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Sky ou le danger de l'hydre à deux têtes

Sky ou le danger de l'hydre à deux têtes

Le 14/03/2019 à 21:09Mis à jour Le 15/03/2019 à 15:06

PARIS-NICE - Désormais installée aux deux première places du général après le chrono de jeudi, la Sky semble avoir toutes les cartes pour remettre la main sur la Course au Soleil, après le succès de Marc Soler (Movistar) l'an dernier. Mais, avec deux leaders aussi impressionnants que Kwiatkowski et Bernal, le piège de privilégier le mauvais candidat existe.

Comme presque tous les ans, on savait que la Sky serait très compliqué à battre sur les routes françaises. Que ce soit en juillet ou en mars, la formation britannique a pris l'habitude de tout rafler, à l'exception de 2014 (Nibali sur le Tour, Betancur sur Paris-Nice). Et, après cinq étapes marquées par le vent, les bordures et l'un des plus longs chronos de ces quarante dernières années, la domination de la formation britannique est à son paroxysme. Merci à Michal Kwiatkowski, toujours aussi solide et d'un calme absolu sur les étapes flandriennes avant de signer sans surprise le meilleur chrono des favoris. "Je suis content de garder ce maillot jaune, a-t-il admis à l'issue de ce contre-la-montre. J'espérais gagner l'étape mais Simon (Yates) était au-dessus". Mais aussi et surtout merci à Egan Bernal.

Vidéo - Parti prudemment, Kwiatkowski a parfaitement géré pour conforter son maillot : revivez son arrivée

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Bernal la joue collectif

Depuis son arrivée à la Sky il y a un hiver de cela, le Colombien ne cesse de montrer une adaptation extraordinaire aux exigences du haut niveau. Sixième du Tour Down Under pour sa première course World Tour, vainqueur du Tour de Californie à 21 ans, épatant en troisième semaine sur le Tour dans un rôle d'équipier, Bernal a encore rajouté cette semaine deux flèches à son arc déjà impressionnant : un inattendu talent de flandrien (on l'a vu provoquer lui-même des bordures !) et un sacré niveau en chrono. On savait déjà qu'il était loin d'être maladroit dans l'exercice mais tout de même… Le voir repousser Luis Leon Sanchez à 15'', Bob Jungels à 24'' ou encore Wilco Keldermann à 34'' a encore surpris. Même quand on s'attend à tout de sa part.

Egan Bernal (Sky) lors du chrono de Paris-Nice

Egan Bernal (Sky) lors du chrono de Paris-NiceGetty Images

Désormais dauphin de son équipier Michal Kwiatkowski, qui le devance de 19'' au général, Egan Bernal semble aujourd'hui le mieux placé dans l'optique de la victoire finale, surtout avec un col aussi difficile que le Turini à franchir samedi. Pourtant, à écouter la Sky, le leader, c'est bien le Polonais, porteur du maillot jaune : "Le leader est Michal et nous avons une très bonne équipe pour l’aider en montagne, explique Bernal. Notre objectif est de gagner Paris-Nice. Michal est notre leader donc nous allons tenter de gagner la course avec lui. Cela serait bien de remporter une étape mais nous n'allons pas risquer le général pour une étape. Nous garderons le général en tête."

Kwiatkowski en leader, Bernal en vainqueur ?

Mais la Sky a-t-elle vraiment raison de jouer la carte Kwiatkowski ? Après tout, le champion du monde 2014 a beau être une valeur sûre sur les courses d'une semaine, ses succès l'ont plus souvent été sur des épreuves sans grand col, à l'image de Tirreno-Adriatico et du Tour de Pologne l'an dernier. Dès qu'il y a du pourcentage et de la distance, en revanche, Kwiatko a la mauvaise habitude d'être imprévisible, capable de rivaliser avec le duo Porte-Thomas à la Croix de Chaubouret sur le Paris-Nice 2015 ou d'exploser, comme au Pla d'Adet sur le Tour 2014 (128e à 26') alors qu'il était 9e du général ou encore à la Covatilla sur le dernier Tour d'Espagne (25e à 2' de Lopez et Quintana).

Le dernier UAE Tour avait encore montré ses limites puisqu'il n'avait pas réussi à suivre à Jebel Hafeet (16e derrière Evenepoel). La haute montagne reste un point faible pour Kwiatkowski et l'enchaînement côte de Pelasque (5,7km à 6,4%) - Col de Turini (15,2km à 7,1%) peut permettre aux vrais grimpeurs de faire des écarts.

Dès lors, miser à 100% sur le Polonais serait une stratégie risquée pour la Sky. Demander à Bernal de se sacrifier pour l'actuel maillot jaune, même pour respecter la stratégie initiale, paraît compliquée si les Bardet, les Quintana voire les Keldermann passent à l'offensive samedi. "On a pris l'avantage mais les autres ne vont pas nous laisser tranquilles, reconnait Kwiatkowski. Il faudra se battre jusqu'au bout. Au classement, le rival est Luis Leon Sanchez. Mais Kelderman et Quintana ne sont pas loin. Il faudra sans doute prendre du temps samedi." Pour Kwiatkowski, il s'agira surtout de ne pas en perdre. Ou de laisser Bernal en gagner. Finalement, pour la Sky, le plus gros danger serait de ne pas choisir.

Michal Kwiatkowski (Sky) au centre

Michal Kwiatkowski (Sky) au centreGetty Images

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