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Roux le magnifique

Roux le magnifique
Par Eurosport

Le 17/09/2009 à 05:45Mis à jour

Dénouement intense lors de la 17e étape de la Vuelta. Parti dans l'échappée du jour dès le 6e kilomètre, Anthony Roux (Française des Jeux) a signé la première grande victoire de sa carrière à Talavera de la Reina. Le jeune Français de 22 ans a résisté sur le fil au retour du peloton.

C'est une de ces étapes qui ont tout pour devenir soporifiques et, qu'au final, on n'oubliera pas. Une de ces étapes au scenario si bien huilé. Une échappée formée pratiquement dès le départ, un parcours dénué de difficultés, un peloton qui gère son retard sur les hommes de tête pour les avaler dans le final et laisser les sprinters s'expliquer entre eux. Sauf que, mercredi, à Talavera de la Reina, le peloton a mal calculé son coup et un jeune coureur de 22 ans nommé Anthony Roux avait décidé de s'offrir un happy end. La dernière page du script n'a donc pas respecté les standards du milieu.

Il n'est pas bien vieux, Anthony Roux, mais il a déjà un sacré caractère. A cinq kilomètres de l'arrivée, voyant que la désunion commençait à régner dans l'échappée de cinq coureurs formée dès le 6e kilomètre et que Markel Irizar (Euskaltel), Francisco José Martínez (Andalucía), Martijn Maaskant (Garmin) et Lieuwe Westra (Vacansoleil) formaient en sa compagnie, c'est lui qui a poussé un coup de gueule. "C'était un peu dommage, car le peloton revenait fort derrière", explique-t-il. Mais il sait allier la parole aux actes. Lorsque Maaskant est parti en solitaire quelques instants plus tard, le coureur de la Française des Jeux ne s'est pas affolé. "Je suis allé le chercher mais je ne voulais pas user trop de forces, poursuit le héros du jour. Je suis revenu sur lui au rond-point qui était au kilomètre".

"J'avais des vipères dans les jambes"

La suite, avec un peloton alors à une dizaine de secondes derrière, c'est encore lui qui la raconte: "Je pensais d'abord en garder un peu pour le sprint avec Maaskant, mais j'ai vu que le peloton revenait trop vite sur nous. Alors j'ai décidé d'attaquer. Je ne voulais pas qu'il prenne ma roue alors que je suis parti très fort. Dans les 500 derniers mètres, c'était vraiment très, très dur. J'avais des vipères dans les jambes." Il n'aurait pas fallu 20 mètres de plus, sans quoi Anthony Roux n'aurait pas gagné cette étape. Mais il la méritait incontestablement et à la Française des Jeux, nul doute que tout le monde se souviendra de ce final épique et hitchcockien. "J'en ai la chair de poule", a confié le directeur sportif Thierry Bricaud sur l'antenne d'Eurosport à l'arrivée.

Une heure plus tôt, il aurait pourtant fallu être audacieux pour prévoir une issue favorable à cette échappée à qui le peloton n'a jamais laissé plus de 6'50" d'avance. Avec moins de quatre minutes de marge à 50 kilomètres de l'arrivée, l'affaire paraissait entendue. Mais le peloton, à trop jouer au chat et à la souris, a fini par ne jamais attraper la dernière souris. " Sincèrement, on y a toujours cru, assure pourtant Thierry Bricaud. Il y avait des gros rouleurs devant, comme Maaskant, et le final assez sinueux n'étais pas défavorable aux échappés ". Certes. Mais le peloton avait tout de même toutes les cartes en main pour revenir. Tant mieux pour Anthony Roux, dont la carrière décolle véritablement pour sa deuxième saison. "Il nourrissait quelques complexes et il avait peur de mal faire en début d'année, confie Bricaud. Mais depuis sa troisième place aux Championnats de France, il est complètement libéré et depuis deux mois, il est excellent dans toutes les courses où nous l'avons aligné."

Sa victoire laisse en revanche d'immenses regrets aux sprinters, dont c'était l'avant-dernière occasion de briller d'ici Madrid. Les équipes Columbia, Milram et Liquigas, qui ont beaucoup travaillé, mais pas toujours efficacement, vont passer une sale soirée. Et que dire du malheureux William Bonnet? Deuxième du sprint massif la veille derrière Andre Greipel, il a cette fois réglé tout le monde, à commencer par Greipel et Bennati. Un exploit pour le sprinter de Bbox Bouygues Telecom. Malheureusement pour lui, il a manqué une poignée de mètres. "Je suis triste, avoue Ismael Mothier, directeur sportif de l'équipe vendéenne sur cette Vuelta. C'est décevant. Il était le meilleur du peloton aujourd'hui. J'aurais aimé qu'il concrétise en gagnant aujourd'hui. Ce n'est pas son année." Ce n'était pas non plus le jour d'Ezequiel Mosquera et Robert Gesink, les deux principales victimes d'une chute survenue à 60 kilomètres de l'arrivée environ. Ils ont rallié l'arrivée avec le peloton, mais si Gesink semblait peu touché, Mosquera, lui, était plus amoché. Une mauvaise nouvelle avant le retour de la montagne, jeudi. Comme quoi cette journée mémorable pour certains sera à oublier très vite pour d'autres.

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