Il y a des jours où tout marche comme dans un rêve. Et d’autres où rien ne va. Heureusement pour l’équipe de France, le dimanche 27 septembre 2020 a appartenu à la première catégorie. Loin d’être aussi favoris qu’ils avaient pu l’être à Innsbrück il y a deux ans, les Tricolores se sont magnifiés sur le circuit d’Imola pour donner une leçon à tous leurs adversaires, pourtant mieux armés sur le papier, pour s'emparer du titre de champion du monde sur route avec Julian Alaphilippe.

Mais la qualité de chacun ne fait pas la qualité d’un groupe. “C’est dur de composer une équipe, vous savez, expliquait au micro d’Eurosport le sélectionneur Thomas Voeckler après la course. Il ne suffit pas de prendre les dix meilleurs coureurs d’un classement pour les mettre ensemble selon le parcours... Il y a des états d’esprits, une cohésion...”

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Non, la France n’a pas durci de loin sur un coup de tête

Et c’est la première réussite de cette équipe de France 2020 : que Voeckler ait réussi à choisir les coureurs idéaux pour ce qu’il voulait mettre en place. “Sur l’état d’esprit des coureurs, je n’avais pas de doute, assure-t-il. On l’a vu, ça a crevé l’écran qu’il y avait une unité autour Julian. Tous ont adhéré à l’esprit collectif et accepté de se sacrifier tous pour un seul coureur”. Des propos confirmés par Kenny Elissonde, qui participait à son premier Mondial. “C’est sûr que la personnalité de Julian, ses caractéristiques, son potentiel, ça aide à souder l’équipe... , avoue-t-il. Quand on a un coureur comme Julian, on fait tout autour de lui. Courir autour de lui toute la journée, ce sont des émotions fortes”. Voir l’équipe de France prendre les choses en était une à laquelle on s’attendait beaucoup moins.

Alaphilippe : "Quand j’ai vu l’écart, je ne me suis plus posé de question”

A 70km de l’arrivée, on a vu Quentin Pacher et Nans Peters venir secouer le peloton en imposant un immense tempo. Dans l’immédiat, l’action a semblé aussi vaine que venue de nulle part. Et pourtant... "On a respecté à la lettre les consignes de Thomas Voeckler, explique Julian Alaphilippe. On devait ne pas se montrer en début de course car d'autres nations bosseraient. Il a fallu être patient. On était tout le temps dans une situation plutôt confortable, avec toujours des coureurs devant. Après, on a durci”. Une stratégie que confirme son coéquipier de luxe dans le final, Guillaume Martin. “On a fait exactement ce qui était prévu au briefing, on a respecté le plan : durcir à deux-trois tours de l’arrivée avec toute l’équipe et ensuite suivre, accompagner les coups, explique le 11e du dernier Tour de France. Avoir un plan précis, c’est facile de le faire sur un tableau noir la veille dans le bus. Mais c’est plus dur de le mettre en place”. Mais l’équipe de France y est merveilleusement parvenue.

On n’a jamais douté

Non seulement elle a été la première à prendre les choses en main pour sortir de la monotonie. Une oeuvre signée de la main du Danemark et de la Suisse. Mais, mieux, elle l’a fait avec lucidité et humilité. “On a durci à un moment donné mais on ne voulait pas non plus prendre la course en main à trois tours de l’arrivée, explique Elissonde. Du coup, on a laissé les Belges reprendre la main pour rester en second rideau. C’était un jour parfait sur le plan tactique”. Mais évoluer au second plan ne signifie pas être inactif. Bien au contraire. Sur des routes aussi étroites, le placement était primordial. “Dans le dernier tour, avec Rudy Molard, on a été vigilant pour que Julian soit dans les meilleures dispositions pour la montée finale", raconte Guillaume Martin.

Et Alaphilippe porta l'estocade : L'attaque décisive du Français

Mais le meilleur travail du monde n’aurait servi à rien, si le leader de l’équipe de France n’avait pas eu les jambes dans le final. “On n’a jamais vraiment douté, on le sentait assez serein, avoue Martin. On était tous sereins. On savait qu’au top de sa forme, sur une montée raide et punchy comme celle-là, c’est le meilleur du monde. On a été confiant toute la journée”. Cela a peut-être aussi joué sur les jambes du puncheur de Montluçon, qui s’est parfaitement senti soutenu toute la journée. “Avant mon attaque déjà, l’équipe a fait un gros travail, explique Alaphilippe. Après ça, je savais ce que j’avais à faire dans la dernière montée si je me sentais bien”. A savoir placer une grosse accélération sur le sommet de la dernière ascension et ne plus se retourner. Une tactique qui semblait parfaite. “Comme on dit, il n’y a qu’une seule tactique qui marche et c’est quand on gagne, résume Thomas Voeckler. Donc, aujourd’hui, c’était la bonne tactique“. Car le Tricolore n'a plus jamais été revu par ses cinq poursuivants.

C’est juste énorme ce que Julian et l’équipe ont fait

Et le clan français a pu savourer son premier titre depuis 23 ans. “Dans les derniers kilomètres, j’avais la chair de poule, mais c'était plus parce que j'avais peur qu'il se fasse revoir, raconte le sélectionneur des Bleus, tout sourire. Julien Alaphilippe aussi a longtemps eu peur de voir revenir ses poursuivants. Mais il a fini par comprendre que cette journée du dimanche 27 septembre 2020 était la sienne. "J’ai commencé à croire au titre qu’à 300m de la ligne”, avoue-t-il. Et, dans son sillage, le jour de l'équipe de France, critiquée pour sa débâcle de 2019 et pour avoir misé sur le mauvais cheval en Autriche. Cette fois, c’était son jour de gloire.

Martin : "Sur une montée comme celle-là, c'est le meilleur du monde"

"C'est un sentiment difficilement descriptible, témoigne le sélectionneur. C'est juste énorme ce qu’ils ont fait, ce que Julian a fait, ce que toute l’équipe a fait... Je suis très, très fier des gars aujourd’hui." Et eux aussi le sont. “Bien sûr qu’il y a de la fierté, raconte Elissonde. C’est exceptionnel !". Plus que l’équipe de France, c’est le cyclisme français au général qui va profiter de ce titre mondial et de la performance XXL de ses représentants à Imola. “J’ai entendu ces dernières semaines, à la suite du Tour de France, que les Français étaient en difficulté, qu’ils étaient en retrait par rapport aux autres nations, raconte Guillaume Martin. Je pense qu’on a répondu sur le terrain.” Et de la plus belle des manières.

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