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Vuelta : Les 7 pistes pour comprendre la performance de Chris Horner

Sept pistes pour comprendre la performance d'Horner
Par Eurosport

Le 17/09/2013 à 00:31Mis à jour Le 17/09/2013 à 18:28

En remportant la Vuelta à 41 ans, Horner a réalisé une performance historique. Dopage, parcours, précédents : plusieurs clefs permettent d'y voir plus clair.

Le dopage (1)

Les nombreux commentaires sous nos articles relatant les exploits de Chris Horner ne nous ont pas échappé : vous, lecteurs, comme de nombreux observateurs, êtes pour le moins sceptiques. Les arguments sont simples. Jamais Horner ne s'était montré capable de lutter pour la victoire dans un grand Tour ; jamais un coureur de son âge ne l'a emporté après trois semaines d'efforts. L'imbroglio autour de sa localisation lundi matin a été éclairci, mais il y a aussi ce semblant de casserole qui suit l'Américain : beaucoup ont fait le rapprochement entre lui et le "Rider 15" dans le dossier Armstrong. Ce mystérieux coureur, blessé en début de saison 2005, aurait utilisé de l'EPO pour favoriser sa récupération avant de réaliser un joli Tour de Suisse.

Notre avis : Si Horner se dopait déjà en 2005, cela n'explique ses progrès en 2013. Et puis, des coureurs dopés sur les grands Tours, il y en a toujours eu (ou presque) sans qu'aucun quadra ne parvienne à se hisser sur la plus haute marche du podium.

Le dopage (2)

Et si on prenait le problème dans le sens inverse ? Des tricheurs ont été définitivement écartés. D'autres sont toujours présents, mais plus au même niveau qu'avant d'être pris la main dans le pot d'EPO. En somme, le sentiment se répand que le peloton a changé, que les coureurs propres ont de meilleures conditions pour exprimer leur talent. Second couteau renvoyé aux Etats-Unis au plus fort des années EPO, Chris Horner pourrait être un bénéficiaire de ce "renouveau".

Notre avis : L'hypothèse se tient, mais les performances pures de l'Américain (2e meilleur temps d'ascension de l'Angliru, seulement devancé par Roberto Heras), invitent à la prudence.

AFP

Il s'est révélé tard

Si Peter Sagan accomplit ses plus grands exploits à 40 ans passés, on risque d'être encore plus surpris que pour Horner. Machine à gagner dès ses 20 ans, le Slovaque a très rapidement connu le plus haut niveau et ses exigences. Son aîné américain a connu une trajectoire moins fulgurante. Arrivé en France à 25 ans, Horner n'y est resté que trois saisons avant de retrouver des équipes de seconde zone aux Etats-Unis. Sa vraie carrière européenne commence en 2005, lorsque le déjà vétéran (33 ans) rejoint la Saunier Duval. "Il veut continuer jusqu'à 45 ans", s'amuse son ami Alain Gallopin, qui l'a repéré aux Etats-Unis dans les années 1990.

Notre avis : Le cyclisme est un sport d'endurance, domaine dans lequel les "vieux" parviennent souvent à compenser l'explosivité de leurs cadets.

C'est un dur au mal, un vrai

Quelles que soient leurs turpitudes, les cyclistes suscitent le respect pour les immenses souffrances physiques qu'ils s'infligent. Mais même dans ce domaine, certains parviennent à prendre le pas sur leurs collègues. "On a deux exemples dans l'équipe : lui et Jens Voigt, nous explique le directeur sportif de RadioShack Alain Gallopin. Ce sont des types qui aiment la souffrance, qui se mettent dans des états que les jeunes sont incapables d'atteindre." Exemple incroyable de ce que ce fils de GI peut endurer : victime d'une lourde chute, Horner parcourt seul les 38 derniers kilomètres de la 7e étape du Tour de France 2011 et rallie l'arrivée malgré une commotion cérébrale et une fracture du nez. "J'aurais pu mourir", explique l'Américain, qui a complètement oublié l'épisode.

Notre avis : Les capacités de sacrifice d'Horner ne sont plus à démontrer (celles de Bernard Kohl en 2007 non plus) ; elles sont déterminantes pour atteindre le plus haut niveau et y rester.

AFP

Les circonstances étaient parfaites

"Il a bénéficié d'un concours de circonstances exceptionnel", reconnaît Alain Gallopin. Et le directeur sportif de la RadioShack de détailler : "Le parcours lui convenait, avec onze arrivées au sommet et un contre-la-montre par équipes où il a profité du travail de Fabian Cancellara, ses adversaires n'étaient pas à leur niveau et lui disposait de beaucoup de fraîcheur." Nibali a reconnu qu'il n'avait pas ses jambes du Giro. Et pendant que Valverde et Rodriguez s'essoufflaient sur le Tour de France, Chris Horner était contraint au repos par une blessure au genou. Si bien qu'à l'issue de cette Vuelta, l'Américain n'a parcouru que 5 000 km en course cette saison, contre 12 à 13 000 pour ses rivaux.

Notre avis : Lancé sur le Tour ou même le Giro cette année, Chris Horner aurait fait beaucoup moins de vagues.

Il ne sort pas tout à fait de nulle part

Chris Horner a lâché le morceau une fois avant de se mordre la langue. "Non, ce n'est peut-être pas la meilleure forme de ma vie", s'est repris l'Américain après avoir récupéré le maillot rouge deux jours avant l'arrivée à Madrid. "On l'a déjà vu à ce niveau", approuve Alain Gallopin. Parmi les références du vétéran de la RadioShack, reviennent notamment ses victoires sur les Tours du Pays basque 2010 et de Californie 2011. "Il a déjà battu les Espagnols sur leurs cols", souligne Gallopin, sans oublier ses performances sur des courses d'une semaine (5e du Tour de Suisse 2005 par exemple) et en tant qu'équipier : "il fait 15e du Tour en étant au service d'Evans (2007), ce n'est pas n'importe qui."

Notre avis : Les états de service de Chris Horner avant cette Vuelta étaient ceux d'un bon coureur, capable de tirer son épingle du jeu si les circonstances s'y prêtaient comme ce fut le cas ici.

Les précédents

Avant Chris Horner, plusieurs grands champions ont réussi à briller à un âge avancé, même après-guerre :

  • Troisième du Tour de France 1976, à 40 ans, Raymond Poulidor était jusqu'à présent le coureur le plus âgé sur le podium d'un Grand Tour.
  • Champion du monde à près de 39 ans, Joop Zoetemelk est le plus vieux vainqueur de classique avec son succès sur l'Amstel Gold Race 1987, à 40 ans.
  • Avec son succès sur la 9e étape du Tour de France 1963, à 41 ans, Pino Cerami est le coureur le plus âgé à décrocher un bouquet sur la Grande Boucle.

Notre avis : Comme Horner, tous ont débuté tard et fait preuve d'une grande éthique personnelle mais dans des contextes différents, il est difficile de comparer ces exploits.

AFP

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