"Qui va gagner Milan-Sanremo ? Moi, peut-être !". Le grand éclat de rire dans lequel Peter Sagan lâche ce pronostic en forme de boutade en dit long sur la place du Slovaque dans le paysage à l'amorce de ce printemps 2021. Le triple champion du monde n'y croit sans doute pas lui-même. Alors que, dans un passé récent, toute la campagne de classiques s'articulait autour de sa personne, il n'est plus aujourd'hui qu'un figurant parmi d'autres.
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Sagan, il est vrai, a des circonstances atténuantes. Début février, il a contracté le Covid-19 lors d'un camp d'entraînement en Espagne. S'il n'a pas contracté une forme trop sévère de la maladie (il n'a par exemple pas eu de fièvre ou de toux), il a tout de même perdu l'odorat pendant quelques jours et a surtout ressenti une très grande fatigue. Le temps de la récupération et celui passé en quarantaine aux Canaries ont donc considérablement retardé sa préparation et le lancement de sa saison. Pas de Het Nieuwsblad ou de Kuurne-Bruxelles-Kuurne, où il avait initialement envisagé de reprendre la compétition.
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Peter Sagan (à droite) lors de son retour à la compétition sur Tirreno-Adriatico.

Crédit: Getty Images

On a décidé avec l'équipe que c'était mieux de courir en Catalogne
Résultat, il n'a débuté sa campagne 2021 que la semaine dernière, à l'occasion de Tirreno-Adriatico. Une 11e place lors du premier sprint massif puis... plus grand-chose. Le lendemain, lors d'une 2e étape comme il les aime, ou comme il les aimait, où il aurait jadis mis des mines de tous les côtés et joué à coup sûr la gagne, pendant que Alaphilippe, Van der Poel et Van Aert se tirent la bourre pour la victoire, Sagan termine à une anonyme 133e place, à un bon quart d'heure. Et pour tout dire, ça faisait un peu mal à voir.
Malgré tout, il tente de rester optimiste. "Ce n'est pas une période facile pour moi, mais je pense que ça va aller de mieux en mieux, a-t-il estimé mardi chez nos confrères de Cyclingnews, avant de s'élancer pour le chrono final de Tirreno. Je suis très content de finir cette course.J'ai beaucoup travaillé, et je ne termine pas complètement mort ou épuisé. Ça va."
Peter Sagan a d'abord besoin de courir, d'engranger des kilomètres et c'est dans cette même optique qu'il a décidé de s'aligner sur le Tour de Catalogne, la semaine prochaine, quitte à renoncer au Grand Prix E3 et à Gand-Wevelgem, deux courses qui lui ont beaucoup souri par le passé. "On a décidé avec l'équipe que c'était mieux de courir en Catalogne, parce que j'ai manqué trop de courses à cause du coronavirus", confirme-t-il.

Tirreno-Adriatico 2021 : Filippo Ganna et Peter Sagan en grande discussion.

Crédit: Getty Images

Le Sagan d'il y a cinq ans est le Sagan d'il y a cinq ans. Je regarde surtout l'avenir
De façon assez cocasse, Sagan va donc aborder ses deux grands objectifs du printemps, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, sans avoir disputé une semi-classique flandrienne en amont. "Je veux être prêt pour le Ronde et Roubaix et nous essayons de trouver la meilleure méthode pour y parvenir", assure le Slovaque. En attendant, on voit mal comment il pourrait peser sur les débats samedi lors de la Classicissima. Là encore, l'essentiel sera pour lui d'avaler 300 kilomètres, avant de mettre le cap sur la Catalogne, qui démarre dès lundi prochain.
Reste une question : même sans ce retard à l'allumage indépendan​t de sa volonté, Peter Sagan aurait-il été capable de rivaliser sur les Strade Bianche ou Tirreno ? Il se dit certain de revenir vite à "son niveau". Mais quel niveau ? Celui de 2020, qui, même si le contexte était il est vrai particulier, ne lui avait permis de remporter qu'une seule victoire, une étape du Giro ? Ou le "vrai", grand Sagan ? "Ça n'a pas de sens de parler de ça, s'agace la star de l'équipe Bora-Hansgrohe. Le Sagan d'il y a cinq ans est le Sagan d'il y a cinq ans. Je regarde surtout l'avenir."

A-t-il encore le feu sacré ?

Le sien, à court terme, semble nébuleux. L'arrivée massive de jeunes vedettes a presque mis un coup de vieux à sa génération. Pourtant, si Sagan est au sommet ou presque depuis une bonne décennie, il n'a encore que 31 ans. Un peu jeune pour être ringardisé. Le champion slovaque fait face à une double problématique, physique et mentale.
Pour la première, il a sans doute besoin d'un peu de temps supplémentaire. Le Covid-19 est un alibi valide pour justifier ses difficultés actuelles. Mais encore une fois, même le Sagan bien portant de la saison dernière souffrait face aux meilleurs. Il n'était pas à la rue, mais il lui manquait toujours un petit quelque chose.
Et la tête ? Peter Sagan a-t-il encore en lui le feu sacré pour contrecarrer la montée en puissance assez irrésistible des Van der Poel et Cie ? La question a été posée il y a peu dans notre émission, Bistrot Vélo. Depuis son sacre à Roubaix en 2018, il a amorcé une trajectoire descendante, lentement d'abord, sûrement depuis 2020. Reste la classe assez hors normes d'un garçon unique en son genre. Si l'envie est là, si les jambes reviennent, il fera bon revoir Peter Sagan. Peut-être même dans la discussion pour une grande victoire. Mais il est légitime de se demander aujourd'hui si la plus grande star cycliste des années 2010 a encore quelque chose à dire sur le vélo à l'aube de cette nouvelle décennie.

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