Mathieu van der Poel va-t-il attaquer à 60 kilomètres de l'arrivée samedi sur Milan-Sanremo ? Le Néerlandais en a pris l'habitude. Partir de loin ne lui fait pas peur. Mieux, il aime ça. Déjà catalogué tueur de traditions et iconoclaste du peloton, "MVDP" irait encore plus loin en bousculant la centenaire Primavera. Personne, parmi les favoris, ne fait plus ça depuis des lustres. En caricaturant, Milan-Sanremo c'est 6h45 de pas grand-chose et un quart d'heure dingue. C'est à la fois ce qui fait son charme et son unicité. Une bonne chose pour certains, moins pour d'autres.
Un Monument doit-il évoluer ? Est-ce son parcours qui lui confère son caractère historique ? A l'inverse, est-ce possible de le modifier sans perdre son ADN ? Dans la décennie écoulée, les débats ont fait rage autour de Milan-Sanremo. Trop facile, le parcours n'avantage pas assez les plus forts aux yeux de certains. Voir des sprinteurs (Freire, Cavendish), ou des coureurs de seconds plans (Goss, Ciolek, Gerrans) l'emporter n'était pas digne d'un Monument. Durcir le final devenait une nécessité. Mauro Vegni, le patron de RCS (par ailleurs organisateur du Giro) a cherché sans franchir le pas.
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Changer de parcours au risque de perdre son ADN ?

Attention, Milan-Sanremo a parfois changé de parcours, mais toujours dans ses deux premiers tiers. Là où ça ne "compte pas". Jamais là où se fait la course. C'est avec Paris-Roubaix le seul du club des cinq à ne pas avoir bougé de ce côté-là. L'exemple du Tour des Flandres est parlant. Le "Ronde" a relégué le mythique Mur de Grammont (et le Bosberg) pour en faire un mont parmi les autres loin de l'arrivée, laissant le devant de la scène à l'enchaînement Vieux-Quaremont - Paterberg. Dans l'affaire, le Monument flandrien s'est attiré des critiques mais il n'a rien changé de son ADN.
Certains, Philippe Gilbert en tête, préfèrent d'ailleurs le nouveau tracé, le jugeant plus sélectif. Un Monument devrait donc bien, si on interprète les propos du Belge, éviter les vainqueurs surprises ou de "deuxième rang". Liège-Bastogne-Liège a perdu de sa superbe ces dernières années. Est-ce le nom des vainqueurs (Fuglsang, Jungels, Poels mais aussi Valverde ou Roglic) parfois moins ronflant ou la physionomie de la course, souvent terne, qui est en cause ? Peut-être un peu des deux. Depuis 2017, Milan-Sanremo ne s'offre pas à n'importe qui (Kwiatkowski, Nibali, Alaphilippe et Van Aert) mais si une surprise venait à s'imposer, les débats sur sa difficulté moindre surgiront peut-être à nouveau.

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Le quart d'heure le plus tendu de la saison ?

La Primavera convient à deux types de coureurs : les sprinteurs évidemment, sevrés d'une arrivée massive depuis 2016 et la victoire d'Arnaud Démare, ou les puncheurs capables de faire la différence sur le Poggio et uniquement lui depuis que la Cipressa ne joue plus un rôle décisif. Six kilomètres, c'est tout ce qui s'offre aux attaquants pour piéger le peloton. Et c'est là tout le sel de Milan-Sanremo, son ADN.
Non, le premier Monument de la saison ne se décante pas à une petite centaine de kilomètres de l'arrivée comme c'est parfois le cas sur Paris-Roubaix après la Trouée d'Arenberg. Personne ne tente plus de partir à 50 ou 60 bornes de la ligne comme c'est devenu une habitude sur le Tour des Flandres. Ni les pourcentages, ni l'enchaînement de difficultés ne sont effrayants. Pas plus que le kilométrage finalement. Pour l'emporter sur la Via Roma, il faut être concentré pendant plus ou moins 6h45 et le plus fort ou le plus malin sur un quart d'heure.

Julian Alaphilippe à l'attaque dans le Poggio, Van Aert en arrière plan

Crédit: Getty Images

Puisque tout se joue-là et que tout le monde le sait, le final de Milan-Sanremo n'est pas loin d'être le quart d'heure le plus tendu de la saison. Faire la différence là où tout le monde vous attend est autrement plus dur que d'avoir pléthore de possibilités. Ce qui n'empêche pas les puncheurs de réussir. Au sommet du Poggio, six kilomètres vous séparent de la gloire et c'est très bien ainsi.
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