Paris-Roubaix 2024 | "Blague" ou "super boulot" ? "La chicane de la discorde à l'entrée de la Trouée d'Arenberg

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Les considérations sportives tardent cette année à agiter les discussions avant la 121e édition de Paris-Roubaix. Car l'Enfer du Nord s'est offert un sujet inattendu avec une chicane ajoutée à l'entrée de la Trouée d'Arenberg pour réduire la vitesse du peloton. Une demande du syndicat des coureurs à laquelle l'organisateur a accédé. Très difficile cependant de voir clair dans cette polémique.

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Un favori devrait-il dire ça ? En sortant de sa réserve habituelle pour questionner la chicane implantée avant la Trouée d'Arenberg sur le parcours de Paris-Roubaix, Mathieu Van der Poel (Alpecin-Deceuninck) a déclenché une jolie polémique. Car si ce nouvel aménagement, réclamé par le syndicat des coureurs et accepté par l'organisateur (ASO, le même que pour le Tour de France), faisait déjà débat, voir l'un des meilleurs coureurs du monde le critiquer a jeté le trouble sur un épisode qui laissera forcément des traces.
Comment est-on arrivé là, à cette solution qui ne semble convenir qu'à une partie du peloton et dans un timing qui pose sérieusement question ? Adam Hansen et le syndicat des coureurs (CPA) dont il est le Président, sont partis d'un constat : de nombreux coureurs et certaines équipes soulèvent depuis quelques mois la dangerosité de la Trouée d'Arenberg, cette bande de pavé de 2 300 m qui a fait beaucoup pour le mythe de Paris-Roubaix. Hansen a contacté l'organisateur pour imaginer un aménagement qui permettrait de réduire la vitesse du peloton et la machine s'est emballée.

Une majorité de coureurs d'accord pour le changement ?

Thierry Gouvenou, le directeur de l'épreuve, a proposé trois solutions tout en demandant à ce que l'on s'assure que tous les coureurs soient d'accord pour un changement. C'est là que le flou commence. Le syndicat des coureurs fonctionne avec un représentant par équipes mais tous ne courront pas Paris-Roubaix dimanche, alors Hansen a fait le tri, tenté de joindre le plus de personnes possibles et s'est même joint à la réunion des directeurs sportifs avant le Tour des Flandres dimanche dernier. "On parle d'une très large majorité. Il n'y a que très peu de coureurs qui ne sont pas d'accord", se défend Adam Hansen.
"C'est une blague ?", s'est donc interrogé Mathieu Van der Poel pendant que chez Visma | Lease a Bike, on salue la décision. "Super boulot", a applaudi le patron Richard Plugge tandis que Matteo Jorgenson a posté une photo de Mitchell Docker, le visage ensanglanté après une chute dans la trouée en 2016 en demandant, "c'est ça que les fans veulent voir ? Des coureurs couverts de sang après avoir glissé, la tête la première, à 80 km/h sur des pavés acérés dans une forêt."
Une dissonance dans les réactions qui pose question. "Qui a vraiment été interrogé ?, questionne notre consultant Steve Chainel, qui salue par ailleurs la communication entre le syndicat des coureurs et l'organisateur le plus puissant du monde. Est-ce que ce sont certains directeurs sportifs ? Est-ce que ce ne sont pas finalement trois coureurs qui ont fait la demande ?"
"A l'évidence Van der Poel aurait préféré une autre décision, se défend Hansen. J'ai parlé à Mathieu, il est d'accord. Il m'a dit qu'il n'aimait pas entrer dans Arenberg à 60 km/h et plus. Mais on ne représente pas les meilleurs coureurs du monde, on représente tous les coureurs." En cause, sans doute, la décision prise par ASO et ce demi-tour, qui pourrait encore évoluer d'ici dimanche, juste avant l'entrée sur le secteur. "J'espère juste que ça ne sera pas ce demi-tour, pour moi c'est plus dangereux encore. On va juste arriver à 60 km/h dans une chicane", notre consultant Jacky Durand, dix Paris-Roubaix au compteur.
Certains coureurs auraient d'ailleurs aimé qu'une autre route soit prise mais avec un délai si court, l'organisateur n'avait pas beaucoup de choix et réfléchira à un aménagement plus pérenne pour les prochaines éditions. "J'ai écrit (au syndicat de coureurs) que ça pouvait poser des soucis, notamment parce qu'il y aurait un coup de frein plus important. On m'a répondu : on préfère freiner fort au risque de chuter sur du goudron plutôt que d'entrer dans la trouée d'Arenberg à 65 km/h", a expliqué Gouvenou.
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Gouvenou sur la chicane : "Pas la meilleure solution, mais la seule viable pour cette année"

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Paris-Roubaix dénaturé ?

Un joli mic-mac donc qui ne va rendre service à personne, tant la manière et le timing semblent problématiques. Du côté du syndicat des coureurs, on rappelle que si la décision n'a été rendue publique que cette semaine, les discussions ont débuté… avant le Tour des Tour des Flandres. D'autres pointent encore une décision qui ne va pas dans le bon sens, convoquant un cyclisme d'antan plus héroïque.
"Soyons honnête, Paris-Roubaix n'est pas une course sans danger. Tout le monde connaît la musique. Laissez la course en état ou alors rayez-la du calendrier", s'est ému Brian Smith, consultant Eurosport. "On va dénaturer Paris-Roubaix, confirme Jacky Durand. C'est désormais comme ça dans le cyclisme moderne. Peut-être que c'est tant mieux pour la sécurité des coureurs mais il y a tellement de pièges sur Paris-Roubaix…"
Julien Jurdie, directeur sportif de Decathlon-AG2R La Mondiale, auprès de l'AFP ou Marc Madiot, manager général de Groupama-FDJ pour L'Équipe, ont salué la volonté de ralentir un peloton qui va toujours plus vite. Le second regrette néanmoins ce demi-tour qui va envoyer, avec quasi-certitude, beaucoup d'hommes à terre. La chicane sera bien sur le parcours et elle n'a pas fini de faire parler d'ici dimanche.
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