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Drame de Muriel Furrer | L'ombre sur l'arc-en-ciel
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Mis à jour 02/10/2024 à 18:49 GMT+2
Une fête au goût amer. Les championnats du monde de Zurich ont été endeuillés par le décès de la jeune Suissesse Muriel Furrer, qui ramène au premier plan des souffrances familières et des débats lancinants.
L'équipe suisse et tout le peloton observent une minute de silence en mémoire de Muriel Furrer avant le départ de la course en ligne Elite masculine des Mondiaux 2024, à Zurich
Crédit: Getty Images
Les Mondiaux pluvieux se prêtent volontiers aux métaphores irisées. Le ciel est maussade, il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors, mais les champions du monde finissent par apporter la lumière d'un arc-en-ciel régénéré chaque année. Ce week-end, sous une pluie sombre et torrentielle, la lueur était enténébrée par le décès de la jeune Suissesse Muriel Furrer.
Vendredi, au lendemain de l'accident mortel, le circuit restait détrempé et quelques coureurs espoirs se sont amochés, sans conséquences dramatiques. Samedi encore, le crépuscule tombait sur Zurich lorsque Lotte Kopecky s'imposa, sur les coups de 17 heures. Saisie par le froid, la Belge signait un authentique exploit mais elle coupait court aux effusions : "Avant toute chose, je veux apporter mes condoléances à la famille de Muriel Furrer."
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Lotte Kopecky à l'arrivée de la course en ligne Elite féminine des Mondiaux 2024, à Zurich
Crédit: Getty Images
Dimanche, le soleil était de nouveau visible dans le soleil suisse. Au départ de la course Elite masculine, Valentin Madouas et David Gaudu se marraient. Julian Alaphilippe, qui allait rapidement quitter la course dans une ambulance, affichait sa décontraction caractéristique avant de s'abîmer l'épaule. Les supporters saluaient les coureurs et les caméras… Puis l'atmosphère s'assombrit.
Pour tous ceux qui nous ont quittés beaucoup trop tôt
En première ligne, les visages des coureurs suisses affichaient une gravité teintée par l'amertume de la récidive. Il y a un peu plus d'un an, les Zurichois Stefan Küng et Mauro Schmid, le Jurassien Silvan Dillier et le Bernois Marc Hirschi étaient déjà acteurs d'une même scène, à Chur, départ de la 6e étape du Tour de Suisse 2023, neutralisée au lendemain de la chute mortelle de Gino Mäder.
Les deux autres Suisses présents dimanche au départ de Winterthur, Johan Jacobs (né dans cette même ville) et Fabien Lienhard (originaire de Steinmaur, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest), les avaient rejoints une semaine plus tard pour une procession sur ces mêmes terres zurichoises où vivait Muriel Furrer, installée à Egg avec sa famille et licenciée au club de Meilen, à quelques coups de pédales de la forêt où elle est tombée, jeudi.
Les deux autres Suisses présents dimanche au départ de Winterthur, Johan Jacobs (né dans cette même ville) et Fabien Lienhard (originaire de Steinmaur, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest), les avaient rejoints une semaine plus tard pour une procession sur ces mêmes terres zurichoises où vivait Muriel Furrer, installée à Egg avec sa famille et licenciée au club de Meilen, à quelques coups de pédales de la forêt où elle est tombée, jeudi.
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La photo de Muriel Furrer, décédée lors de la course U23 des Mondiaux, projetée sur écran géant à Zurich, le 28 septembre
Crédit: Getty Images
Le speaker demanda une minute de silence pour "Muriel, jeune, joyeuse, toujours humble et extrêmement positive". On retira les lunettes et les casques. Les regards se baissèrent, certains crispés, d'autres voilés de larmes. Silence. Applaudissements. Un dernier message passe par les hauts parleurs avant que la compétition reprenne : "Aujourd'hui, nous roulons pour Muriel, pour Gino, et pour tous ceux qui nous ont quittés beaucoup trop tôt."
La martyrologie cycliste est suffisamment étoffée pour que chacun voit défiler des noms et visages différents : Bjorg, Estela, Michele, Desiet, Julian, André, Ricardo, Jean-Pierre… Muriel les a rejoints. À 18 ans, elle avait seulement pu offrir quelques aperçus de son talent, dont la notoriété restait confinée aux suiveurs les plus attentifs. L'émotion entourant son accident a été immédiate et unanime dans un sport dont les acteurs sont rompus à ces douloureuses communions.
On a mis du temps à découvrir le corps
Une de plus, (enfin) une de trop ? La rengaine, révoltée par la violence des drames, se fait parfois impuissante devant leur accumulation. Mais cette fois, l'événement s'est produit pendant les Mondiaux, et en Suisse, où l'Union cycliste internationale est installée. Une enquête de police est en cours pour comprendre pourquoi, comment, Muriel Furrer a été emportée par un "grave traumatisme crânien". Les circonstances de sa chute sont inconnues et les délais de prise en charge de la victime interrogent.
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David Lappartient, président de l'UCI, en conférence de presse le 28 septembre 2024 à Zurich, suite au décès de Muriel Furrer
Crédit: Getty Images
"En l'état actuel de l'enquête, il n'y a pas eu de témoins de l'accident […]", a indiqué lundi après-midi le procureur du canton de Zurich. "L'enquête montre pour l'instant qu'elle a été découverte inconsciente dans la forêt, en dehors de la route, par un membre de la sécurisation du parcours. Les premiers secours sont arrivés peu de temps après. L'heure précise de la chute n'a pas encore été déterminée."
Selon les informations du média Blick, Muriel Furrer serait restée "longtemps dans la forêt sans être découverte" et "l'hélicoptère de secours n'a atterri qu'environ une heure après la fin de la course". "On a mis du temps à découvrir le corps", a admis une source à l'UCI auprès du quotidien Le Temps.
L'hypothèse, atroce, d'une jeune coureuse agonisant dans le secret, en plein Mondiaux est insupportable. "C'est une honte", fustige auprès de la radio Cadena Ser l'Espagnol Juan Ayuso, très critique des manques qu'il perçoit quant à la sécurisation de l'épreuve. "Peu de choses changent et il vaut mieux ne pas y penser parfois, parce que ça t'enlève l'envie de courir et de monter sur un vélo", ajoute celui qui s'était imposé le jour où Mäder était tombé.
Débats éternels
En premier lieu, "je ne comprends pas que nous n'ayons pas l'oreillette sur des championnats du monde", explique Ayuso. "Ça peut changer la vie d'une personne." Les coureurs estiment que les communications radio leur permettent de mieux connaître les dangers mais aussi d'informer leur équipe en cas de chute, pour eux ou leurs compagnons de route (il semble toutefois que personne dans le peloton n'avait conscience de la situation de Muriel Furrer pendant la course).
L'UCI estime au contraire que les oreillettes (réservées à l'élite des compétitions) amènent de la tension en course et entraînent des chutes. La restriction de leur utilisation fait partie des mesures mises en oeuvre cet été par "safeR", la structure qui réunit depuis 2023 les différents acteurs du cyclisme (UCI, organisateurs d'épreuves, équipes, coureurs) avec pour sacerdoce le renforcement de la sécurité des épreuves.
Les autres initiatives portent sur l'introduction d'un système de cartons jaunes (pour sanctionner les comportements dangereux), une extension jusqu'à cinq kilomètres de la règle dite "des trois kilomètres" et une "simplification de la méthode de calcul des écarts de temps dans les sprints massifs" (pour réduire la nervosité dans le final). "Il s'agit de tests, il y aura des erreurs, mais c'est le moment d'essayer des choses", expliquait au départ de La Vuelta Kiko Garcia, directeur général de l'association internationale des organisateurs de courses cyclistes.
Ayuso réclame plutôt la généralisation des capteurs GPS qui, sur une épreuve comme le Tour de France, permettent virtuellement de savoir où se trouve n'importe quel coureur à n'importe quel moment. Ce dispositif, accompagné d'autres systèmes d'alerte, est commun sur les grandes compétition en plein air. Mais sur la plupart des courses cyclistes, un transpondeur installé sur le vélo permet de signaler qu'un athlète a franchi l'arrivée ou un autre pointage fixe.
Dimanche, lorsque Tadej Pogacar a distancé Pavel Sivakov, c'est le capteur GPS de la moto suiveuse qui nous indiquait qu'il restait 51,6 kilomètres à parcourir. Quelques mètres plus loin, le Slovène lancé vers l'arc-en-ciel roulait sur un marquage "GINO & MURIEL 4EVER" ("pour l'éternité").
Par Benoît Vittek
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