Omloop Nieuwsblad I Pourquoi Wout van Aert (Visma I Lease a bike) ne prend plus les mêmes risques : "Il a peur"
Par Vincent Bregevin
Mis à jour 01/03/2025 à 12:25 GMT+1
Wout van Aert (Visma I Lease a Bike) est attendu au tournant sur l'Omloop Nieuwsblad, à suivre samedi sur Eurosport et Max. Le Belge, encore en phase de préparation physique, n’a pas eu son impact habituel sur les sprints lors du Tour d’Algarve. Mais il y a un paramètre psychologique à ne pas négliger pour un coureur qui a connu de multiples chutes en 2024. Et les conséquences qui vont avec…
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Video credit: Eurosport
C’était sa semaine de reprise sur route et il ne faut pas forcément en tirer des enseignements définitifs. Wout van Aert n’en était pas moins observé sur le Tour d’Algarve. Le Belge de la Visma I Lease a Bike a tiré un bilan plutôt positif d’une épreuve bouclée sur une deuxième place dans le chrono final, derrière son équipier Jonas Vingegaard, vainqueur au classement général. "Cette semaine a été idéale et je ne ressens pratiquement aucune gêne au niveau du genou", s’était-il notamment réjoui. Ce n’est pas rien pour WVA, victime en 2024 de grosses chutes sur A Travers la Flandre, le Tour de France et surtout la Vuelta. Celle qui l’avait contraint à mettre un terme à sa saison dès le début du mois de septembre.
Van Aert a logiquement affiché quelques limites physiques au Portugal, même s’il avait participé à la saison de cyclo-cross, achevée sur une médaille d’argent aux Mondiaux derrière Mathieu van der Poel (Alpecin-Deceuninck). Mais il y avait aussi quelque chose de différent dans sa manière de courir sur les arrivées au sprint. "Wout a pris un peu moins de risques que (Jordi) Meeus, soulignait Frédéric Amorison, consultant pour le média belge RTL, après la 3e étape. Déjà dans le dernier rond-point, on l'a vu mettre un petit coup de frein et encore un peu plus loin dans le dernier virage, à 400 mètres de la ligne d'arrivée. (…) Ici, il n'a jamais réellement sprinté et il ne prend plus les risques que d'autres prennent."
"Un changement d’attitude"
WVA ne serait-il plus disposé à prendre les mêmes risques qu’auparavant dans les sprints massifs ? Cette impression, l’ancien coureur belge n’est pas le seul à l’avoir ressentie. "Je suis complètement d’accord, abonde Steve Chainel, champion de France de cyclo-cross en 2018 et consultant pour Eurosport. Sur les sprints du Tour d’Algarve, il perd en vitesse, en plus il a peur, il freine deux fois là où un sprinter ne freine pas. On sent qu’il y a un changement d’attitude par rapport aux chutes qu’il a eues la saison passée. On sait que pour gagner un sprint aujourd’hui, ce n’est pas qu’une question de pointe de vitesse. C’est aussi le placement, savoir être dans la bagarre. Sur le Tour d’Algarve, il n’a pas réussi à le faire."
La dimension physique n’est pas à occulter pour un coureur qui vise son pic de forme sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Mais le paramètre psychologique lié à ses multiples chutes la saison passée peut aussi expliquer le phénomène. "J’allais faire les sprints au tout début de ma carrière et j’aimais frotter, ça ne me dérangeait pas d’aller au contact, rembobine Steve Chainel. Et à l’époque on me disait ‘tu verras avec l’âge, tu vas te calmer’. Et puis j’ai eu mon premier enfant à 24 ans, mon deuxième à 27. J’ai pris une méchante ‘pelle’ au Circuit de Lorraine. Et derrière, je n’ai quasiment plus fait de sprints. J’y suis allé deux ou trois fois et je freinais. Je n’y arrivais plus. Si je lançais, je lançais de trop loin, exactement comme van Aert à sur le Tour d’Algarve."
"Avoir peur, c’est prendre encore plus de risque"
Le Belge pourrait bien vivre une situation comparable. "Van Aert, il a 30 ans, il a deux enfants, il a pris une méchante ‘pelle’ à la Vuelta, rappelle Steve Chainel. Je pense que psychologiquement, il est à un niveau où ça va être très dur d’y retourner. A 20 ou 22 ans, on ne pense pas à la chute. Après, quand on prend de l’âge et qu’on devient plus mature, on se rend compte qu’on y va beaucoup moins facilement. Il y a une sorte de cercle infernal. Tu es moins bon au sprint donc tu y vas moins, tu y vas moins donc tu as moins de réflexes et tu as l’impression que ça frotte encore plus… Sur un groupe de 40-50 coureurs quand les gros ‘cuisseaux’ ont dégagé, là il pourra gagner des étapes. Mais sur un sprint massif, ça va être très compliqué."
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Video credit: Eurosport
Si l’hypothèse de voir van Aert en retrait sur les sprints massifs a pris de l’épaisseur sur le Tour d’Algarve, elle reste à confirmer sur la suite de la saison. Mais cela peut-être un mal pour un bien. Déjà parce que prendre moins de risques sur un sprint peut paradoxalement s’avérer plus dangereux pour le coureur. "Faire le deuil et le constat, se dire ‘je ne suis plus le même sprinter, je ne suis plus le même coureur parce que j’ai peur’ et freiner, c’est de l’inconscient, explique Steve Chainel. Mais au fond, freiner, avoir peur, c’est prendre encore plus de risque. Parce qu’on se retient. C’est là qu’on se crispe parce qu’on veut assurer, et en assurant de trop, on fait n’importe quoi. En fait on réfléchit, et c’est dans ce moment-là qu’on se loupe."
"il aura à prouver sur les classiques flandriennes"
Aussi, van Aert peut être précieux autrement sur les sprints massifs qu’en visant la victoire. La Visma I Lease a Bike ne semble d’ailleurs pas spécialement miser sur lui dans ce domaine. Elle avait surtout aligné des grimpeurs sur le Tour d’Algarve pour épauler Vingegaard dans la quête du classement général. Et au moment d’évoquer le Giro, le Belge avait lui-même annoncé dans Bistrot Vélo qu’il se mettrait au service d’Olav Kooij sur les étapes favorables aux sprinters. "On sent déjà qu’il bascule dans un rôle de poisson-pilote, qu’il va prendre moins de risque et emmener les gars, souligne Steve Chainel. Et ce sera peut-être plus facile."
Cela peut surtout lui permettre de se concentrer pleinement sur ses principaux objectifs, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Dans cette optique, briller sur les étapes de plaine sur le Tour d’Algarve représentait un enjeu nettement moins important que celui qui l’attend sur le Nieuwsblad samedi. "Après le week-end d'ouverture, je pourrai faire un vrai bilan", avait-il ainsi lancé sur la chaîne belge VTM dimanche dernier. "Là où il aura à prouver, c’est sur les classiques flandriennes, conclut Steve Chainel. Qu’il ne gagne pas un sprint massif, ça ne me dérange pas. Mais je l’attends sur les monts, les efforts de placement sur les montées. Quand ça va se faire à la pédale." Sur cet exercice, il y a fort à parier que van Aert retrouvera le goût du risque.
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