Paul Seixas, champion du monde et nouveau phénomène : "La finalité, c'est de gagner le Tour"

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Lundi matin, Paul Seixas a permis à l'équipe de France de décrocher son premier titre aux Mondiaux sur route à Zurich. Sacré sur le contre-la-montre chez les juniors, il a confirmé à la fois son excellente saison et son immense talent. Il avait accordé une interview à Eurosport la semaine dernière juste après avoir signé chez les pros avec Decathlon-AG2R La Mondiale.

Paul Seixas

Crédit: Getty Images

Paul, vous avez 17 ans et vous venez de signer votre premier contrat professionnel avec Decathlon-AG2R La Mondiale. 
Paul Seixas : Je suis super heureux, franchement c'est un rêve qui devient réalité. Ça peut paraître ambitieux, mais je pense qu'on a choisi le bon projet avec l'équipe. J'espère que je vais passer de très belles années, ça va être une super aventure.
Vous aurez seulement 18 ans au début de votre carrière chez les pros, est-ce quelque chose qui peut vous faire peur ? 
P.S. : Non, je pense que je vais beaucoup apprendre, ça ne me fait pas particulièrement peur. L'équipe de développement, ça a été un débat mais je pense qu'on a pris cette décision parce que j'en avais envie. Je sentais que ça pouvait le faire et j'avais envie d'apprendre directement avec les grands. Je ne vais pas faire que des courses de ce niveau-là, je vais descendre en "Conti" pas mal de fois. Je vais voir comment ça va évoluer, l'équipe sera à mon écoute, et je pense que c'est le plus important. Mon calendrier sera aménagé, on verra en fonction de mes performances, mes sensations. 

Inspiré par Evenepoel 

On ne veut pas vous comparer mais est-ce que des exemples comme celui de Remco Evenepoel (passé des juniors aux professionnels sans passer par les espoirs, ndlr) vous ont aidé dans cette décision ? 
P.S. : Bien sûr, ça m'a aussi inspiré. Je pense que Remco est dans une logique différente de nous aujourd'hui. Ça montre que c'est possible mais il faut savoir être patient. Quand tu passes en World Tour, la première année il ne faut pas s'attendre à gagner toutes les courses. Il faut juste apprendre la première et peut-être même la deuxième année, progresser à mon rythme, ne pas perdre de vue que je suis jeune. Je suis quelqu'un de patient, ça ne viendra pas dès le premier jour. Je pense que si j'ai fait ce choix, je suis capable de l'assumer. 
Pouvez-vous simplement vous décrire en tant que coureur ? 
P.S. : J'aimerais rester le coureur que je suis aujourd'hui, quand même grimpeur de base. Mais je n'ai pas de complexe, j'aimerais continuer de pouvoir tout faire, d'être bon dans tous les domaines. C'est super important dans le cyclisme moderne et surtout je me fais plaisir comme ça, peu importe la course sur laquelle je m'aligne. Je suis capable d'être là, de participer. Et plus tard, j'aimerais bien jouer les classements généraux donc il faut continuer à être polyvalent. 
Cette polyvalence, on la retrouve dans votre palmarès chez les juniors cette saison avec 13 victoires (14 avec le chrono des Mondiaux lundi, ndlr) dont Liège-Bastogne-Liège, la Classique des Alpes et des classements généraux… 
P.S. :  Honnêtement quand je me suis préparé pour cette saison, qui a commencé par une blessure, avec ma double fracture au poignet, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Je voulais gagner des courses, j'avais des gros objectifs mais avoir des objectifs et les réussir, il y a une grande différence. Globalement ça reste une très bonne saison. Le plus important c'est que j'ai progressé dans tous les domaines, le contre-la-montre, le plat, en montagne…  
On a compris qu'il y avait une deuxième place qui vous était restée en travers de la gorge, laquelle et pourquoi ? 
P.S. : Celle du général de l'Ain Bugey Valromey Tour (derrière le phénomène danois, Albert Philipsen). J'étais venu pour le gagner parce que l'année dernière j'avais déjà terminé deuxième. C'est un peu la plus grande course junior de la saison, la plus grande course par étapes. C'est un peu le Tour de France pour les juniors. Malheureusement je suis tombé sur quelqu'un de très, très fort, et très bien préparé. Ce qui m'a fait mal au cœur, c'est que la seule différence entre lui et moi, c'est qu'il allait plus vite au sprint. 
Les juniors, on regarde la télé, et on se dit, "pourquoi pas nous ?" 
Parmi vos 13 victoires, on retient notamment la Classique des Alpes avec plus de quatre minutes d'avance et un raid solitaire de plus de 30 kilomètres… 
P.S. : C'était quelque chose qui me tenait à cœur. Elle a une valeur sentimentale. C'est un jour où tout s'est aligné. Je connaissais le parcours de l'année dernière et je savais qu'il ne fallait pas trop attendre. Dès le premier col, j'ai imposé mon rythme, on a réussi à s'extirper à 3 et après dans le Mont du Chat, j'ai préféré ne pas prendre de risque et attaquer dès le pied. C'est ça qui a fait que j'ai pu prendre beaucoup d'avance. Il n'y avait plus de difficulté donc j'ai pu reprendre du temps tout au long des 30 ou 35 kilomètres que j'ai faits tout seul. 
Est-ce une manière de courir qui vous plaît ? 
P.S. : Complètement ! Naturellement, je suis quelqu'un de plutôt endurant. J'aime la répétition des efforts, j'ai une bonne capacité de récupération. C'est une manière de courir que l'on voit chez les pros. Les juniors, on regarde la télé, et on se dit, "pourquoi pas nous ?". C'est sûr que ça fait rêver, on est tous un peu des rêveurs, on espère tous un jour être sur les grandes courses.
Un titre de champion du monde (qu'il a obtenu entre temps) pourrait définitivement vous mettre dans la lumière quelques jours après votre signature chez les pros. Est-ce que cela vous inquiète ? 
P.S. : Non, ça ne m'inquiète pas trop. Je ne cherche pas à être dans la lumière des médias. Quand ça se fait, c'est sûr que c'est bien, c'est que tu marches bien, et que ça va bien, mais moi je cherche surtout à progresser étape par étape. Mon but va être de progresser au fil des années et d'atteindre mon meilleur niveau. Si jamais il y a un résultat aux championnats du monde et qu'il y a plus de médias qui viennent c'est bien, c'est aussi parce que j'aurai réussi ma saison. 
Avez-vous conscience que l'on va vite vous parler du Tour de France ? 
P.S. : Bien sûr. Beaucoup vont commencer à m'en parler, mais il y a encore des belles années à faire avant. Bien sûr, la finalité pour moi, mon rêve, ça serait d'aller au Tour et de faire quelque chose. Gagner le Tour de France, c'est un rêve, comme pour 90 ou 95% des coureurs, mais il y a encore tellement de travail à faire. Il ne faut pas se dire que je vais gagner le Tour de France demain. Ça va être long, ça va être dur mais le plus important, c'est de prendre du plaisir, et d'être bien accompagné. Je pense que là-dessus, j'ai fait le meilleur choix. 
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"Je n'ai pas envie de dire qu'Evenepoel est le meilleur rouleur du monde"

Video credit: Eurosport

On a évoqué autour de vous des propositions d'autres équipes et même des formations de pointe… 
P.S. : Oui, c'est vrai. Il y a eu des contacts, je ne vais pas le nier, c'est la concurrence. C'est aussi quelque chose qui me rend fier parce que ça montre que ma saison est réussie. J'ai fait ce choix-là, je ne le regrette pas. Je suis content d'être là.
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