Paris-Roubaix | Mathieu Van der Poel, dans l'intimité du champion taiseux

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Mathieu Van der Poel a remporté dimanche le second Paris-Roubaix de sa carrière au bout d'une course magnifique et d'un exploit en solitaire de presque 60 kilomètres. Mais ce succès, le Néerlandais le doit aussi à ses coéquipiers avec qui il a noué des liens extrêmement forts. Tout ça au prix d'un esprit de camaraderie qui ne l'a jamais quitté, même avec le succès.

Van der Poel et Alpecin-Deceuninck : aux origines de la machine à gagner

Video credit: Eurosport

Quand, après son arrivée triomphale, Mathieu Van der Poel a eu une pensée pour Jasper Philipsen, assurant espérer que son coéquipier gagnera un jour Paris-Roubaix, le Néerlandais ne jouait pas. On pourrait avancer sans trop se tromper qu'après un solo de près de 60 bornes sur les pavés, on ne peut pas vraiment s'amuser à trahir ses pensées. Van der Poel a le collectif chevillé au corps et au cœur et dans la coulisse, l'ogre redevient agneau. C'est le portrait d'un leader attachant que dressent ceux qui le côtoient.
La saison de classiques des Alpecin-Deceuninck dit autant de la puissance qu'elle impose à des rivaux sans réponse que du rayonnement de l'homme autour duquel le projet vit. Les frères Christoph et Philip Roodhooft ont accepté de se lancer sur la route dans le sillage de Mathieu Van der Poel et on peut aisément assurer qu'ils ne le regrettent pas. Parce que le désormais double vainqueur de Paris-Roubaix a offert son lot de victoires, bien sûr, mais aussi parce qu'il emmène avec lui tout un groupe.

En course, le staff ne parle pas à Van der Poel

Il fallait le voir se dépouiller sur le dernier Milan-Sanremo, jetant ses dernières forces, non pour s'imposer lui-même, mais pour favoriser les desseins de Jasper Philipsen qui, sitôt la victoire dans la poche, confiait l'immense pression qu'il avait ressentie en voyant son leader, et ami, se mettre si minable pour lui. Ce jour-là, Van der Poel fut un peu juste pour faire la différence tout seul, c'est vrai. Mais a-t-il hésité un seul instant pour oublier ses ambitions personnelles ? Pas le moins du monde.
"Il m'a dit qu'il avait des bonnes jambes, j'ai su quoi faire". Mathieu Van der Poel n'a pas besoin de beaucoup pour switcher. Peut-être parce que lui-même est un homme de peu de mots. Au briefing comme en course, nous dit-on, "VDP" parle peu et n'a jamais un mot plus haut que l'autre. Esseulé dans le peloton dans un moment étrange sur le dernier Tour des Flandres, il n'a eu besoin que d'un appel à la radio pour voir toutes les forces remonter d'un claquement de doigts, Axel Laurance en tête.
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Axel Laurance, coéquipier de van der Poel : "L'équipe ne donne jamais d'infos à Mathieu"

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"Mathieu est toujours très calme en course, il ne s'affole jamais, nous disait ce dernier après le "Ronde". Depuis la voiture, on ne lui dit jamais quoi faire. C'est lui qui sent la course, qui décide. Le directeur sportif parle aux autres." Au sein d'Alpecin-Deceuninck, la relation tissée année après année permet une confiance aveugle. Les liens qui l'unissent aux frères Roodhooft, et notamment Christoph, avec qui il partage une grande passion pour les voitures de luxe et qu'il considère comme un ami malgré 20 ans d'écart, lui permettent d'être libre comme l'air en course, comme à l'entraînement.

Glasgow et le conseil en or pour Laurance

Tantôt en groupe, tantôt seul, le sextuple champion du monde de cyclo-cross fait ce qu'il veut. Il en va de même pour son programme, l'hiver dans les sous-bois boueux comme sur la saison de route. Il n'y a aucun hasard dans le fait qu'il a prolongé son jusqu'en 2028 avec son équipe de toujours. "Sécuriser son contrat, c'est plus grand que gagner un Monument, confiait récemment Philip Roodhooft. C'est symbolique : nous avons entamé un cycle ensemble et on dirait que nous allons l'achever ensemble aussi."
Un cycle qui a vu Mathieu Van der Poel grandir, mais jamais changer. Adam Toupalik n'est pas le plus connu des anciens de ses coéquipiers mais son histoire, narrée à Cycling Weekly, témoigne de l'esprit de camaraderie de celui qui fut son leader entre 2015 et 2018 : "J'étais le seul dans l'équipe qui ne parlait pas Néerlandais mais Mathieu communiquait toujours avec moi. A l'entraînement, en stage, il me parlait beaucoup". Van der Poel se voit-il quelques années auparavant quand il regarde les jeunes arriver dans son équipe ? Peut-être est-ce son inconscient qui parle mais "VDP" n'est jamais avare de conseils.
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La palette : Quand les "chiens de garde" de Van der Poel sapent le moral des rivaux

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Axel Laurance n'a lui pas attendu d'arriver dans la grande Alpecin-Deceuninck pour nouer une belle relation avec le champion du monde. Placé dans un groupe avec Philipsen et Van der Poel dès janvier 2023 et les premiers stages, alors qu'il n'était "que" dans l'équipe réserve, le récent vainqueur d'une étape du Tour de Catalogne avait trouvé un Van der Poel chambreur. Les personnalités ont matché et c'est tout naturellement que le Français a été accueilli à bras ouverts.
En août dernier à Glasgow, où il avait glané le titre de champion du monde au bout d'une course folle sous la pluie écossaise, Van der Poel avait reçu les félicitations de son futur coéquipier. Quelques jours plus tard, c'est lui qui avait décroché son téléphone pour conseiller Axel Laurance sur la pression de ses pneus pour la course Espoirs que le Français allait remporter. Un détail sans doute, un état d'esprit surtout.
Sur la route comme ailleurs, ils sont peu nombreux, pour ne pas dire plus, à avoir eu des soucis avec le désormais toujours souriant Mathieu Van der Poel. Le tempétueux a laissé place au serein, ce que ces dernières victoires ont magnifiquement prouvé mais rarement ce dernier n'a dirigé sa colère sur quelqu'un d'autre que lui.
Bien élevé, il l'est assurément. Combien sont-ils dans le peloton à demander le numéro personnel d'un organisateur de courses pour s'excuser de devoir abandonner ? Van der Poel l'avait fait lui, en 2015, conscient qu'il était que si son équipe, la BKCP - Powerplus, était invitée sur les Boucles de la Mayenne, c'était pour lui le déjà champion du monde de cyclo-cross, la star naissante.
"Le seul changement, c'est qu'un adolescent est devenu un adulte", résume Philipp Roodhooft. Le gamin qu'il a accueilli il y a dix ans désormais n'a pas bougé d'un iota. A peine a-t-il garni son palmarès de six titres de champion du monde de cyclo-cross, d'un autre sur route, de trois Tour des Flandres, d'un Milan-Sanremo et de désormais deux Paris-Roubaix. Et ce, toujours avec un mot pour les autres.
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Van der Poel triomphe au bout d'un solo fantastique de 60 km

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