C’est acté. Quarante-quatre ans après Johan De Muynck sur le Tour d’Italie, la Belgique tient un nouveau vainqueur de Grand Tour en la personne de Remco Evenepoel. Et comme le cyclisme aime ce genre de parallèles, le succès du coureur de la Quick-Step Alpha Vinyl symbolise plus que tout, plus que quiconque le retour en grâce de la Belgique, redevenue la plus grande nation du cyclisme. Lorsque De Muynck s'est imposé sur le Giro en 1978, la Belgique sort tout juste des années Merckx, sans doute les années les plus fastes de son histoire.
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Une époque où les Belges régnaient en maîtres sur les Monuments (45 entre 1966 et 1978, dont 3 Grands Chelems en 1969, 1972 et 1976) mais multipliaient aussi les victoires sur les Grands Tours, sur des étapes (13 pour Maertens sur la Vuelta 1977), comme au classement général (15, dont 11 pour Merckx). Une domination outrageuse qui a soudainement pris fin en 1978. Alors, évidemment, les Belges ont continué à briller et à gagner de grandes courses, comme Paris-Roubaix mais surtout le Tour des Flandres (20 succès depuis 1978).

L’internationalisation, période difficile pour la Belgique

Certains ont même gagné le maillot vert (Planckaert en 1988, Boonen en 2007), d’autres ont été champions du monde (Boonen en 2005, Gilbert en 2012) mais l’internationalisation du cyclisme a peu à peu relégué la Belgique au "second plan", la limitant à une nation "de pavés". Le meilleur sprinteur était tantôt Italien (Cipollini, Petacchi), Allemand (Zabel, Kittel), Ouzbek (Abdoujaparov), Britannique (Cavendish), mais jamais Belge, malgré Tom Boonen. Les meilleurs coureurs de Grands Tours ont été Français (Hinault, Fignon), Italiens (Nibali), Espagnols (Indurain, Contador), Britanniques (Froome), ou Slovènes (Roglic et Pogacar) mais pas Belge.

Tom Boonen, seul grand sprinteur belge des années 2000, s'impose sur Gent Wevelgem 2012

Crédit: AFP

Milan-Sanremo était devenu une terre espagnole (Freire x3) et allemande (Zabel x4), mais un seul Belge l’a domptée en 1981 et 2020. Liège-Bastogne-Liège est devenu chasse gardée de Valverde, vainqueur à lui tout seul d’autant d’éditions (4) que toute la Belgique sur les vingt ans précédants le succès d’Evenepoel. Sans oublier le Tour de Lombardie où seul Gilbert s’est imposé (2009, 2010) depuis 42 ans. Mais cette époque de disette est révolue. La Belgique est de retour au sommet de la hiérarchie mondiale, au terme d’une année magique pour le "plat pays".

La Begique a le meilleur dans (presque) chaque domaine

Les Belges ont notamment remporté le général de la Vuelta, le maillot vert et six étapes sur le Tour de France, victoire sur Liège-Bastogne-Liège, sur la Clasica San Sebastian, Flèche Wallonne, la Bretagne Classic, l’Het Nieuwsblad, le E3 Saxo-Bank Classic. En 2022, la Belgique a remporté 8 épreuves du calendrier World Tour, plus que toute autre nation, y compris la Slovénie (6) des ogres Pogacar et Roglic.
Personne n’a plus gagné qu’elle au plus haut niveau, avec 25 succès au compteur, soit 10 de plus que son dauphin, la Slovénie. Montagne, chrono, sprint, classiques pour puncheurs comme pour flandriens … La Belgique a tout simplement gagné sur tous les terrains cette saison, conséquence de la multiplication des stars, dont les Belges peuvent se targuer dans tous les domaines.

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Le meilleur sprinteur du monde en 2022 ? Jasper Philipsen (Alpecin-Deceuninck), Belge. Le meilleur Flandrien de la planète cyclisme ? Wout Van Aert (Jumbo-Visma), Belge. Le meilleur puncheur ? En 2022 il s’appelle Dylan Teuns (Israel-Premier Tech), encore un Belge. Le meilleur rouleur du monde ? La réponse sera peut-être différente aux Mondiaux dans une semaine mais Evenepoel comme Van Aert peuvent prétendre à ce titre. Il n’y a finalement qu’en montagne où la Belgique ne puisse encore contester le titre, que Jonas Vingegaard (Jumbo-Visma) dispute à Tadej Pogacar (UAE Team Emirates).

Une domination prête à durer, comme sous Merckx ?

Mais le succès d’Evenepoel, au-delà de la confirmation d’un talent prodigieux et tout-terrain, est surtout un coup de tonnerre pour la Belgique, qui avait complètement disparu de la lutte pour la victoire en grand tour depuis une trentaine d’années, malgré les espoirs portés par Kevin Seeldrayers (10e du Giro à 23 ans) et surtout Jurgen Van den Broeck (3e du Tour en 2010 et 4e en 2012). Certains pourront attester que ce n’est "que" la Vuelta... Oui mais.

Juan Ayuso (UAE Team Emirates) dans la roue de Remco Evenepoel (Quick-Step Alpha Vinyl) lors de la 20e étape de la Vuelta 2022

Crédit: Getty Images

La France y attend toujours le successeur de Laurent Jalabert depuis 1995 et six des dix derniers vainqueurs de l’épreuve ont plusieurs grands tours au palmarès. A 22 ans, Remco Evenepoel n’en est pas encore là, la Belgique non plus mais tous deux sont revenus au sommet du cyclisme mondial. Et aucun ne semble parti pour en descendre avant un long moment. Après tout, la dernière fois que la Belgique avait dominé le cyclisme, cela avait duré toute une décennie.
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