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Route d'Occitanie

Le cyclisme face au Covid : "2020 n'est pas l'année des selfies ni celle pour récupérer des bidons"

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Le masque en plus du casque dans la zone de départ : le cyclisme version 2020.

Crédit: Getty Images

ParLaurent Vergne
30/07/2020 à 21:26 | Mis à jour 31/07/2020 à 13:18
@LaurentVergne

Après le Tour de Burgos en Espagne depuis mardi, la saison 2020 redémarre ce week-end en Italie avec les Strade Bianche et en France, via la Route d'Occitanie. L'épreuve sudiste se prépare au mieux pour cette édition pas comme les autres, marquée par les contraintes sanitaires et une nouvelle approche nécessaire de la part des organisateurs, des coureurs, des équipes et du public.

Egan Bernal. Chris Froome. Thibaut Pinot. Romain Bardet. Miguel Angel Lopez. Warren Barguil. Richie Porte. Et d'autres. La Route d'Occitanie dispose pour cette édition 2020 d'un plateau royal. Un vrai mini Tour de France à quatre semaines du départ de la Grande Boucle. En témoigne son palmarès récent avec du Valverde, du Contador, du Quintana ou du Voeckler rien que pour ces dix dernières années, l'ex-Route du Sud a souvent attiré de gros clients, mais jamais autant. "D'habitude, nous avons deux ou trois têtes d'affiche, cette année c'est plutôt dix", souligne Romain Caubin, membre de l'organisation.

Beaucoup de ténors du peloton ont choisi l'épreuve sudiste pour entamer leur préparation pour le Tour, à l'image des Britanniques d'Ineos. L'équipe de Dave Brailsford est une fidèle de la course, mais en se déplaçant avec Bernal et Froome, qui pèsent cinq victoires sur le Tour à eux deux, elle offre une dimension supplémentaire au rendez-vous occitan.

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"En 2017, précise Romain Caubin, Ineos était venue avec Geraint Thomas, Sergio Henao et Wout Poels, donc nous avions déjà eu de belles formations, mais évidemment jamais de ce niveau-là." Et si Julian Alaphilippe est en Italie pour lancer sa saison, la présence du duo Pinot-Bardet ajoute du piment. Avec ce casting 5 étoiles, l'épreuve sudiste va donc inévitablement focaliser l'attention.

Ineos avec du très lourd sur la Route d'Occitanie.

Crédit: Getty Images

"L'essentiel, c'est qu'il y ait une ligne au palmarès"

Pourtant, contexte oblige, c'est presque un détail. "Ce n'est pas le plus important pour nous, insiste l'organisateur. On comprend l'enthousiasme que cela crée mais pour nous, l'essentiel, c'est qu'il y ait une ligne au palmarès. Peut-être que ça fait mec qui fait la fine bouche, mais vraiment, c'est le symbole d'être là, d'organiser. Effectivement il y aura de grandes stars qui vont se préparer pour le Tour. Mais il y a aussi des équipes qui doivent garder leurs sponsors, des coureurs qui ont besoin de trouver des contrats et c'est à ce titre-là qu'on sera fier d'avoir tenu la baraque. De permettre à l'économie du vélo de se relancer, à notre modeste mesure."

Si l'épreuve, qui se tiendra sur quatre jours, de samedi à mardi, aurait pu survivre à une annulation pure et simple de l'édition 2020 (elle est financée à 80% par des fonds publics et certaines subventions auraient été maintenues même en cas d'annulation), ses dirigeants ont rapidement sauté sur la fenêtre de tir du début du mois d'août. La Route d'Occitanie demeure un rendez-vous préparatoire au Tour, même si elle est située une semaine plus loin du grand départ par rapport à d'habitude. Mais l'esprit reste le même et, surtout, ce positionnement fait d'elle la toute première épreuve en France en cette période de reprise estivale.

Bulle sanitaire

Un privilège, mais une responsabilité, aussi. Organiser une course en ces temps de Covid-19 implique des complications. "C'est un sacré défi, avoue Romain Caubin. On a dû monter en gamme un peu sur tout." Un surcoût estimé entre "65 et 70 000 euros, explique-t-il, répartis entre le barriérage, de l'hôtellerie pour avoir des chambres d'isolement, séparer au mieux les équipes, de la sécurité privée aussi et puis du matériel médical et une équipe médicale largement renforcée. Nous nous sommes fait accompagner par deux médecins pour écrire les process médicaux. Pour la sécurité de la course, la gestion des cas suspects, que ce soit parmi les équipes ou au sein de l'organisation."

A ce titre, ils observent de près la situation au Tour de Burgos, qui se tient depuis mardi. Plusieurs coureurs ont été retirés de la course, soit pour un test positif au Covid-19, soit pour avoir été en contact avec une personne positive. Des mesures similaires seront prises en cas de besoin sur la Route d'Occitanie. "Pour la prise en charge des cas suspects, nous sommes en cheville avec un laboratoire toulousain, qui pourra accueillir 24 heures sur 24 des cas suspects tout au long de l'épreuve", explique Romain Caubin.

Le mieux, évidemment, serait de ne pas en arriver là. Les organisateurs prennent donc le maximum de précautions, avec la mise en place d'une "bulle sanitaire". L'idée, c'est d'isoler le plus et le mieux possible les coureurs et les staffs du reste du monde. A commencer par le public. "Normalement, nous sommes une course très ouverte, c'est le côté populaire et accessible du vélo. Mais 2020, ce n'est pas l'année des selfies et des autographes, ni celle pour récupérer des bidons", prévient la direction de l'épreuve.

Prise de température obligatoire sur le Tour de Burgos.

Crédit: Getty Images

Le prix à payer

Au menu, masques et gel hydroalcoolique partout. Des barrières renforcées dans les zones départs et arrivées, sur les parkings équipes, et étendues sur les derniers hectomètres des étapes. Des cérémonies protocolaires strictement encadrées, aussi. "A l'arrivée, il n'y aura personne, pas d'hôtesse ou d'invité, selon Romain Caubin. Il y aura un seul élu mais il se tiendra plus qu'à bonne distance. Les maillots seront remis aux coureurs par des membres de leur équipe dans la zone réservée. Quand le coureur montera sur le podium, il aura déjà son maillot sur le dos."

La façon de vivre la course, côté coureurs ou côté public, et plus encore le lien entre les deux, va donc radicalement changer. Le prix à payer pour que les épreuves puissent se tenir. Et chacun commence à le comprendre, surtout en cette période où l'épidémie semble regagner en vigueur dans l'Hexagone.

"Notre thermomètre, confie Caubin, ce sont les réactions sur les réseaux sociaux. Quand on communiquait là-dessus il y a trois semaines, nous avions surtout des réactions de déception. 'C'est nul, on ne pourra pas approcher les coureurs…' Mais ça a changé ces derniers jours, la situation se durcit et maintenant, les gens comprennent. Au fond, ce que nous leur demandons, c'est ni plus ni moins que ce qui est demandé depuis trois mois. Pas de bise, pas de poignée de main, pas de contact direct, pas de bras-dessus, bras-dessous." Du bon sens, en somme.

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