Pippa York, du mal-être à étendard des droits LGBT : "Quand j'étais Robert Millar, j'étais malheureuse 95% du temps…"

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Son nom ne vous dit peut-être rien. Son histoire vous éveillera pourtant quelques souvenirs, encore plus si vous êtes un suiveur du cyclisme. Car Philippa York est une légende de la petite reine britannique. Ancien(ne) maillot à pois sur le Tour de France 1984, celle qui était connue sous le nom de Robert Millar raconte son changement de vie dans The Power of Sport à retrouver sur Eurosport.

"Comparer les athlètes féminins et masculins n'est pas pertinent pour les athlètes transgenres"

Video credit: Eurosport

Robert Millar, voilà un coureur qui a marqué les esprits sur les Grands Tours à la fin du siècle dernier. C'est pourtant sous le nom de Philippa York que nous la retrouvons en 2023. Ancienne vainqueur d'étapes sur le Tour de France, le Giro et la Vuelta, celle qui était connue sous le nom de Robert Millar a changé de vie depuis sa retraite sportive au milieu des années 90.
Mal dans sa peau, bouleversée dans sa tête, la Britannique a lutté avec ses démons internes avant de changer radicalement et de basculer vers une transition de genre. Dans le dernier numéro de The Power of Sport à retrouver à partir de ce mercredi soir sur Eurosport, elle revient sur la difficulté de s'assumer au cours de sa carrière. Heureuse aujourd'hui, l'ancienne championne a dû se battre. Avec elle et avec le regard des autres aussi.

Une carrière au zénith, un moral au plus bas

Avec seize ans dans les pelotons sous le maillot de Peugeot et plusieurs succès de choix dont trois sur le Tour de France, "Pippa" York a vécu une carrière riche comme elle l'a confié à Eurosport. "On peut penser qu'être coureur professionnel était une chose magnifique. Oui, ça l'a été, c'était vraiment formidable surtout quand c'est ce qu'on a toujours voulu faire."
Malgré les succès, la native de Glasgow est apparue tourmentée avec une volonté cachée de vouloir changer de genre, un sujet qui était encore plus difficile à appréhender à cette époque. "La plupart de l'année, je mettais de côté toutes mes émotions. Je me retrouvais comme une personne très froide et plutôt 'brutale', tout ça parce que je n'avais pas de place pour exprimer mes sentiments personnels."
Le sourire lors de ses succès n'était presque que de façade. "Sur le plan du bonheur à cette époque, quand j'étais Robert Millar, je dirais que j'étais malheureuse 95% du temps. Faire cette transition au cours de ma carrière n'était pas possible par rapport à ma situation ou aux réactions que cela aurait engendrées au sein du public. Honnêtement, je n'aurais pas survécu à ça…"
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La fresque de Robert Millar avec son maillot à pois du Tour 1984, l'ancienne identité de Philippa York

Crédit: Imago

Un changement de vie loin de l'agitation médiatique

L'ancienne triple championne de Grande-Bretagne chez les messieurs continue sur ce mal-être qu'elle entretient depuis son enfance. "Au milieu de la trentaine, ces 'soucis de genre' ont commencé à devenir de plus en plus pressants car ils ne disparaissaient pas. Ces années ont été de plus en plus sombres à mesure que je ne faisais rien. J'étais dans une très mauvaise phase, très déprimée, mécontente de ma vie."
Il faut attendre 2007, soit une dizaine d'années après son retrait des pelotons pour que le moral aille mieux. "Dès que j'ai commencé sur la voie de la transition, ce que je voyais comme un problème d'être né homme s'est amélioré et j'ai commencé à aller mieux."
Philippa York s'est alors mise en retrait, loin des projecteurs et des spéculations médiatiques pour se construire. Collaboratrice pour plusieurs médias de la petite reine, cyclingnews en tête, elle continue de signer sous la plume de Robert Millar dans les années 2000. Avant de définitivement assumer sa nouvelle identité au grand jour. C'était en 2017.

Un nouveau costume de porte-drapeau

Aujourd'hui épanouie, l'ancienne coureuse se bat pour défendre les droits LGBT et l'intégration des personnes transgenres dans le sport. "Le principal problème pour les personnes transgenres dans le sport, c'est de dire que l'homme moyen est plus fort que la femme. Mais l'homme moyen ne connaît pas le retrait de testostérone et l'arrivée des oestrogènes lors d'une transition vers un corps de femme. Comparer les athlètes hommes et femmes, ça n'a aucun sens pour les sportifs trans."
"Pippa" York met d'ailleurs toute son énergie pour faire changer les mentalités. "En tant qu'athlète, tout ce que vous voulez, c'est être compétitif. Tout l'intérêt de la concurrence, c'est de se mesurer contre les autres, avec d'autres compétiteurs. Les personnes transgenres veulent juste participer à tout ça."
"La personne que je suis maintenant est très différente de celle qui faisait de la compétition", insiste-t-elle. "Quand j'ai fait ma transition, j'ai rencontré quelqu'un qui venait justement de la finir. Cette personne m'a dit : 'la différence, ce n'est pas ce qui est bien ou pas bien. Ça signifie juste être différent."
Robert Millar n'est plus. Même si elle en a souffert, Philippa York ne veut pas tout effacer dans ce parcours. "Avant, j'étais cycliste, j'ai fait de belles choses, les gens ont adoré. Maintenant, je suis une femme du monde et j'essaie d'être la meilleure de moi-même dans cet univers." La championne du monde mène une autre course. Et elle lui donne plus d'épanouissement que ce qu'elle n'a jamais connu.
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Robert Millar à la fin des années 80

Crédit: Getty Images

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