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Igor le poissard

Igor le poissard
Par Eurosport

Le 12/09/2010 à 13:41Mis à jour Le 12/09/2010 à 21:28

En 2008, Igor Anton avait été contraint à l'abandon sur la Vuelta à cause d'une chute dans une descente. Deux ans plus tard, le Basque doit une nouvelle fois quitter l'épreuve sur chute. C'est d'autant plus cruel qu'il portait le maillot de leader. Mais le coureur d'Euskaltel reste philosophe.

Décidément, la Vuelta n'est pas tendre avec lui. Elle lui offre quelques bonheurs, fugaces, pour mieux le martyriser quand il croit la grande heure arrivée. Il y a deux ans, alors qu'il occupait une intéressante 6e place au général, Igor Anton avait lourdement chuté lors de l'étape reine, la 13e. Bilan: une hanche et une clavicule en vrac, un abandon et une saison terminée. Cette fois, les regrets sont plus forts encore, car le Basque occupait la tête de l'épreuve à huit jours de l'arrivée. Sa victoire en Andorre, assortie d'une prise de pouvoir, l'avait définitivement installé comme un prétendant de premier ordre.

Puis, il y a eu cette chute, à l'avant du peloton, à quelques encablures à peine du début de l'ascension finale vers Pena Cabarga, samedi. Une petite descente, un énorme gadin à plus de 65 km/h, et tout est fini. "Je suis tombé tout seul, raconte celui qui restera donc comme le héros (très) malheureux de cette Vuelta. J'ai dû heurter un petit obstacle sur la route, ou tomber sur un trou, je ne sais pas exactement." Contrairement à Marzio Bruseghin ou à son coéquipier Egoi Martinez, ses compagnons d'infortune sur le bitume, il s'est relevé instantanément. On a donc cru qu'il pourrait repartir rapidement.

Rodriguez: "Son heure viendra"

Lui aussi. Mais il a vite compris que ce ne serait pas possible. "Instinctivement, j'ai voulu remonter tout de suite sur mon vélo, puis j'ai réalisé que je ne pouvais pas lever mon bras droit correctement (ndlr: il souffre d'une fracture du coude)", reprend Anton. Le médecin de l'équipe Euskaltel est arrivé presque instantanément. "Il a regardé et m'a dit 'laisse tomber, c'est cassé'. J'avais du sang partout. Je ne savais plus ce qui s'était passé ni même où j'étais." Une fois ses esprits retrouvés, Anton a pris place dans une voiture Euskaltel. Un petit signe de la main, en guise d'adieu, voilà la dernière image qu'il restera d'Igor Anton sur ce Tour d'Espagne 2010.

Personne n'aime voir un leader éliminé sur chute. Pas même ceux qui, par voie de conséquence, en sont les principaux bénéficiaires. Vincenzo Nibali et Joaquin Rodriguez, désormais premier et deuxième du classement général, regrettent évidemment les malheurs d'Anton. "Je suis vraiment désolé pour Igor. Je ne savais pas que j'étais le nouveau leader, j'ai appris ce qui lui était arrivé une fois sur le podium", assure Nibali. "Je suis évidemment content de ce qui m'arrive, poursuit l'Italien, mais j'aurais vraiment préféré prendre le maillot dans d'autres circonstances." Joaquin Rodriguez, malgré sa victoire à Pena Cabarga, n'a pas oublié, lui non plus, d'avoir un mot pour son compatriote. "C'est vraiment dommage de perdre Igor comme ça, explique le leader de Katusha. La bagarre était belle. Je n'ai rien vu de la chute, je ne savais pas qu'il était dedans. J'ai juste entendu du bruit derrière moi."

Ainsi va le cyclisme, sport où deux semaines d'efforts peuvent se voir briser en une fraction de secondes. Peut-être parce qu'il a déjà connu ça, Igor Anton se montrait très philosophe samedi soir après son abandon. "J'ai vécu un rêve pendant 14 jours et je veux garder les bons souvenirs, promet le Basque. Malheureusement, je commence à avoir l'habitude. Quand tout allait bien, que j'avais le maillot, je répétais qu'il faut garder les pieds sur terre. Maintenant, je vais garder la même approche. Ça ne sert à rien de pleurnicher." "Igor est encore jeune, je suis sûr que son heure viendra", lance Rodriguez, comme pour le consoler. Possible. En attendant, le sort prend un malin plaisir à repousser cette heure.

 

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