Tour d'Espagne 2026 - "Se souvenir de son palmarès et ce dont il est capable" : Primoz Roglic, le passé comme meilleur allié
Publié 06/09/2026 à 23:20 GMT+2
Arrivé à Monaco avec une ambition toute mesurée, Primoz Roglic semblait avoir une ultime chance de gagner une 5e Vuelta avec l'abandon de Tadej Pogacar, mais les jambes n'ont jusqu'ici pas totalement suivi cet espoir. Si le Slovène de la Red Bull-Bora-Hansgrohe continue de faire peur, c’est avant tout parce que son passé parle pour lui.
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Video credit: Eurosport
Primoz Roglic versus Enric Mas, c'est un peu le Anquetil-Poulidor version Vuelta. Deux champions habitués à se retrouver sur les routes espagnoles et rarement aussi performants que sur le troisième Grand Tour de la saison, surtout pour le coureur de la Movistar. C'est d'ailleurs lui qui s'est paré du maillot rouge après l'abandon de Tadej Pogacar samedi dernier et c'est lui qui domine depuis le Tour d'Espagne de la tête et des épaules.
À l'aube de la deuxième journée de repos, il possède 2'06'' d'avance sur Felix Gall, une avance des plus confortables pour celui qui a déjà fini trois fois 2e de la Vuelta. Pourtant, ce n'est pas son nom qui est encore sur toutes les lèvres, mais bien celui de Primoz Roglic. Longtemps incertain en raison d'un accident à l'entraînement fin juillet, lorsqu'il a été percuté par une voiture, le Slovène de la RedBull-Bora Hansgrohe réalise jusqu'ici son meilleur Grand Tour depuis deux ans et … la Vuelta 2024, qu'il avait d'ailleurs remportée. Pourtant, le quadruple vainqueur de l'épreuve ne s'attendait pas à pareille fête, vu sa préparation tronquée.
2'10'' de débours, et pourtant…
"Au lieu de me préparer, j'ai fait une rééducation, expliquait-il avant le départ de Monaco. Il y a trois semaines, même enfiler mes chaussettes était très difficile. Je ne peux pas encore m'allonger sur le côté droit, mais je vais assez bien pour commencer la Vuelta". Pour prendre le départ, d'accord, mais, à ce moment-là, le podium semblait encore relever de l’ambition démesurée. "Primoz est arrivé ici avec de grands doutes, et nous ne savions pas vraiment à quel niveau il était, rappelle pour HLN son directeur sportif Sven Vanthourenhout. Il n'avait montré lors d'aucune course par étapes cette année qu'il était encore le Roglic d'antan, et puis il y a eu cette chute quelques semaines avant La Vuelta". 15 jours plus tard, les discours ont bien changé et Primoz Roglic apparaît aux yeux de tous comme le principal adversaire d'Enric Mas dans la course au maillot rouge. Sauf aux siens.
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"Je ne pense pas être le seul rival de Mas, il y a d’autres hommes assez forts, tempère le Slovène pour AS. Pour l’instant, Enric se révèle être le plus fort, alors il va falloir qu’on se batte de toutes nos forces. Ici, il s’agit de survivre au jour le jour". Ce qu'il fait plutôt bien. À l'exception de l'étape de Castello (46'' perdues sur Pogacar et Mas), Roglic a toujours limité son débours sur l'actuel maillot rouge entre 13'' et 25''. Rien d'irrémédiable donc. Mais il a également toujours perdu du temps depuis Andorre et l'écart avec Enric Mas ne cesse de s'accroître, à l'image des 25'' concédées samedi sur les pentes de la Pandera. "Évidemment, ce n'est pas une bonne nouvelle, admettait son directeur sportif, Patxi Vila. L'idée était de ne pas perdre de temps, et ça a malheureusement été le cas. Il lui manque juste un petit peu, mais il faut accepter qu'Enric soit intraitable pour l'instant". Pourtant, malgré ses 2'10'' de retard et son temps concédé à chaque arrivée au sommet, personne n'ose le sortir du jeu. Parce qu'il reste un contre-la-montre de 32 kilomètres, jeudi. Parce que l'on parle de Primoz Roglic, surtout.
On sait tous qui il est
Avec le Slovène comme avec beaucoup de champions au crépuscule de leur carrière, le palmarès résonne souvent plus fort que les jambes ne peuvent encore appuyer. Quand on évoque le 2e du Tour de France 2020, surtout sur la Vuelta, on pense bien plus à ses 4 victoires finales qu'à sa forme actuelle. Qu'importe sa préparation tronquée. Même diminué, Roglic reste Roglic. Un coureur habitué à se relever des plus grosses désillusions pour triompher des plus grandes courses. Un champion au palmarès XXL, construit au fil de nombreux succès face à ceux qu’il retrouve aujourd’hui sur les routes espagnoles. Enric Mas est bien placé pour le savoir, lui qui a terminé 2e de l'épreuve derrière le Slovène en 2021. "On sait tous qui il est, rappelle justement le maillot rouge. Il faut se souvenir de son palmarès et de ce dont il est encore capable". Et il n'est pas le seul à le voir ainsi. "On n'a pas trop vu Roglic cette année, ajoutait à L'Equipe Cyril Dessel, directeur sportif de le Decathlon-CGA CGM. Mais il a retrouvé un joli coup de pédale et il est capable de faire un gros chrono". Ces deux déclarations sont un parfait résumé du cas Roglic.
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Primoz Roglic avec son maillot de champion de Slovénie du chrono, sur la 1re étape de la Vuelta 2026.
Crédit: Getty Images
Mais espérer reprendre 2'10'' à Mas sur le chrono est illusoire pour un Slovène certes champion olympique de la discipline en 2021 mais loin de son niveau passé depuis deux ans, à l'image du chrono d'ouverture à Monaco (24e), de celui du Tour de Suisse (12e) ou du Tour de France, à Caen (12e) à l'an passé. Oui, Roglic reste le meilleur rouleur des quatre coureurs encore en mesure de gagner la Vuelta. Oui, il reprendra probablement du temps à Enric Mas. En 22 confrontations directes dans l'exercice chronométré, le grimpeur de la Movistar en a toujours perdu face au Slovène. Mais ce que beaucoup oublient, c'est que lors de leurs trois derniers affrontements sur le chrono "long" du Tour d'Espagne, Mas n'a jamais perdu plus de 1'11'' sur Roglic. Un débours finalement raisonnable face à un Slovène alors au sommet de son art dans la discipline. Inutile de dire que ce n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui. À Monaco, il n'a pris que 11'' à l'Espagnol, en 9,4 kilomètres. Mais, là encore, l'aura Roglic prend le dessus sur ce qui est sans doute la réalité. Comme si le Slovène était encore trop grand pour sa condition actuelle. Comme si son histoire lui accordait un sursis. Comme s’il allait forcément renaître de ses cendres.
Un leader qui sait ce qu'il faut pour gagner la Vuelta
La RedBull-Bora Hansgrohe, elle, est persuadée que son leader montera en puissance lors de la troisième semaine. Une conviction qui tient autant de la méthode Coué que du vœu pieux : celui de voir l’expérience du quadruple vainqueur finir par reprendre le dessus sur ses jambes. "Il sait parfaitement ce qu'il reste à faire, comment ses jambes se sentiront lors de la troisième semaine et comment gérer la fatigue, assure Vanthourenhout. Plus important, il sait que lors de la dernière semaine, il sera au minimum au même niveau qu'actuellement et qu'il progressera probablement d'un point de pourcentage. Nous avons un leader qui sait ce qu'il faut pour gagner la Vuelta et qui progresse constamment. Toutes les données le confirment". Toutes, sauf celles qui comptent peut-être le plus : les secondes de retard sur le maillot rouge.
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Enric Mas et Primoz Roglic roue dans roue dans la la montée d'Aitana, lors de la 9e étape de la Vuelta 2026.
Crédit: Getty Images
Pour beaucoup, ce serait le chiffre à regarder. Le plus froid, le plus concret, le plus implacable. Mais avec Primoz Roglic, il faut peut-être savoir regarder au-delà des chiffres bruts. Derrière les 2'10'' de retard, il y a un palmarès, une expérience, une capacité presque instinctive à ressurgir lorsque tout semble l’avoir condamné. Juste ce qu’il faut pour maintenir allumée la petite flamme de l’espoir. Celle qui vacille au gré des kilomètres, menacée par la réalité des jambes, mais que l’histoire de Roglic refuse encore de laisser s’éteindre.
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