En voilà un qui ne doit pas trop se plaindre de vivre son expérience olympique avec un an de retard. Rémi Cavagna a des allures de potentiel médaillé sur le chrono autour du circuit du Mont Fuji mercredi, à partir de 7h00. Excellent rouleur, le champion de France de la course en ligne doit sa place à ses propres performances, mais aussi à quelques coups de pouce du destin. L'absence de Julian Alaphilippe lui a ouvert la porte du groupe France pour Tokyo, lui qui en aurait probablement été le dernier non appelé en 2020. Surtout, ses progrès ces derniers mois et la prise de conscience de ses capacités, en particulier au plus haut niveau, font de Cavagna une réelle chance de médaille française.
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C'est que le cyclisme tricolore finirait par perdre patience. La dernière médaille olympique française en cyclisme sur route, remonte à 65 ans, et l'argent décroché par Arnaud Geyre lors des JO de Melbourne en 1956. Sur l'exercice chronométré, longtemps parent pauvre de la petite reine hexagonale, la France n'a jamais fait mieux aux Jeux que la cinquième place de Laurent Jalabert, à Sydney en 2000. A Rio, Alexis Vuillermoz et Julian Alaphilippe n'avaient pas fait mieux que 29e et 32e. Les attentes autour de Rémi Cavagna n'en sont que plus grandes.
Tokyo 2020
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08/08/2021 À 02:43
"Le contre-la-montre, j'y vais franchement pour une médaille"
Elles sont avant tout légitimes. Cavagna, parfois timoré par le passé durant les grands événements, a fini par pleinement apprivoiser ses qualités, bien connues depuis plusieurs années. Depuis son titre de champion de France du chrono en 2020, le coureur de 26 ans figure systématiquement aux avant-postes sur cet exercice si particulier. Depuis le Critérium du Dauphiné 2019, sa régularité est digne des meilleurs rouleurs du monde : 14 Tops 10 consécutifs, dont sept Tops 3 et un premier bouquet en World Tour sur le Tour de Romandie. Le coup est également passé proche sur le dernier Tour d'Italie, où la victoire lui tendait la main lors du contre-la-montre de l'ultime étape avant qu'une chute dans le final ne lui fasse perdre de précieuses secondes et le relègue au deuxième rang. Si la série a pris fin lors des derniers Championnats de France (23e place), il s'était vengé en beauté en s'octroyant le maillot bleu-blanc-rouge deux jours plus tard lors de la course en ligne.

La pluie, des favoris piégés et un Cavagna revanchard : le résumé de la course en ligne en vidéo

Depuis ce sacre, Cavagna a tiré le rideau, avec Tokyo comme nouvelle obsession en tête. "C'est une grande fierté d'être au Japon avec l'équipe de France, s'est-il réjoui lors d'un point presse avant la compétition. Tout a été fait pour réussir au mieux ces Jeux Olympiques. Les jambes sont là. Les JO étaient un de mes objectifs de la saison. Je savais que je ne ferais pas le Tour de France, donc je ne me suis préparé que pour cette épreuve." Et il ne compte pas se cacher, assumant haut et fort ses prétentions. "Le contre-la-montre, j'y vais franchement pour une médaille, peu importe la couleur, clamait-il à France Bleu Auvergne le 14 juillet dernier. Évidemment quand je fais un contre-la-montre, c'est pour gagner forcément."

Météo tumultueuse et parcours difficile pour corser l'affaire

Pour l'emporter, le futur champion olympique du contre-la-montre devra être maître des éléments autour du Fuji Speedway. La tempête tropicale Nepartak va rendre le parcours plus difficile encore, alors que la pluie devrait tomber sans discontinuer dans la nuit de mardi à mercredi et pourrait de nouveau faire son apparition durant l'épreuve. Ajoutez à la moiteur ambiante la traditionnelle chaleur estivale japonaise, et vous obtenez le cocktail parfait pour transformer le rêve d'une vie en un cauchemar d'une heure. Débarqué au Japon plus d'une semaine avant les Jeux a permis à Rémi Cavagna d'anticiper au mieux ces aléas climatiques.
"Il fera chaud, les conditions seront là. J'ai fait beaucoup de préparation à la maison contre la chaleur, parce que c'est un facteur qui n'est pas négligeable. Avec la chaleur et l'humidité, les conditions sont particulières ici au Japon. Il faut le travailler en amont, pas seulement à l'arrivée. Arriver dix jours avant l'épreuve, c'était le bon choix. C'était un peu ma crainte, c'est vrai. Mais on a tout fait pour arriver là avant et je sens la différence."
Outre les conditions météorologiques pénibles, le tracé va sans doute donner quelques sueurs froides aux engagés. Si Cavagna était devenu champion de France 2020 sur un parcours de Grand-Champ tout sauf rectiligne, les hauteurs s'annoncent d'un autre calibre encore sur le Mont Fuji. Départ à 600 mètres d'altitude, ascension de cinq kilomètres à mi-parcours (les concurrents auront deux tours à effectuer) avec 1,9 kilomètre à 6,2% et une pointe à 10% pour conclure : il faudra plus que de la caisse pour espérer signer un grand coup. Le circuit automobile, d'où démarre et se termine le contre-la-montre de 44,2 kilomètres, ne va pas offrir plus de repos avec deux derniers kilomètres en faux plat montant. "Je pense qu'il y aura des surprises, prédisait Rémi Cavagna. Ce ne sera pas forcément un pur rouleur qui gagnera mais quelqu'un qui passe bien les montées et qui gère bien ses efforts. Il faudra surveiller Filippo Ganna mais je pense qu'il y aura d'autres coureurs. Je ne vais pas regarder les autres, je vais être concentré uniquement sur ma performance."
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L'épouvantail Ganna et une floppée d'outsiders

Principal client, Ganna aura la pancarte du favori par son profil de spécialiste de l'exercice chronométré. Le coureur d'Ineos – Grenadiers a remporté dix des quatorze derniers contre-la-montre auxquels il a pris part. De quoi le rendre invincible mercredi ? Pas à en croire le profil pentu et sa quatrième place lors des derniers Championnats d'Italie du chrono. Ganna y avait souffert de la chaleur, comme Cavagna lors des France. La startlist truffée de candidats crédibles est une autre raison de croire en une épreuve totalement ouverte.
Entre les spécialistes du contre-la-montre (Rohan Dennis, Stefan Küng, Kasper Asgreen), les cadors complets en verve (Joao Almeida, Remco Evenepoel) et ceux un peu moins (Primoz Roglic, Tom Dumoulin, Richie Porte, Geraint Thomas), plus de la moitié du plateau peut viser le podium. Aligné samedi en ligne comme équipier, Rémi Cavagna a coupé son effort une fois son office rempli, pour mieux préserver ses forces. Tous les prétendants du jour ne peuvent en dire autant, comme Wout van Aert (médaillé d'argent), Brandon McNulty, Rigoberto Uran, Maximilian Schachmann ou encore Michal Kwiatkowski, tous présents dans l'emballage final. "On a la conviction que Rémi peut jouer une médaille et on le mettra dans les meilleures dispositions, on jouera cette chance à fond" avançait Thomas Voeckler à L'Equipe avant les Jeux. A fond, le genre de rythme qui sied à merveille au TGV de Clermont-Ferrand.
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