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Les actes manqués du "Landismo"

Les actes manqués du "Landismo"

Le 03/06/2019 à 19:39Mis à jour Le 04/06/2019 à 11:18

TOUR D’ITALIE - Privé du podium de Vérone, Mikel Landa est encore resté dans l’ombre d’un coéquipier, Richard Carapaz. Énième frustration pour le grimpeur flamboyant qui se rêve en grand leader mais voit le succès lui glisser entre les doigts plus souvent qu’à son tour. Après Astana, Sky et Movistar, peut-il trouver ailleurs les moyens d’exprimer son talent ?

Dans la palette infinie des rôles incarnés par les acteurs du peloton, celui de Mikel Landa est bien souvent indéfinissable. Leader ? Il s’y voit, ses talents de grimpeur le portent vers ces hauteurs, mais ses inconstances le placent souvent en deuxième rideau derrière mieux placé que lui au sein de la même équipe. Cela s’est cruellement vérifié sur le Giro qui vient de s’achever sur le triomphe de son équipier et cadet Richard Carapaz. Lieutenant ? Très peu pour celui qui proclamait il y a deux ans à l’arrivée du Tour de France : “Jamais plus je ne viendrai sur un Grand Tour pour travailler pour quelqu’un d’autre.”

Mikel Landa, à l'attaque dans le final de la 17e étape du Giro

Mikel Landa, à l'attaque dans le final de la 17e étape du GiroGetty Images

Ce jour-là, dans les coulisses du stade Vélodrome, “el jabali” (“le sanglier”) ruminait trois semaines au service de Chris Froome au bout desquelles il échouait à une seconde de Romain Bardet et du podium des Champs-Élysées. Deux jours plus tôt, son leader britannique l’avait rappelé à l’ordre après une accélération sur les pentes de l’Izoard. Une semaine plus tôt, c’est tout seul, au sprint face à Warren Barguil, Nairo Quintana et Alberto Contador, après une grande étape de montagne vers Foix, qu’il avait laissé filer deux secondes dont on ignorait alors qu’elles étaient synonymes de podium envolé (les sprints tortueux lui coûtent décidément très cher, lui qui a également offert la 16e étape du Giro 2017 à Nibali parce qu’il avait mal géré le dernier virage à 50 mètres de la ligne).

Free Landa encore et encore et encore

Des grandes fulgurances, le cadre imposé par ce “sport individuel qui se court en équipe”, une incapacité personnelle à pleinement concrétiser ses talents et des déclarations fortes : on a là un condensé assez fidèle de la carrière de Landa. Les forces et faiblesses du Basque, et surtout ce regard droit, cette élégance qu’on taxe souvent d’arrogance, aussi bien sur la route qu’en dehors, ont donné naissance au “Landismo”, culte auquel se plie ses admirateurs des réseaux sociaux. Et pour que le “Landismo” s’épanouisse, il faut libérer son prophète : “Free Landa”.

Cet appel à libérer Landa frémissait déjà lors de sa cohabitation frustrante avec Fabio Aru chez Astana, où Landa s’est réfugié à 25 ans lors de la disparition d’Euskaltel (un exemple parmi tant d’autres : lorsqu’il remporte la 11e étape de la Vuelta 2015, après un grand numéro en montagne, c’est au mépris des consignes de son équipe qui espérait le voir attendre l’Italien, maillot rouge en puissance quand Landa était déjà à plus de 25 minutes au général). Ce mouvement a pris une toute autre ampleur chez Sky. Et il n’est pas mort avec son arrivée chez Movistar, où le triumvirat Valverde-Quintana-Landa a rarement trouvé l’équilibre et s’est royalement planté sur le Tour de France 2018.

Un dernier Tour (avec Quintana et Valverde) et puis s’en va

Les germes de la discorde couvaient avant même que Landa enfile son premier kit Movistar. Son arrivée dans la formation espagnole avait été négociée avant son flamboyant Tour 2017, et l’accord conclu était loin de son nouveau statut de “futur du cyclisme espagnol” (dixit Eusebio Unzué, le patron de la Movistar). Qu’à cela ne tienne, Landa a obtenu une réévaluation de ses émoluments avant de rejoindre sa nouvelle équipe. Dans le même temps, Quintana lui réservait un drôle de message de bienvenue : “Je suis le leader de l’équipe et le leader pour le Tour. Si Alejandro (Valverde) venait me soutenir, ce serait une bénédiction, et si Landa vient, pareil.” Le Basque avait compris : “Je viens chez lui et, de ce que je peux voir, on dirait qu’il n’aime pas ça.”

Au final, la cohabitation n’aura pas été fructueuse. Celle avec Richard Carapaz a mieux fonctionné, pour l’Équatorien et la Movistar, sans plus pour Landa : malgré la faveur de Carapaz à Croce d’Aune pour tenter de lui offrir la victoire, le Basque repart du Giro fanny (encore un virage mal négocié dans un sprint…) et échoue au pied du podium. Derrière des déclarations plus consensuelles, cette cohabitation n’a toujours pas offert à l’Espagnol la liberté rêvée, mais elle touche de toute façon bientôt à son terme. Le sacre de Carapaz a renforcé les rumeurs sur son avenir (on l’annonce notamment dans l’armada Ineos) et le futur de Landa se dessine loin de la Movistar.

Richard Carapaz, Mikel Landa, Primoz Roglic

Richard Carapaz, Mikel Landa, Primoz RoglicImago

Selon les échos de radio-peloton, le Basque va remplacer Vincenzo Nibali chez Bahrain-Merida, l’Italien file chez Trek-Segafredo et le sourire carnassier d’Enric Mas (Deceuninck-Quick Step) sera la nouvelle incarnation du “futur du cyclisme espagnol” chez Movistar. Landa pourra alors faire le bilan de son passage dans la grande structure ibérique. Au moment de quitter la Sky, il regrettait “ne pas avoir su profiter de tout ce que l’équipe avait à offrir”. Sous le bleu de Movistar, il court toujours après son premier podium en Grand Tour depuis le Giro 2015. Il lui reste une chance : le Tour de France, cet été. Il y retrouvera Valverde et Quintana, pour le meilleur et pour le pire.

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