La scène avait de quoi faire sourire. Alejandro Valverde, 133 victoires à la pesée, félicitant chaleureusement la mine juvénile de son bourreau du jour. Un cannibale en adoube un autre, et, même si le vétéran espagnol bat des records de longévité depuis des années, il est peu probable que le Murcian ait partagé les rangs au sein du peloton professionnel avec un tel phénomène.
Victorieux des Strade Bianche samedi, Tadej Pogacar est allé cueillir ce "presque 6e Monument" au terme d’une nouvelle odyssée lancée à 50 km de l’arrivée. Surfant sur les couloirs blancs mouvants de l’écrin toscan, le natif de Komenda a soulevé de nouveaux superlatifs et donné du grain à moudre à ceux qui se prêteraient à la comparaison avec le "Cannibale" en version originale, Eddy Merckx.
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Je me retournais encore dans la dernière montée
"C’est une victoire incroyable, je suis sorti tôt et je n’ai su que dans les cinq derniers kilomètres que je pouvais aller au bout. Même dans la dernière montée, je regardais encore derrière moi pour voir où en étaient les autres, donc je suis très heureux d’avoir gagné," a avoué Pogacar après l’arrivée en zone mixte. A en croire les images de la dernière heure de course, le succès du Slovène a été une sinécure. Loin de là. Rappelé à l’ordre par les vents forts de la Toscane à 99 km de l’arrivée, Pogacar a d’abord goûté à la poussière, puis joué de patience, recouvrant ses moyens bien au chaud dans un peloton longtemps hésitant face aux déboires de Julian Alaphilippe.
"Normalement, il y a un moment où la course s’emballe et j’ai décidé de produire mon effort dans le secteur du Monte Sante Marie. Personne ne m’a suivi, alors j’ai insisté à 100% et je suis très heureux que cela ait marché," a confié le lauréat du jour. Après le ciel, Pogacar a dompté la terre. C’est bien sur la portion empierrée la plus délicate, en descente, que le double lauréat de la Grande Boucle a faussé compagnie à ses adversaires, les semant entre les volutes de fumées blanches. Justement, ce nouvel exploit à l’ombre de la cathédrale Santa Maria Assunta de Sienne poussera davantage les suiveurs à lui confier le sobriquet de "nouveau Merckx", employé à l’envi dès qu’un coursier allie panache et victoires en pagaille. Mais Pogacar n’est pas un feu de paille. Mieux, il embrase tout ce qu’il touche.

Le nouveau numéro de Pogacar : "Je regardais derrière moi jusqu'à la dernière montée"

La sensation d’avoir remporté un nouveau Monument

Loin de l’image d’un Chris Froome à l’allure rachitique et aux coups de pédale calculés, Tadej Pogacar rappelle un cyclisme nourri aux héros charismatiques passés à la postérité après des exploits au long cours. Au-delà du panache, la gestuelle heurtée du dernier vainqueur de l’UAE Tour confirme que même le plus talentueux de sa génération peut se faire rattraper par le doute. "Je n'étais pas vraiment sûr de gagner jusqu'à la dernière ascension, c'était très tendu, a-t-il concédé. J'avais de moins en moins d'énergie dans le final mais j'ai réussi à survivre jusqu'à la fin."
On ne sait jamais à l'avance ce qui va se passer
Des doutes et des faiblesses, soit l’apanage d’une véritable coqueluche, célébrée par la foule à son entrée dans le lacis des artères de Sienne. Pogacar semble détaché de l’engouement né de ses performances. "Ça doit être la première fois (qu’un coureur l’emporte au terme d’un raid long de 50 km) non ? (Sourires) Donc c’est forcément dur de réaliser, a-t-il confessé. Parfois le vainqueur part à 50 kilomètres, parfois à 10 kilomètres de l'arrivée... On ne sait jamais à l'avance ce qu'il va se passer"
Pas plus impressionné que ça mais loin d’être rassasié, l'ogre Pogacar s’avance à présent vers Tirreno-Adriatico avec l’objectif d’étendre son invincibilité. Le Slovène reviendra ensuite sur les classiques avec en premier lieu Milan-San Remo. Souvent pointée du doigt pour son scénario lénifiant, la Primavera pourrait profiter de l’effet "Pogi", et dépoussiérer certains souvenirs marquants. Le rendez-vous est pris.

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