"Je suis vraiment content d'être le premier à gagner un Grand Tour pour Patrick Lefevere". Remco Evenepoel a la reconnaissance du ventre. Lui, l'ancien capitaine des équipes de jeunes de football en Belgique, entre 14 et 17 ans, n'a pas mis longtemps pour saluer le grand manitou de l'équipe Quick-Step. Cette équipe, douée comme personne pour les classiques, les coups de Trafalgar et autres sprints en tout genre, n'avait pas l'ADN des grands tours.
Ici ou là, certains de ses coureurs y avaient brillé mais ce furent seulement des one shot. Avec Evenepoel, tout est différent. L'équipe l'a choisi pour ça, pour en arriver là. Et lui, en retour, a fait confiance à cette bande de fous qui vient de remporter elle aussi son premier grand tour.Interrogé fin 2018 par nos confrères de Vélo-Club, Remco Evenepoel avait vu le journaliste lui assurer qu'il donnait l'impression d'être taillé pour les classiques, et avait répondu ceci : "Personnellement je pense être plus taillé pour les courses par étapes, car j’ai une très bonne récupération, ce qui compte énormément. Je grimpe bien, je suis bon sur l’exercice chronométré." Patrick Lefevere savait-il qu'il tenait peut-être là un coureur unique pour lui ? Ce dernier, lui, savait en tout cas où il voulait aller.
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A ce titre, qu'il ait choisi la structure du manager belge peut poser question. Pépinière à talents, la Quick-Step a toujours dû faire avec les jeunes pour combler son petit débours économique sur les mastodontes du peloton. Mais si elle dispose d'un savoir-faire reconnu pour les courses d'un jour, on ne pouvait pas en dire autant des grands tours où les équipes de Lefevere ont plus souvent joué le rôle de trouble-fête que celui de tête d'affiche. Et pourtant, Evenepoel a fait confiance à la structure belge.
"Je dois lui dire félicitations, souriait un Lefevere ému au micro d'Eurosport. Merci d'avoir cru en nous, en notre équipe quand tu avais 17 ans, quand j'ai été mangé avec tes parents et toi à la gare. Depuis ce moment, il a bien grandi. J'ai promis à ses parents que j'allais m'en occuper comme s'il était mon propre fils. Nous sommes fiers." La relation qu'il entretient avec son jeune coureur ne ressemble à aucune autre. Peut-être parce qu'il y a cette filiation belge mais surtout parce que le joaillier Lefevere avait un sacré joyau à polir et qu'il en a fait un coureur en or.

Historique pour la Belgique

Avec cette Vuelta remportée, l'un comme l'autre valident leur projet. Pour Remco Evenepoel, celui de gagner un grand tour avec une équipe mythique par-delà les frontières du plat pays et respectée à l'intérieur. Pour Patrick Lefevere, celui d'avoir mené l'un des siens à ce succès qui se refusait à lui et prouver que son équipe est aussi capable de briller sur ce terrain-là. "C'est un morceau d'histoire pour la Belgique, retient-il. Il y a des gens ici dans l'équipe qui n'étaient même pas nés lors de la dernière victoire d'un Belge sur un grand tour (Johan de Muynck, Giro 1978). On disait 'Remco c'est le futur vainqueur de grand tour' mais il y avait beaucoup de désaccords autour de cette idée. Il a pris son temps."

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A ces mots, revient en mémoire ce choix d'envoyer le petit Remco sur le Giro 2021, sans course préparatoire après une chute au Tour de Lombardie qui lui a coûté "entre six mois et un an de carrière" selon les estimations de son boss. Lefevere avait été tancé pour ça. Pour l'avoir envoyé au feu, pour en avoir fait son leader. Mais lui pensait-il à la victoire ? Pas le moins du monde, expliquait-il récemment. Seulement, la machine médiatique belge s'était mise en marche et rien ne pouvait l'arrêter. Trop de temps s'était écoulée depuis le dernier succès belge dans le domaine pour que l'espoir n'enflamme pas les foules. Evenepoel a simplement énormément appris d'un Tour d'Italie extrêmement difficile.

Le plan, toujours le plan

Quelques mois plus tard, il avait claironné que sa saison 2022 s'articulerait autour de deux objectifs : Liège-Bastogne-Liège et le Tour d'Espagne que Lefevere avait choisi pour lui. Un grand tour sans pression qu'il a minutieusement préparé depuis le mois de mai, enchaînant les stages et les exercices en montagne, en Sierra Nevada et à Livigno. Et même quand Julian Alaphilippe a dû renoncer au Tour de France, la Quick-Step n'a pas cédé à la tentation d'envoyer Evenepoel pour y avoir une tête d'affiche. Le plan avait été écrit noir sur blanc, il ne fallait pas s'en écarter.
Ce dimanche, Remco Evenepoel et la Quick-Step fêteront ensemble cette grande et belle victoire. Au gré de la soirée, on s'échangera des souvenirs. Les plus lointains remonteront à 2018. Les plus précis évoqueront cette idée de triompher un jour d'un grand tour et les étapes par lesquelles il a fallu passer. Plus tard, peut-être, on écrira sur un bout de nappe, les rêves de demain.

Le bonheur de Remco Evenepoel sur la Vuelta 2022

Crédit: Getty Images

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