On a beau savoir qu’il est un coureur complet, il ne cessera de nous étonner. Capable de s’imposer sur un sprint massif, comme il l’a d’ailleurs fait cette semaine à Lido di Camaiore sur la 1re étape, sur les contre-la-montre (médaillé d’argent aux Mondiaux), les arrivées en bosse ou sur les Flandriennes, Wout Van Aert vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc : la haute montagne. Bien sûr, le Belge de la Jumbo-Jumbo ne s’est pas imposé ce samedi à Prati di Tivo et il a même concédé 45’’ - et son maillot au leader - au vainqueur du jour, Tadej Pogacar (UAE Team Emirates). Mais, pour l’une des premières fois de sa carrière, il a montré des dispositions en haute montagne susceptibles de l’amener à terme à jouer la victoire sur le Tour de France. Ou en tout cas, dans un premier temps, sur ce Tirreno-Adriatico. Et c’est déjà une surprise en tant que telle.

Plus rapide que Froome en 2013 !

D’autant qu’il n’a pas vraiment pu compter sur son équipe – déjà très pauvre en grimpeurs sur le papier - pour l’épauler dans l’ascension finale de 15km à 7%, Foss et Gesink disparaissant dès les premiers hectomètres. Et, lorsque les autres favoris, Pogacar et Bernal en tête, ont lancé la grande bagarre à plus de 10 kilomètres de l’arrivée, Van Aert s’est retrouvé isolé. Mais il s’y attendait et comptait se tester pour voir ce dont il était capable. "C’est quelque chose de complètement nouveau pour moi, nous verrons mais je suis prêt à me battre et mes jambes sont bonnes, disait-il avant le départ. Même distancé, j’essaierai de ne pas perdre trop de temps".
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Et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Incapable de réagir aux attaques de grimpeurs, plus explosifs dans la pente, le Belge a été suffisamment lucide pour ne pas essayer et continuer de monter à son rythme. "J'aurais aimé m'accrocher plus longtemps et obtenir plus de soutien des autres équipes, mais Tadej [Pogačar] a commencé assez tôt et ce n'était pas en ma faveur, estimait-il. La pression était sur moi et j'ai dû imposer le rythme moi-même. Je pense que j'ai fait du mieux que je pouvais et je suis heureux de ma performance".
Et il y a de quoi car celui qui défendra son titre dans quelques jours sur Milan-SanRemo a fait plus que s’accrocher, devancant Jakob Fuglsang (Astana-Premier Tech), deux récents vainqueurs du Tour de France, Egan Bernal et Geraint Thomas (INEOS Grenadiers) ou encore Romain Bardet (Team DSM). Si la comparaison doit être tempérée par des conditions qui n’étaient pas forcément les mêmes, le Belge est par exemple monté plus vite que Christopher Froome l’avait fait lorsqu'il s'était imposé dans la station du massif de Gran Sasso en 2013 !

Il n’a connu la haute montagne en course qu’à 24 ans…

Une performance à laquelle personne ne s’attendait vraiment, la faute à un gros manque de références en la matière. Pas vraiment présent dans la catégorie Espoirs, trop occupé à livrer duel à Mathieu Van der Poel dans les sous-bois, Wout Van Aert n’a découvert la route et ses différents profils de course que tardivement. Plus habitué par le cyclocross aux sprints, aux pavés et côtes courtes et pentues, il n’avait finalement jusqu’à aujourd’hui encore jamais eu l’occasion de se jauger en haute montagne, un profil que le Belge n’a découvert en course qu’à 24 ans, à l’occasion du Tour d’Autriche 2018 ! Soit quelques mois après avoir fini… 9e de son premier Tour des Flandres, à un âge où la plupart des cyclistes comptent un Grand Tour ou au moins deux-trois années professionnelles derrière eux.

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Toujours équipier par la suite sur ce type de profil, le natif d’Herentals avait toutefois démontré des qualités à l’occasion du dernier Tour de France, en soutien de Roglic. Auteur d’un travail colossal dans le Grand Colombier (15e) ou dans le Col de la Loze (17e), il avait surtout pris la 3e place de la 18e étape à la Roche-sur-Foron, qui passait par-delà les cols de Roselend, des Saisies, des Aravis et des Glières, excusez du peu… Certes, la bagarre était moindre ce jour-là mais tout de même.
Nous visons toujours la victoire au général
Il ne fait aucun doute que Van Aert est dans une forme resplendissante, sans doute bien plus vu ses objectifs prochains (SanRemo + Flandriennes) que ne l’étaient les grimpeurs, qui ont les Grands Tours en tête. Ce n’est pas pour rien que le Belge a fini dans le top 10 des 11 dernières classiques/étapes auxquelles il a participé… Mais il reste comme la sensation que le triple champion du monde de cyclocross (2016, 2017, 2018) vient de s’installer dans une autre catégorie, celle des coureurs qu’on ne peut plus vraiment écarter de la course au podium d’une course par étapes montagneuse. Ce Tirreno-Adriatico, course généralement réservée aux grimpeurs à de très rares exceptions près, en est un parfait exemple.

Wout Van Aert (Jumbo-Visma) mène la chasse en montagne sur la 4e étape de Tirreno-Adriatico 2021

Crédit: Getty Images

Alors que la haute montagne aurait pu être le cimetière de ces illusions, Prati di Tivo restera finalement comme le berceau de ses ambitions pour la victoire finale. "35 secondes est un bel avantage pour Tadej mais il reste encore trois étapes, explique-t-il. Je regarde devant moi, pas encore derrière et les prochaines étapes devraient me convenir". Une étape de murs dimanche, qui n’est pas sans rappeler une classique ou le dernier Mondial (où il avait pris la 2e place), un sprint lundi et un chrono mardi : la suite du programme lui correspondra à merveille et permet à Van Aert de rester ambitieux. "Nous visons toujours la victoire au général et nous essaierons jusqu’à la fin, assume-t-il. La course n'est pas finie". Après tout, le Belge est tellement complet qu’il serait bien capable de remporter les trois prochaines étapes.
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