Mondiaux sur route à Kigali | La routine de Tadej Pogacar, désormais double champion du monde

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Comme attendu, redouté peut-être par certains, voilà Tadej Pogacar double champion du monde sur route après son nouvel exploit à Kigali (Rwanda), dimanche. Cette fois, le Slovène a allumé la course à 104 kilomètres de l'arrivée pour finir par 66 bornes en solo. Un exploit qui serait jugé comme historique et qu'on regarderait sans doute d'un oeil un peu moins lassé s'il ne s'agissait pas de lui.

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Zurich ou Kigali, au fond quelle différence cela peut-il bien faire pour Tadej Pogacar ? Le Championnat du monde pourrait bien être organisé sur la Lune que le Slovène trouverait le moyen de lâcher ses adversaires quelque part. On avait eu beau écrire des scénarios, imaginer des hypothèses et dressé des obstacles imaginaires, le désormais double champion du monde a tout envoyé valser puisqu'il ne sait rien faire de mieux que ça. Personne n'a été surpris de le voir attaquer à 104 kilomètres de l'arrivée, pas plus que de le voir gagner au bout de ce nouveau pari insensé.
Un dimanche de championnat du monde ne devrait pas ressembler à ça. Il y a, dans ces journées, tout à la fois les leçons d'une saison qui s'achève, l'incertitude autour du parcours et des états de forme et surtout tant de scénarios possibles. Il y avait en tout cas, et dans un passé pas si lointain. Même les sacres de Mathieu Van der Poel ou Remco Evenepoel, et a fortiori ceux de Julian Alaphilippe, sublimes et peut-être inéluctables aux yeux de certains, n'avaient aucun trait commun avec les deux de Tadej Pogacar. 

Un temps, Pogacar a fait du bien au cyclisme 

Déchiffrer la stratégie du jour de Pogacar ne demande pas d'avoir passé des années à étudier le peloton. Il n'y avait pas plus long que le mont Kigali ce dimanche sur le parcours, c'est donc là qu'il a accéléré pour faire une première différence, la dernière en fait, Juan Ayuso et Isaac del Toro s'étant simplement brûlés les ailes à tenter de prendre sa roue. Comme Icare, ils ont appris à la dure que s'approcher trop près du soleil ne se fait pas sans conséquences. Eux ont lâché près de 7 minutes en quelques dizaines de kilomètres. 
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Rien ne nous étonne plus dans les performances de Tadej Pogacar. Qu'il gagne le Tour sans transpirer et en faisant la moue relève de la normalité. Qu'il allume la Cipressa dans Milan-Sanremo, qu'il fasse de l'Enfer du Nord une promenade dominicale seulement perturbée par une erreur de trajectoire ou qu'il termine sur le podium de tous les Monuments plus les Mondiaux (en attendant le Tour de Lombardie dont il a remporté les quatre dernières éditions) la même année ? La routine. 
Le problème avec Pogacar, qui a probablement un temps fait beaucoup de bien à un cyclisme qu'il a dépoussiéré en prenant un contre-pied jouissif des années Sky/INEOS, c'est qu'aucune de ses prises de risques, mêmes les plus folles, ne lui coûte vraiment. Son attaque à 82 kilomètres de l'arrivée sur les Strade Bianche 2024 devrait probablement être observée comme une bascule historique dans le cyclisme, celle qui lui a fait comprendre que rien ne lui était interdit. Il l'avait compris, nous pas encore. 

Pogacar peut absolument tout oser 

Alors Pogacar a fait plus fort, plus dingue. Il n'a pas fait 100 kilomètres tout seul à Kigali dimanche, pas plus qu'à Zurich en 2024 mais c'est tout comme. Surtout, jamais, ou si peu, son succès n'a semblé pouvoir être remis en cause, pas même par une poursuite organisée entre costauds autour de Remco Evenepoel. De l'intérieur, on se bat pour les accessits (loin) derrière lui et de l'extérieur, on peine finalement un peu à apprécier un championnat du monde à sa juste valeur. Non pas le vainqueur, ni sa manière mais peut-être un peu l'idée qu'on se fait du cyclisme. 
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Le risque, l'échec, la récompense, la rédemption sont des éléments constitutifs de ce sport. L'exploit cycliste a d'autant plus de valeur qu'il porte en lui, à n'importe quel moment, la déchéance de celui qui a osé. Oser défier ses adversaires, oser défier les lois de nature, celles que l'on imagine pour eux en tout cas, sans parfois vraiment savoir où en sont les limites. Pogacar ose toujours plus et gagne toujours autant. Il repousse plus loin son propre corps, son esprit et ce qui est possible. On ne doute pas qu'il en tire des joies exceptionnelles mais à mesure qu'il installe sa routine, grandit notre spleen.
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