Bienvenue en enfer

La 106e édition de Paris-Roubaix s’élancera dimanche matin de Compiègne. Le vainqueur, quel qu’il soit, rejoindra dans le gotha du cyclisme mondial les immenses champions qui l’ont précédé en plus d’un siècle d’histoire. Retour sur quelques unes des plus

Eurosport

Crédit: Eurosport

-------------------- 1911 : Le hat-trick de Lapize --------------------
A l'heure où le Tour de France commence à écrire sa légende, Paris-Roubaix fait déjà figure de Reine des classiques. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, c'est d'ailleurs dans les classiques, et non dans la Grande boucle, qu'Octave Lapize bâtit sa réputation. Le "frisé" aime la pluie, le froid, le vent. Bref, il est fait pour Paris-Roubaix dont il est le premier héros. Déjà vainqueur en 1909 et 1910, il réussit un triplé historique l'année suivante, confirmant qu'il est quasiment imbattable sur les courses d'un jour. Mais en 1910, sa victoire sur le Tour de France qui franchissait pour la première fois les Pyrénées, l'a consacré comme un coureur complet. Près d'un siècle plus tard, seul Francesco Moser a égalé, mais jamais dépassé, son fabuleux triptyque roubaisien.
-------------------- 1950 : Coppi dans un autre monde --------------------
Le Campionissimo débarque dans le Nord avec des envies de revanche. L'année précédente, son frère Serse n'a été déclaré que vainqueur ex-aequo avec le Français Mahé. Fausto n'a pas oublié. Alors il va écraser la course comme personne n'a jamais osé dominer Paris-Roubaix. Répondant à l'attaque du duo Viot-Sciardis, l'Italien va les rejoindre avant de les déposer à 50 kilomètres de l'arrivée. A Roubaix, il s'impose avec 2'40'' d'avance sur un Diot héroïque. La légende attribue à ce dernier une phrase qui résume à elle seule la supériorité de Coppi : "J'ai gagné Paris-Roubaix , clame Diort, car Coppi était hors-concours". Par sa manière, sa puissance, sa méthode (il avait étudié le parcours sur le bout des doigts) et sa stratégie sans faille, la victoire de Coppi le magnifique fait entrer de plain pied le cyclisme dans l'ère moderne.
-------------------- 1973: Merckx, plus cannibale que jamais --------------------
Lors de sa première victoire, en 1968, Eddy Merckx a inauguré le nouveau parcours de l'épreuve, jugé plus difficile avec notamment l'apparition de la fameuse et terrible tranchée de Vallers-Arenberg. Il a récidivé deux ans plus tard, et lorsque débute l'édition 73, tout le monde attend le duel royal entre le Cannibale et son grand rival Roger De Vlaeminck, vainqueur pour la première fois en 1972. Dans des conditions épouvantables (il pleut, il vente et fait quasiment nuit en plein après-midi !), la course tourne au Super championnat de Belgique. De Vlaeminck n'est pas dans le coup, mais le podium est 100% belge. Maculé de boue, Merckx s'impose devant Godefroot et Rosiers. Il accroche son troisième Paris-Roubaix, juste après avoir gagné le Het Volk, Milan San Remo et l'Amstel, et juste avant un quatrième succès dans Liège-Bastogne-Liège. Plus cannibale que jamais...
-------------------- 1977: Record pour De Vlaeminck --------------------
Roger De Vlaeminck est le prototype du coureur taillé pour Paris-Roubaix. Formé à la dure école du cyclocross, le Belge n'a peur ni de la boue ni des pavés. Au contraire. Il trouve sur ces routes un lieu d'expression idéal. Sa maîtrise des terrains impraticables, ou réputés comme tels, lui permet de glisser sur les pavés comme personne. Déjà vainqueur à trois reprises, il dompte l'enfer une quatrième et dernière fois en 1977, en s'envolant à 30 kilomètres de l'arrivée. Malgré les efforts conjugués de Merckx, Raas ou Kuiper, ses rivaux ne le reverront plus. Avec quatre victoires, mais aussi quatre deuxièmes places et un total de neuf podiums, le "gitan" reste aujourd'hui encore le maître absolu des pavés.
-------------------- 1981: Hinault règle ses comptes --------------------
Hinault, c'est l'anti-De Vlaeminck. Le Français abhorre les pavés. Il peine même à concevoir l'intérêt de courir dans de telles conditions, de risquer une chute et donc une blessure qui pourrait compromettre la suite de sa saison. Mais le Blaireau est aussi un monstre d'orgueil. Alors, par défi, il va relever le gant roubaisien. Année après année, il se rapproche de la victoire : 13e en 1978, 11e en 79 et 4e en 80.
La suivante sera la bonne. Et pourtant, le succès semble une fois encore se refuser à lui. Hinault crève deux fois, chute à quatre reprises, la dernière à 11 kilomètres de l'arrivée mais, au courage, il revient. Comme un symbole, il entre dans le Vélodrome en compagnie des plus grands spécialistes de l'épreuve, dont Francesco Moser, triple tenant du titre, et De Vlaeminck, quadruple vainqueur. Mais Hinault le phénomène, fier et enragé, les règle tous au sprint. Il s'est débarrassé de Paris-Roubaix. Pour de bon.
-------------------- 1993: Le fabuleux doublé du père Duclos --------------------
Equipier modèle, puncheur au grand coeur, courageux parmi les braves, Gilbert Duclos-Lassale méritait amplement d'inscrire son nom au palmarès. Mais l'Enfer, ça se mérite ! Et malgré toute sa détermination, le Béarnais est longtemps considéré comme le maudit du Nord. Deuxième derrière Francesco Moser en 1980 à l'âge de 25 ans, il est encore à la pire des places trois ans plus tard, cette fois derrière Kuiper.
On finit par se dire qu'il ne gagnera jamais, lorsqu'il s'impose contre toute attente en 1992. Le couronnement de sa carrière croit-on. Mais Duclos a de la ressource. Quand il revient un an plus tard avec la ferme intention de réussir le doublé, beaucoup croient au bluff. Ils ont tort. Comme Franco Ballerini, son compagnon d'échappée dans le final, a tort de lever les bas au ciel en signe de victoire. Car la photo finish ne laisse aucun doute: c'est bien Duclos-Lassalle qui a coupé la ligne le premier. Entré dans l'histoire à 37 ans, Duclos devient une légende à 38.
-------------------- 1996 : Museeuw dans la confusion --------------------
Johan Museeuw est incontestablement le plus grand coureur de classiques de la fin du XXe siècle. En 1996 La Mapei surclasse la concurrence dès la mi-course et, dans les derniers kilomètres, la victoire ne plus échapper à l'équipe italienne puisque trois de ses hommes, Andrea Tafi, Gianluca Bortolami et Johan Museeuw sont en tête.
Lorsqu'ils pénètrent dans le vélodrome, le public s'attend à une explication loyale entre les trois hommes. Mais au fil des secondes, chacun comprend le manège. Il n'y aura pas de sprint. Depuis sa voiture, le directeur sportif de l'équipe a reçu des ordres venant de plus haut. Museeuw doit gagner. Un point c'est tout. Le Lion de Gistel passe effectivement la ligne en tête, sous une bordée de sifflets qu'il n'avait pas mérités.
-------------------- 2003: La folle semaine de Van Petegem --------------------
Vainqueur du Tour des Flandres une semaine plus tôt pour la deuxième fois de sa carrière, Peter Van Petegem se présente à Compiègne avec le costume du grand favori. Malgré le marquage à la culotte dont il fait l'objet, le Flahute place l'accélération décisive à une quinzaine de kilomètres du vélodrome de Roubaix. Seuls Dario Pieri et Viacheslav Ekimov parviennent à le suivre. Mais au sprint, Van Petegem mate facilement ses deux compagnons d'échappée. A 33 ans, il rejoint dans la légende des classiques six de ses compatriotes (Rebry, Gijssels, Impanis, De Bruyne, Van Looy et De Vlaeminck) qui, entre 1934 et 1977, avaient eux aussi signé cet exigeant doublé. Sous les pavés, la gloire, et l'histoire...
-------------------- 2006: Cancellara dans le bon wagon --------------------
Rien ne se passe jamais tout à fait comme prévu sur Paris-Roubaix. Il y a deux ans, Tom Boonen part de Compiègne en archi-favori. Le Belge, en quête d'un deuxième doublé Tour des Flandres/Paris-Roubaix de suite, ce que personne n'a jamais accompli, tombe sur un os en la personne de Fabian Cancellara. "Dès le premier kilomètre, j'ai senti que ce serait mon jour et celui de l'équipe", proclame le Suisse, qui s'envole triomphalement sur les pavés de Camphin, anticipant le Carrefour de l'Arbre, à 20 kilomètres de l'arrivée. C'est alors qu'un évènement cocasse se produisit. A 10 kilomètres de Roubaix, les trois poursuivants franchissaient un passage à niveau alors que les barrières étaient déjà baissées, ce qui est formellement interdit ! Cancellara, lui, avait eu la bonne idée de précéder le train. Boonen. Ballan et Flecha restèrent quant à eux bloqués une trentaine de secondes! Conséquence, l'intransigeant jury des commissaires allait déclasser Hoste, Van Petegem et Gusev, arrivés dans cet ordre du deuxième au quatrième rang offrant à Tom Boonen une drôle de deuxième place.
Rejoignez Plus de 3M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité