savais que Wout serait très fort et à il mérite vraiment sa victoire. Le plus fort a gagné. C’est une surprise de passer aussi près de la victoire aujourd'hui mais ça fait du bien." Mais Julian Alaphilippe a confirmé qu’il était devenu le grand spécialiste de la Classicissima.

Il rejoint Hinault et Lapize

Depuis quatre ans désormais, le natif de Saint-Armand-Montrond est acteur du premier Monument de la saison et, sur les deux dernières éditions, il est en même l’acteur principal, avec des destins variés (vainqueur puis vaincu). Attendu comme jamais après son succès de 2019 acquis au sprint devant des coureurs rapides comme Peter Sagan, Michal Kwiatkowski ou... Wout Van Aert, le Français aurait presque déçu avec cette deuxième place acquise face à un coureur battu l’an passé. "J'ai encore créé le mouvement dans le Poggio. J'ai fait deuxième, aux yeux de certaines personnes, c'est nul...", avouait le Tricolore après l’arrivée, mi-amer, mi-amusé. Ça serait un peu vite oublier la forme resplendissante de Wout Van Aert, qui mérite amplement son succès, mais aussi la performance d’ensemble du 5e du Tour 2019.

Julian Alaphilippe à l'attaque dans le Poggio, Van Aert en arrière plan

Crédit: Getty Images

Sur la Via Roma, Julian Alaphilippe est tout simplement monté sur le podium de trois des quatre derniers éditions ! Vainqueur l’an passé, il a donc pris la 2e place en 2020 mais aussi la 3e place en 2017, lorsqu’il est battu au sprint pour la victoire par Michal Kwiatkowski et Peter Sagan. Des résultats complètement fous. On parle quand même ici d’un Monument avec tous les cadors du peloton mondial, pas d’une course continentale avec seulement deux ou trois équipes World Tour.

Dans toute l’histoire, jamais un Français n’avait réussi pareille performance sur Milan-Sanremo et, si l’on étend la statistique aux autres Monuments, seuls Bernard Hinault sur Liège-Bastogne-Liège (victoire en 1977 et 1980, 2e en 1979) et Octave Lapize sur Paris-Roubaix (victoires en 1909, 1910 et 1911) ont réussi ce que vient d’accomplir le Tricolore sur la Classicissima. Comment dans ces conditions pourrait-on minimiser ce nouveau podium d’Alaphilippe ? Oui, le Français n’a pas gagné. Mais il continue d’entrer de plus en plus dans la caste des très très grands.

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