Mauro Schmid apprend vite. "J’essaye, en tout cas !", s’amusait-il à la mi-février, sur les routes du Tour of Oman, sa première course avec Quick-Step Alpha Vinyl Team. À 22 ans, le jeune Suisse est un talent spécial, qui a tout particulièrement attiré l’attention l’an dernier en remportant l’étape dite des Strade Bianche sur le Giro, et qui s’est engagé pour deux saisons avec une formation spéciale, habituée à dominer sur les classiques. "Je me sens bien avec l’équipe", ajoutait Schmid, auteur ce jour-là d’un numéro dans la banlieue de Mascate, où son compagnon du Wolfpack Fausto Masnada s’était imposé (4e étape). "Je pense qu’avec ces équipiers, j’ai déjà pu apprendre beaucoup de choses."
Dans le désert omanais, sur les routes ardéchoises et drômoises, ou en Italie (où il dispute samedi les Strade Bianche au côté de Julian Alaphilippe), Schmid évolue cette année dans des cadres bien différents du canton de Zurich où il a grandi et fait ses gammes cyclistes. Le natif de Bülach (la ville de Louis Pfenninger, vainqueur du Tour de Suisse en 1968 et 1972) est un touche-à-tout prêt à toutes les débauches d’énergie.
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Ses premiers souvenirs cyclistes sont nés sur un VTT. Au pays de Nino Schurter et Jolanda Neff, "la discipline est vraiment importante, plus que la route", explique Schmid. "Chez les jeunes, on peut avoir une centaine de coureurs au départ, contre 30 ou 40 sur la route. Ça fait une différence. Mais avec le temps, j’ai commencé à prendre plus de plaisir sur la route, donc j’ai arrêté le VTT. Le programme était chargé avec les deux, j’avais souvent plusieurs courses le même week-end, et à 14 ans, c’est un peu difficile."
Ce qui m’a attiré, ce sont les Jeux Olympiques
Le jeune Schmid n'en a pas moins de l’énergie à revendre. "J’aimais tellement courir, je ne pouvais pas juste faire la saison de mars à août et m’arrêter pendant six mois", se souvient l’ancien élève du VC Steinmaur. "Il me fallait d’autres objectifs pour continuer à avancer." L’adolescent se prend donc au jeu du cyclo-cross : "C’est assez populaire également en Suisse, même si on a manqué pendant un temps de grands coureurs au niveau international. Ça revient maintenant. Et avec mon club, on avait une course à domicile."
Le triplé devient vite un quadruplé lorsque Schmid, après le VTT, la route et le cyclo-cross, s’essaye à la piste. "Il est assez commun en Suisse d'en faire chez les jeunes", banalise-t-il, avant de dérouler les exemples récents de Marc Hirschi, Stefan Bissegger, Stefan Küng et Silvan Dillier. "Presque tous les pros suisses ont un bagage plus ou moins important sur la piste. Mais moi, ce qui m’a attiré, ce sont les Jeux Olympiques."

Mauro Schmid, vainqueur de la 11e étape du Giro

Crédit: Getty Images

Les longues jambes du grand Suisse (1m87) lui ont valu une poignée de médailles de bronze continentales dans les catégories de jeunes avant de lui faire une place dans l’équipe de poursuite qui a pris la huitième place à Tokyo (avec Bissegger, Froidevaux et Thièry). "Ce que j’ai accompli l’an dernier, c’était une belle expérience, un vrai objectif pour moi", se félicite-t-il, avant de s’engager pour la suite : "Maintenant, je vais me concentrer sur la route. Je vais garder un peu de piste, de plus petits événements ou les Mondiaux si ça colle avec le programme, mais la route a la priorité."
Il était quasiment impossible d’avoir le volume d’entraînement nécessaire pour devenir pro
Fort de sa polyvalence, Schmid sait aussi combien il est difficile d’être performant au plus haut niveau lorsqu’on se mobilise sur plusieurs fronts. Son talent a éclaté à la face du monde cycliste en 2021 - "à peu près toutes les équipes du World Tour étaient intéressées à la fin de la saison", confirme-t-il - mais son arrivée chez les pros a été plus discrète, voire frustrante pour le Zurichois. Chez les jeunes, Schmid était un bon coureur, mais il devait se contenter de médailles d’argent lors des championnats nationaux. "Je travaillais cinq jours par semaine jusqu’en 2019, donc il était quasiment impossible d’avoir le volume d’entraînement nécessaire pour devenir pro ou avoir de très bons résultats", explique-t-il.
Dans la famille Schmid, le père est un ancien coureur ("je crois qu’il a arrêté en Espoir, et ma mère et mon grand-père roulent aussi") qui dirige une concession de voitures. "Il était très important pour mes parents, et pour moi aussi, d’avoir une autre option au cas où ça ne fonctionne pas avec le vélo", raconte Schmid. "On peut toujours avoir une blessure, ou autre chose. Alors j’ai fait un apprentissage en tant que mécanicien dans un autre garage de ma ville."
Je veux mieux connaître mes forces
Le mécanicien-pistard-crossman-routier-VTTiste s’est consacré à sa carrière sportive en 2020, à 20 ans, en rejoignant l'équipe Conti Leopard. Il est alors tombé sur la pandémie de Covid-19, qui a particulièrement affecté les calendriers des jeunes. "Il était difficile de se montrer", se souvient-il. "Le Tour de l’Avenir était un grand objectif pour moi. Je m’entraînais en altitude, je me sentais en super forme et il a été annulé. J’étais frustré. J’avais toujours de petites blessures, des pépins… J’avais besoin de temps."
Le calendrier joue toutefois en sa faveur lorsque l’équipe Qhubeka doit boucler tardivement son effectif pour la saison 2021. "Il ne restait plus grand monde sur le marché quand ils ont décroché leur sponsor, c’était une opportunité pour moi." La saison reste marquée par les difficultés de l’équipe, qui repart aujourd’hui en division Continentale, mais elle offre son grand moment à Schmid en direction de Montalcino, où il prend le meilleur sur Alessandro Covi, son dernier compagnon d’échappée au bout de la 11e étape du Giro d’Italia.
Depuis longtemps, les routes blanches de Toscane nourrissent les fantasmes cyclistes, et ce succès inaugural promet au jeune loup un avenir radieux. "Ces deux prochaines années, ce serait sympa de gagner quelques courses, mais je veux surtout progresser en tant que coureur, franchir une nouvelle étape dans ma carrière et mieux connaître mes forces et le type de terrain où je peux le mieux m’exprimer", se projette-t-il. Les experts de la Quick Step se feront un plaisir de le guider.

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