Lorsque l’on gagne le Tour de France, cela vous pose déjà les bases des capacités d’un coureur. Encore plus lorsque l’on réalise cela à 21 ans, avec toute la marge de progression théorique que cela signifie. Tadej Pogacar a toujours aimer franchir les étapes plus vite que tout le monde et sa progression suit le même chemin, avec une évolution si fulgurante et si "complète" du Slovène que l’on voit mal désormais sur quel terrain piéger le leader de la formation UAE Team Emirates, qui semble intouchable en ce début de saison. Et ce Tirreno-Adriatico en aura encore été un exemple parfait.
Sur une épreuve habituée à se jouer à coups de secondes les saisons précédentes (1’’ en 2016 et 2019), Tadej Pogacar a cette fois creusé des écarts abyssaux, son dauphin Wout Van Aert pointant à plus d’une minute (1’’03), le deuxième plus gros écart sur l’épreuve depuis dix ans après 2014, tandis que Mikel Landa est lui repoussé à près de quatre minutes, explosant le record historique entre un premier et son troisième sur Tirreno datant de 1990 (2’42’’).

Un temps canon, une première place assurée avec brio : l'arrivée de Pogacar en vidéo

Tour de France
Poing serré et langue tirée : L'arrivée de Pogacar, presque sacré
17/07/2021 À 17:19

De piégé à gagnant des bordures

Des écarts invraisemblables pour une course d’une semaine comportant une seule étape de montagne et un chrono de 10km et des étapes vallonnées pour le reste. Mais ils témoignent des qualités aussi folles que variées du jeune Slovène. On l’avait vu être le meilleur grimpeur de la Vuelta en 2019 ? Il est devenu sans conteste le meilleur grimpeur du monde, comme l’a encore prouvé son numéro sur les pentes de Prati di Tivo où il n’a pas hésité à attaquer à plus de 10km de l’arrivée pour créer des écarts. Mais le Slovène n’a pas seulement progressé en montagne, il est devenu excellent absolument partout.
Piégé sur le Tour de France l’an passé lors des bordures de l’étape de Lavaur, Tadej Pogacar a appris de ses erreurs et on l’a vu sur l’UAE Tour dans le bon coup sur la 1re étape, étant le seul grimpeur avec Joao Almeida et Adam Yates à y parvenir. Survolté sur le chrono de la Planche des Belles Filles en septembre dernier pour renverser Roglic, il démontre depuis que ce n’était pas qu’un exploit, même si cela en reste un. Désormais, son niveau dans l’exercice solitaire, où il s’est même permis sur Tirreno de rivaliser avec le champion du monde de l’exercice, Filippo Ganna (INEOS Grenadiers), est impressionnant.

Pogacar a failli gâcher l'énorme numéro de van der Poel : le résumé d'une folle journée

"Je finis 4e mais ça reste une superbe performance", avouait-il d’ailleurs. Une amélioration sensible pour celui qui avait concédé 1’29’’ à Roglic sur le Tour d’Espagne 2019 mais symbolique des progrès affichés sur tous les terrains par le prodige de Klanec. Sur ce Tirreno, à l’exception des deux étapes de sprint - l’une remportée par Van Aert devant Ewan, l’autre par l’échappée –, Pogacar a toujours fini dans le top 10. Que ce soit sur les arrivées pour puncheurs/sprinteurs à Chiusdino (4e) et Gualdo Tadino (8e), en montagne à Prati di Tivo (1er) et, surtout, à Castelfidardo (2e) sur l’étape des murs.
Au lendemain de son succès et de sa prise de pouvoir en montagne, le Slovène comptait alors 35’’ d’avance sur Wout Van Aert avant cette étape, faite de multiplication d’ascensions courtes et pentues et disputée des des conditions dantesques, sous la pluie et dans le froid. Des conditions qui auraient dû favoriser le Belge de la Jumbo-Visma, habituée aux relances et au froid avec le cyclocross l’hiver. Bien plus en tout cas qu’un coureur de Grand Tour.

Son seul point faible ? Son équipe et encore…

Mais Pogacar est bien plus que cela, c’est un coureur tout terrain que rien ne semble pouvoir perturber, et surtout pas la pluie et le froid. On en avait déjà eu un aperçu sur les Mondiaux d’Harrogate, où il avait pris la 18e place sur un terrain loin d’être le sien. Sur la route de Castelfidardo, le Slovène a non seulement rivalisé avec Wout Van Aert mais il a même dominé le Belge en réalisant un numéro dans le final pour partir seul à la poursuite de Mathieu Van der Poel. Là même où on lui promettait l’enfer, il s’est offert deux derniers jours au paradis, en augmentait son avance sur Van Aert à 1’15’’, ce qui était largement suffisant. Capable de vaincre sur tous les terrains, Pogacar est devenu en sept mois le roi des courses par étapes. Et pourtant, tout n’est pas parfait pour autant.

Pogacar s'est envolé, Van Aert a bien résisté : le résumé de la 4e étape en vidéo

Dans l’optique de conserver sa couronne en juillet prochain sur le Tour de France, le Slovène devra espérer une meilleure aide de la part de sa formation. L’an passé, il n’avait jamais eu besoin d’assumer la course, laissant cela aux équipiers du maillot jaune Primoz Roglic. Cette fois, en qualité de tenant du titre, c’est lui qui sera attendu et il faudra que les UAE Team Emirates assument et puissent l’accompagner bien mieux qu’ils ne l’ont fait cette semaine sur Tirreno-Adriatico. Bien sûr, le soutien de Formolo vers Castelfidardo aura été primordial mais il a bien été le seul et, vers Prati di Tivo, Pogacar n’a jamais pu compter sur Majka, recruté pour cela cet hiver.
De quoi le pousser à faire des efforts qui pourraient compter sur trois semaines et que lui-même a ressenti. "Ça a vraiment été une semaine très dure, expliquait-il. C’est un début de saison fantastique mais, maintenant, j’ai besoin d’un peu de repos pour continuer sur cette form au printemps". Histoire de rappeler qu’il reste humain même s’il semble intouchable en 2021. Quoi qu’il arrive, quel que soit le terrain et le scénario de la course. Et c’est bien le plus impressionnant avec le Slovène, dont on oublierait presque qu’il n’a que 22 ans. Dire qu’à son âge, Alejandro Valverde, l’homme aux 123 victoires, n’avait pas encore levé les bras chez les professionnels…
Tour de France
Les débats du Tour : Pogacar va-t-il gagner le chrono ?
16/07/2021 À 17:42
Tour de France
Et maintenant il fait aussi la police : Pogacar attaque pour mater le peloton après une chute
16/07/2021 À 11:01