Tour d'Espagne 2026 - Souveraine et sereine : Movistar, l'inattendue force collective qui guide Enric Mas vers la victoire finale

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Régulièrement raillée pour ses choix tactiques, souvent à tort, la Movistar n'a jamais semblé aussi souveraine et sereine qu'elle ne l'est depuis la prise de pouvoir d'Enric Mas sur cette Vuelta 2026. Alors qu'on l'attendait seul dans la course au podium, il peut compter sur une équipe impressionnante collectivement et très juste stratégiquement. Au point de surpasser les autres équipes.

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Il y a des jours où une équipe cesse d'être une addition de coureurs pour devenir un groupe qui croit à la même idée. La Movistar traverse actuellement cette Vuelta avec cette rare sensation de cohérence. Et tandis qu'Enric Mas s'est installé au sommet de la hiérarchie, ce n'est peut-être pas seulement l'Espagnol qui a changé de dimension, c'est toute une équipe qui se sublime. "Mas court bien, il court juste avec ses équipiers", résume notre consultant David Moncoutié dans les Rois de la Pédale. Une phrase simple, mais qui dit beaucoup. Car la force actuelle de Mas ne réside pas uniquement dans ses jambes, certes sans doute les meilleures de sa vie. Elle se nourrit d'une équipe qui l'accompagne et l'installe dans les meilleures conditions, alors même qu'elle ne semblait pas en avoir les moyens sur le papier.

Des moqueries à l'admiration

On imaginait Enric Mas devoir livrer seul la bataille pour le podium, voire éventuellement pour la victoire finale, encore plus avec la disparition prématurée de Cian Uijtdebroeks. Mais, depuis l'abandon de Tadej Pogacar, la formation espagnole est au sommet de son art. Pourtant, on avait pourtant pris l'habitude de regarder la Movistar avec un brin de scepticisme. Ses stratégies ont souvent prêté le flanc aux critiques, ses offensives trop complexes et mal pensées et ses choix de course discutables ont provoqué moqueries et quolibets, à l'image de la célèbre affaire Marc Soler en 2019. Même lorsque l'équipe espagnole gagnait des Grands Tours, et cela remonte à 2016, l'équipe était simplement taillée pour ça et n'avait pas besoin d'en faire plus. Cette fois, tout semble différent.
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Depuis que l'Espagnol a revêtu le maillot rouge, ses équipiers se comportent comme s'ils avaient décidé de repousser leurs limites et celles de leur propre rôle. Chacun a accepté de faire plus, d'assumer sa part de responsabilité dans la défense du maillot de leader. Orluis Aular passe ainsi une grande partie des étapes en tête de peloton, même dans les cols, où il fait parfois de gros dégâts, lui le sprinteur. Jusqu'ici toujours limité en haute montagne, Ivan Romeo est souvent le dernier lieutenant d'Enric Mas, quitte à devoir rouler 25 kilomètres, tout seul. Comme le symbole d'une équipe où tous semblent avoir passé un cap depuis une semaine. Y compris les directeurs sportifs. Chaque décision est logique, les rôles sont parfaitement distribués et, surtout, les choix de course, même risqués, produisent les effets escomptés et rêvés. La 14e étape en a encore été une illustration parfaite.
Une stratégie d'équipe parfaite
Comme vers Calar Alto jeudi, la Movistar avait placé deux hommes, Pablo Castrillo et Raul García Pierna, dans l'échappée de 44 qui s'est extirpée samedi. Sur le papier, c'était un pari audacieux, considérant que l'équipe espagnole devait également rouler derrière en tête de peloton et qu'ils ne sont plus que six autour du maillot rouge. Dans les faits, c'était une nouvelle démonstration de la force collective de la Movistar, et une assurance supplémentaire pour son leader. L'équipe savait que la montée finale vers la Pandera pouvait mieux convenir à Primoz Roglic, qui avait fait craquer Mas ici même en 2022. Alors elle a choisi de jouer une autre carte, celle de disposer des relais à l'avant, pour offrir à son leader une aide qu'il n'aurait pas eu sinon une fois la guerre entre leaders déclenchée. C'est ainsi que Mas est retombé sur Castrillo après les premières attaques, puis sur Garcia Pierna dans le final. Du tableau noir.
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"C'était une stratégie d'équipe parfaite, assure le maillot rouge. Je pense qu'on a fait un sans-faute. J'avais confiance en mes deux coéquipiers devant, alors on a tenté le coup et au final, ça a super bien marché. J'ai failli lâcher prise quand Garcia Pierna a accéléré dans le final. Il roulait à fond, était super fort et, franchement, j'étais à la limite. Mais on a vu que Primoz lâchait prise, alors on a tout donné jusqu'à l'arrivée". De quoi gratter 25 secondes supplémentaires sur le Slovène, sans doute le rival le plus dangereux avec le contre-la-montre de jeudi prochain. Mais avec une Movistar aussi solidaire, aussi forte collectivement, Enric Mas peut se concentrer sur ses propres jambes, drapé de la patience et de la confiance qui entoure l'équipe espagnole. Et c'est probablement l'évolution la plus frappante de celle-ci, une métamorphose quasi romanesque.

Un pour tous et tous pour Mas

La Movistar n'est pas arrivée sur cette Vuelta avec l'étiquette de l'équipe à battre. Elle n'avait sur le papier ni le leader le plus fiable après ces deux dernières saisons en demi-teinte, ni la profondeur d'effectif dont un candidat au classement général devait normalement se targuer. Mais elle a trouvé une autre richesse, sa solidarité. Car la domination actuelle d'Enric Mas ne peut pas être regardée uniquement à travers ses watts, ses écarts ou son classement. Elle se lit avant tout dans le comportement de ceux qui l'entourent. Tous ont compris que leur meilleure chance de peser sur cette Vuelta était précisément de renoncer, temporairement, à exister individuellement.
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Enric Mas of Spain and Movistar Team - Red Leader Jersey competes during the La Vuelta - 81st Tour of Spain 2026, Stage 9 a 187.4km stage from Villajoyosa to Alto de Aitana 1544m / #UCIWT / on August 30, 2026 in Alto de Aitana, Spain.

Crédit: Getty Images

C'est ce surplus d'âme, peut-être tiré des échecs passés, des difficultés vécues ces derniers mois, de la chance inouïe pour la formation espagnole de renouer avec son glorieux passé, qui donne à la Movistar la force de se sublimer autant. Et dans une course de trois semaines où les jambes finissent toujours par parler, cette force collective pourrait être la plus précieuse des armes. Parce qu'un grand coureur peut gagner une étape. Mais une équipe soudée peut, elle, gagner une Vuelta. Pour l'instant, la Movistar ne donne pas seulement l'impression d'accompagner Mas vers le sommet. Elle semble lui ouvrir la route.
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