Tour d'Espagne 2026 | Pogacar va-t-il signer l'écart du siècle sur cette Vuelta ?
Par Laurent Vergne
Mis à jour 27/08/2026 à 12:10 GMT+2
Leader du classement général depuis le tout premier jour et lauréat de deux étapes, Tadej Pogacar semble avoir déjà pris une option (définitive ?) sur la victoire finale. Face à une concurrence presque résignée et fataliste, on peut se demander si le Slovène n'est pas en route vers une victoire historique par son ampleur. Peut-il atteindre la barre des 10 minutes ?
Tadej Pogacar - Vuelta 2026.
Crédit: Getty Images
Personne n'était dupe. Mais disons que, tant que la course n'a pas démarré, il restait possible d'user encore du conditionnel. Ne serait-ce que par principe. Mardi soir, au terme de la 4e étape du Tour d'Espagne (le troisième jour de course, l'étape de lundi ayant été annulée) remportée et même survolée par Tadej Pogacar, la concurrence a changé de ton et semble faire acte d'allégeance. Elle est déjà résignée, à deux semaines et demie de l'arrivée à Grenade. Tout est certes toujours possible dans le sport et dans la vie, mais, sauf improbable catastrophe le concernant (chute, maladie), le Slovène remportera sa première Vuelta le 13 septembre prochain.
En réalité, la question n'est d'ores et déjà plus de savoir si le leader de l'UAE Team Emirates XRG complètera le Grand Chelem des grands tours en carrière, mais dans quelles proportions il triomphera. Vainqueur de deux des trois premières étapes disputées, le voilà nanti d'une marge déjà substantielle, puisque Primoz Roglic, son compatriote et dauphin, est à 3'21". Il y a donc plus d'écart entre eux au général qu'entre Roglic et le… 15e du classement.
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Au revoir la concurrence : le résumé de la victoire implacable de Pogacar en Andorre
Video credit: Eurosport
Alors, combien à l'arrivée ? 5 minutes ? 7 ou 8 ? 10 ? Davantage ? Le réel enjeu de cette édition 2026 réside sans doute ici désormais, car le Slovène a vraiment l'opportunité de conférer une dimension historique à sa victoire. La chose est presque passée inaperçue, mais Tadej Pogacar possède déjà l'écart le plus important du XXIe siècle dans un grand tour. C'était lors de sa victoire dans le Tour d'Italie, en 2024. Il s'était alors imposé avec 9 minutes et 56 secondes d'avance sur le Colombien Daniel Martinez. Mais il peut sans doute frapper encore plus fort cette fois.
La Vuelta est chiche en gros écarts
À l'échelle de l'histoire du cyclisme, en tout cas dans l'ère moderne, il est rare que l'écart final entre un vainqueur du Tour, du Giro ou de la Vuelta et son dauphin atteigne la barre des 10 minutes. Ce n'est arrivé lors d'aucun des… 125 derniers grands tours. Il faut remonter à l'édition 1984 du Tour de France pour trouver trace d'une telle différence entre les deux premiers du classement final. Laurent Fignon avait alors devancé Bernard Hinault à Paris de 10 minutes et 32 secondes. Ce n'est donc plus arrivé depuis plus de quarante ans.
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Comme prévu, Pogacar lâche tout le monde... à 50 km de l'arrivée : son attaque foudroyante en vidéo
Video credit: Eurosport
La chose a pourtant été presque commune sur la Grande Boucle durant quelques décennies, dans le sillage de champions hors normes tels que Jacques Anquetil (qui a fini deux fois avec plus de 10 minutes d'avance), Eddy Merckx (trois fois) ou Bernard Hinault (à deux reprises). C'était le fruit d'une époque, aujourd'hui révolue. Même les coureurs les plus dominateurs de l’ère moderne, tels que Miguel Indurain, Alberto Contador, Chris Froome ou Tadej Pogacar aujourd'hui, sont toujours restés à distance du cap des 10 minutes. Même Lance Armstrong, durant son septennat par la suite nettoyé des tablettes oscillait entre 6 et 7 minutes.
Pour ce qui est du Giro et de la Vuelta, il faut même remonter encore beaucoup, beaucoup plus loin. En Italie, le dernier écart à double chiffre remonte à 1965. En Espagne ? 1960. La Vuelta est même sans doute la plus chiche sur ce plan, y compris dans un passé récent. L'écart n'y a même jamais dépassé les 5 minutes au XXIe siècle, l'écart maximal étant celui créé par Primoz Roglic en 2021 face à Enric Mas, avec 4'42". Il serait plus qu'étonnant que Tadej Pogacar n'aille pas plus loin cette année. Et pas qu’un peu.
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Pogacar : "Maintenant ce sera beaucoup moins stressant"
Video credit: Eurosport
Quid des 13 étapes de Maertens ?
Avant même le lancement de ce Tour d'Espagne, le quintuple vainqueur du Tour avait été interrogé sur la possibilité d'une telle perspective : générer un écart d'un autre temps. Il avait balayé l'argument. "Je ne sais même pas si cela vaut la peine de répondre à cette question, avait-il clamé. La concurrence est extrêmement relevée ici. Pourquoi dire que ce serait beaucoup plus dur sur le Tour ? On retrouve aussi des talents exceptionnels au départ de cette course. Ce sera une épreuve très difficile, une course éprouvante. Je m'attends à ce que tous les participants soient au sommet de leur forme, et il y a de très, très bons coureurs ici. Ce n'est jamais facile."
Peut-être est-il injuste, y compris vis-à-vis de lui, voire irrespectueux, de tenir presque pour acquis non seulement sa victoire, mais aussi l'ampleur de celle-ci. Mais sa supériorité est telle que la tentation est grande. Quelques jours à peine après le grand départ de Monaco, son assise sur la course est déjà si impressionnante que l'hypothèse d'un gouffre final au classement général prend de l'épaisseur, tant on peine à voir qui, où, quand et comment le suspense pourrait subsister d'ici le 13 septembre. Tout dépendra de lui et uniquement de lui.
Que voudra Tadej Pogacar au-delà d'une victoire finale ? Se mettra-t-il à gérer, et si oui, quand ? Se contentera-t-il de quelques victoires d'étapes ? Car il peut fracasser cette Vuelta sur bien des plans. En conservant le maillot rouge de leader d'un bout à l'autre, par exemple. En signant son record de victoires d'étapes sur un grand Tour. On n'ose croire qu'il puisse chatouiller l'invraisemblable score de Freddy Maertens en la matière, quand le Belge, en chemin sur son sacre en 1977, avait glané 13 bouquets, un record absolu. Puis il y aura donc la question de l'écart. Gardez en tête cette histoire des 10 minutes. Ce sera, peut-être, sa façon à lui de laisser une trace particulière.
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