Au bord de la piscine, dans le jardin de sa maison à Fréjus, Pauline Ferrand-Prévot (Canyon-SRAM) enchaîne les séances de home-trainer. La Française aux cinq maillots arc-en-ciel dans des épreuves individuelles (la route en 2014, le VTT et le cyclo-cross en 2015 et deux nouveaux titres en VTT l'an dernier), opérée à une artère en janvier, retrouve ses meilleures sensations en attendant de savoir quand se disputeront les Jeux Olympiques de Tokyo. Privée de compétition, PFP continue de pédaler pour continuer à avancer. "Je suis vraiment revenue à un très bon niveau et ça présage du bon pour la suite", promet la championne de 28 ans.

Comment avez-vous réagi au report d’un an des Jeux Olympiques ?

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Pauline Ferrand-Prévot : "C’était plutôt un soulagement. Je n’aimais pas l’incertitude, ne pas savoir s’ils allaient avoir lieu ou pas… C’est ce qui était le plus dérangeant pour moi. S’ils avaient eu lieu, j’aurais été prête pour fin juillet. Mais ce n’était pas une situation équitable pour tout le monde, étant donné que les athlètes peuvent s’entraîner dehors dans d’autres pays. Les Jeux l’année prochaine, ça va remettre tout le monde sur un pied d’égalité, et ce n’est pas si mal."

Quelle place les Jeux devaient-ils occuper dans votre saison ?

P.F.-P. : "C’était vraiment mon objectif majeur. On a aussi appris l’annulation du Mondial (de VTT) ce matin (vendredi). Pas de Mondial fin juin, pas de Jeux cet été… Ça fait une saison un peu bizarre. Mais on est dans une situation très délicate, vraiment alarmante. Il y a d’autres choses que le sport dans la vie, des choses plus importantes, notamment la santé. Il faut attendre que tout se remette en ordre pour développer d’autres objectifs."

Avec les reports d’épreuves, quel est votre programme en ce moment ?

P.F.-P. : "C’était le grand sujet de ces derniers jours. Mon entraîneur m’a dit qu’on pouvait faire une coupure, arrêter l’entraînement et reprendre un peu plus tard. Mais le confinement est assez dur à gérer pour moi. Je fais un sport d’extérieur, on est habitué à être au grand air toute la journée. Donc être confinée chez moi, ce n’est pas évident. Je me trouve une routine. Je mets mon réveil à une heure fixe, je m’occupe de mes mails. Je pars à l’entraînement, même si c’est juste aller dans le jardin sur le home-trainer. Mais j’ai un rituel pour rythmer mes journées. C’est moins difficile à vivre que si je ne fais rien du tout. Donc j’ai préféré continuer l’entraînement pour avoir un rythme de vie et que ce ne soit pas du grand n’importe quoi pendant le confinement à manger toute la journée devant la télé."

Quels sont les horizons sur lesquels vous vous projetez pour la suite ?

P.F.-P. : "C’est vrai que c’est assez dur en ce moment. C’est une saison qui va commencer tard, donc il faudra être en forme tard, en septembre et en octobre. En général, ce sont ces mois-là qui sont un peu durs à gérer. C’est la fin de la saison, on en a un peu marre et la fatigue se fait ressentir. Là, il va falloir prévoir un pic de forme en fin d’année. C’est une gestion complètement différente de la saison... Mais ça me permet de rester motivée. Je me dis que ce confinement va avoir une fin. Tout rentrera dans l’ordre et on repartira sur nos vies d’avant et sur des plaisirs simples : voir des amis, la famille, ne pas juste rester chez soi… J’ai vraiment envie que la situation s’améliore au plus vite, notamment pour les gens qui sont malades et ceux qui sont affectés."

Il y a un an, je ne savais pas si j'allais revenir.

L’an dernier, après votre opération, vous avez remporté deux titres mondiaux, en cross-country olympique et cross-country marathon...

P.F.-P. : "C’était une année particulière. Il y a eu l’opération. Il y a eu un grand moment de doute, ça a été dur et long pour revenir. Il y a eu deux-trois mois assez compliqués. Il y a un an, je ne savais pas si j’allais revenir. Je n’avais pas de sensations à l’entraînement. Il était dur de rester positive. Et ensuite, ça a été un déclic à partir du mois de juillet. Les sensations n’étaient plus du tout les mêmes. Aller chercher ce titre de championne du monde au Canada, c’est un super souvenir. J’ai pas mal galéré avec cette blessure à la jambe, avec l’opération… C’était bien que tout le travaille paie enfin. Le titre aux championnats du monde marathon, c’était la cerise sur le gâteau après une saison incroyable."

Pauline Ferrand-Prévot

Crédit: Getty Images

Vous vous appuyez sur ces succès aujourd’hui pour continuer à avancer malgré les incertitudes ?

P.F.-P. : "Forcément, oui. Je sais à quel point j’ai travaillé dur pour en arriver là. Hier, j’ai fait une séance difficile sur le home-trainer. Je sais que dans la vie on n’a rien sans rien. Il faut se battre chaque jour. Rien n’est acquis. C’est un travail de tous les jours et repenser aux bons moments aide à avoir cette force mentale pour aller à l’entraînement tous les jours."

Je n'aime pas ne pas savoir. Donc je m’interroge beaucoup sur mon avenir

Vous avez rapidement connu le succès, avec des titres mondiaux dans trois disciplines (route, VTT, cyclo-cross) à seulement 23 ans. Vous avez signé un retour triomphal l’an dernier… Quelles sont vos aspirations pour le reste de votre carrière ?

P.F.-P. : "Clairement, les Jeux Olympiques. C’est le titre qui manque à mon palmarès. Et c’est aussi le titre suprême, tous les quatre, ou cinq ans (rires). Ça a une saveur particulière et c’est le titre qui me manque donc c’est celui que je veux. Après, il faut que ça reste du plaisir. C’est comme ça que ça marche de la meilleure manière pour moi : le plaisir, à l’entraînement, en compétition… Le plaisir, c’est la base de tout."

Vous vous projetez sur le long terme ? Par exemple, vous pensez à votre fin de carrière ?

P.F.-P. : "Je n'aime pas ne pas savoir. Donc je m’interroge beaucoup sur mon avenir aussi. J’ai entamé un bilan de compétences, pour voir ce que j’aimerais faire après ma carrière. Mais je me vois bien aller jusqu’aux Jeux de Paris dans tous les cas. On a la chance d’avoir les Jeux chez nous. Je serai encore relativement jeune donc j’aimerais être à Paris. Après, je ne me suis pas dit à quel âge je vais arrêter. Je n’en ai aucune idée. J’aimerais fonder une famille, avoir des enfants, mais je n’ai pas de dates précises."

Pauline Ferrand-Prévot lors des Championnats d'Europe

Crédit: Getty Images

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