Il y a d’abord eu la renaissance. L’envie furieuse d’évaporer le souvenir douloureux d’un Tour de France 2020 traversé comme une âme en peine, meurtri par un mal chronique de dos. Sur les chemins de terre comme sur les pentes sévères du Giro, Egan Bernal a retrouvé ses ailes façonnées sur les reliefs de Zipaquirá et ses 2600m d’altitude. Bilan, deux victoires d’étapes et le "trofeo infinito" de la course rose. Ragaillardi par un printemps victorieux et épargné par les maux de dos, l’ancien vététiste pouvait se tourner sereinement vers la préparation de son deuxième grand objectif de la saison : la Vuelta 2021.

Covid-19 et préparation tronquée

L’euphorie a fini par retomber brusquement lorsque, cinq jours seulement après la fin du Giro, le vainqueur du Tour 2019 a appris qu’il avait été testé positif à la Covid-19. Pas de retour triomphal en Colombie, comme il était prévu initialement, Bernal et sa compagne (elle aussi positive au coronavirus) ont été accueillis à Monaco par Rigoberto Uran (EF – Education Nippo). Après dix jours d'isolement dans la Principauté, le maillot rose version 2021 a finalement pu traverser l’Atlantique et fêter sa victoire avec les siens. Mais, malgré des effets ténus, le virus a forcé le Colombien à ménager sa reprise, sans compter les risques de voir réapparaitre ses maux de dos qu’il tente d’atténuer à force de séances auprès de physiothérapeutes.
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À la veille de la 76e Vuelta, Egan Bernal s’est pourtant voulu rassurant en conférence de presse, sans éluder la véracité d’une préparation tronquée : "Les effets de ma blessure au dos m’accompagnent encore et ce sera encore le cas dans les prochains jours. Je dois vivre avec cette blessure et la supporter encore quelques mois", concédait le coureur de 24 ans. "Mais le plus important pour moi est que je puisse continuer à courir normalement. Après le Giro, j’ai contracté la Covid qui m’a forcé à stopper l’entraînement avant de reprendre petit à petit. Ce n’était pas une préparation idéale, mais j’espère être en bonne forme."

Reprise timide et jeu d’équipe

Resté en Colombie jusqu’à la fin juillet pour parfaire sa préparation physique, le Grimpeur d’INEOS – Grenadiers s’est ensuite offert une reprise 100% espagnole. Au menu, Klasikoa, Tour de Burgos et la Vuelta en plat de résistance. Transparent sur la Clasica San Sebastian malgré une 16e place encourageante, le Colombien est monté en puissance sur le Tour de Burgos, pour finalement accrocher une 4e place lors de l’étape reine, disputée le dernier jour. Rassuré par ses résultats, Bernal n’en menait pourtant pas large à l’heure d’endosser le costume de leader unique au sein de la formation britannique.

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"Non, Richard n’a pas perdu tant de temps que ça (Carapaz, 38e de la 3e étape à 1’ des principaux favoris, ndlr), on est en fin de saison, sur la Vuelta, et tout peut arriver. Il faisait aussi très chaud, ce qui n’arrangeait rien, sans compter le revêtement qui n’était pas idéal. Plus nombreux on est au sommet (du classement général, ndlr), mieux c’est," temporisait Bernal au micro d’une télévision espagnole, bien le seul à ne pas enterrer l’Equatorien à l’arrivée du Picón Blanco.
Et celui qui rêvait de journalisme sait aussi soigner sa communication, comme à l’issue de la 7e étape : "Je pense que cela peut être une option (de privilégier le jeu d’équipe au détriment d’un leader unique). La Vuelta est très dure et vous n’êtes pas à l’abri de voir une grosse échappée se former comme aujourd’hui (vendredi), et si vous avez Carapaz ou Yates placé à 2-3 minutes au général, ils pourraient être dangereux pour nos adversaires." Avant de surenchérir : "C’est une très bonne idée de les savoir bien placés au général. Étant donné que je ne suis pas à 100%, c’est toujours mieux de pouvoir compter sur d’autres cartes dans l’équipe."

Bernal et le souvenir de 2019

"Pas à 100%", telle est la litanie que traîne le Colombien devant les micros tendus depuis plusieurs jours. Dans les faits, on ne peut que difficilement donner tort à Bernal. A son niveau sur le prologue (46e), le "Condor de Zipaquirá" n’a laissé filer aucune seconde lors de la première arrivée au sommet (11e lors de la 3e étape). Placé (7e à l’Alto de Montaña de Cullera et dans le même temps que Roglic sur le Balcón de Alicante) mais anonyme dans la lutte entre favoris à l’inverse de son équipier Adam Yates, incisif sur le final mansardé de la 7e étape, le Colombien préfère contempler le verre à moitié plein : "Je me suis senti mieux que prévu. Je n’ai pas beaucoup couru depuis le Giro et, avec le Covid et tout le reste, je savais que je n’allais pas arriver ici au meilleur de ma forme," savourait le porteur du maillot blanc au soir de la 6e étape dans des propos relayés par cyclingnews.

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Si Bernal semble loin de la figure de patron arborée sur les routes transalpines, le Colombien peut se raccrocher au souvenir d’une Grande Boucle 2019 enlevée sur le tard, lors d’une troisième semaine étincelante dans le Massif des Alpes. Loin de cet état de grâce dans les Pyrénées, Bernal a peu à peu élevé son niveau pour atteindre le fameux pic de forme, là où tout se joue. La marque des grands. Reste à espérer que la courbe de progression ne soit cette fois pas freinée en chemin, alors que cette Vuelta cuvée 2021 nous promet un troisième acte tellurique, servi sur un terrain taillé à la mesure des purs grimpeurs.
Mais l’histoire s’écrit déjà au futur proche, avec la 9e étape, l’Alto de Velefique et son pied aux forts pourcentages en vue. Ne comptez toutefois pas trop sur Egan Bernal pour faire le spectacle, l'objectif sera ailleurs pour l'ancien vététiste : rester placé au général avant d'éventuellement enflammer le macadam en troisième semaine. Le prix à payer pour habiller de rouge un homme en noir.
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