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Movistar, une démonstration sans cador

Movistar, une démonstration sans cador

Le 02/06/2019 à 21:10Mis à jour Le 03/06/2019 à 10:43

TOUR D'ITALIE - Sans grand favori au départ en l'absence de Nairo Quintana et Alejandro Valverde, ses deux leaders depuis plus de dix ans, la Movistar a ajouté un 15e Grand Tour à son palmarès grâce au succès de Richard Carapaz. Grâce surtout à ses hommes de l'ombre, aussi précieux que peu connus.

Il y aurait dû avoir Alejandro Valverde, leader emblématique de la formation espagnole et prévu initialement sur l'épreuve. Mais le Murcien, blessé, a dû renoncer. Un mal pour un bien pour la Movistar qui s'est retrouvée sans pression sur le Tour d'Italie, avec deux leaders de rechange de qualité en les personnes de Mikel Landa et Richard Carapaz. Mais deux outsiders, au mieux. Et, sur le papier, la formation espagnole n'avait pas non plus une myriade de grimpeurs de qualité pour les aider, seul Andrey Amador (4e du Giro 2015) ayant des références solides. Mais, à l'instar de Carapaz dans la course au maillot rose, la surprise est venue d'où on ne l'attendait pas.

Carapaz - Giro d'Italia 2019 stage 21

Carapaz - Giro d'Italia 2019 stage 21Getty Images

De toutes les formations de favoris, Movistar, Bahrain-Merida, Jumbo-Visma, Astana et Mitchelton-Scott, c'est l'espagnole qui s'est révélée être la plus forte, la plus solide. L'étape-reine de samedi, entre Feltre et Monte Avena, en aura été la plus belle illustration. "La Movistar s'est avérée très forte, avouait Nibali après l'arrivée. Elle avait encore quatre coureurs dans le final. Il n'y a pas grand-chose de plus à faire quand une équipe est aussi forte." En plus de Landa et Carapaz, on retrouvait donc Andrey Amador et Antonio Pedrero, sans oublier Hector Carreterro, lâché quelques kilomètres plus tôt. Une force collective dont aucune autre formation ne pouvait alors se targuer.

Tactiquement impeccable

Pourtant beaucoup s'inquiétaient ouvertement de la "faiblesse" de la Movistar lorsque Carapaz s'est emparé du maillot rose à Courmayeur, arguant que Roglic avait peut-être bien fait de leur laisser la responsabilité de la course. Il n'en a rien été. Pire, ils ont été magistraux. L'attaque de Landa vers Lago Serru, soutenue par les relais d'Amador et Carreterro présents dans l'échappée, aurait dû leur mettre la puce à l'oreille. De Sasha Sütterlin, le roule-toujours allemand, à Andrey Amador, souvent dernier équipier en montagne, en passant par les directeurs sportifs et Lluis Mas, tous ont joué leur partition à la perfection.

Mikel Landa (Movistar) se retourne vers son équipier et maillot rose Richard Carapaz (Movistar) lors de la 16e étape du Tour d'Italie 2019

Mikel Landa (Movistar) se retourne vers son équipier et maillot rose Richard Carapaz (Movistar) lors de la 16e étape du Tour d'Italie 2019Getty Images

On les a vu laisser jour après jour les échappées prendre du temps, s'en désintéresser dès qu'il n'y avait personne de dangereux pour mieux garder les forces vives pour le final. Dans le Mortirolo, ils ont préféré laisser partir NIbali et rester au train emmené par Pedrero, sans s'affoler. Samedi, dans l'étape reine, la force du nombre a fait loi mais on a encore vu Amador et Pedrero écrémer le groupe des favoris à 15 kilomètres de l'arrivée. Et quand certains ont craint la cohabitation entre Landa et Carapaz, l'Espagnol n'a jamais rechigné à travailler pour le maillot rose. Trois coureurs incarnent un peu plus que les autres ce récital collectif : José Joaquin Rojas, Antonio Pedrero et Hector Carreterro.

Le symbole Rojas

Grimpeur correct (8e du Tour des Asturies 2018, 10e du Tour de l'Ain 2016), Antonio Pedrero est loin d'être un petit jeune (27 ans) mais l'Espagnol a montré un niveau énorme sur ce Tour d'Italie. Dans la dernière semaine, il a toujours été avec ses leaders. Dans le Mortirolo, c'est même lui qui "tue" Majka et Roglic, pour ramener au train ses leaders sur Nibali (ils feront le jump sans lui). En revanche, personne n'attendait Hector Carreterro. L'Espagnol de 24 ans, certes 12e du Tour d'Andalousie, s'est montré d'un soutien précieux en haute montagne, étant par exemple capable d'accompagner ses leaders au-delà le Cima Campo, du Passo Manghen et du Passo Rolle samedi dans l'étape-reine.

Et difficile d'oublier José Joaquin Rojas, symbole de l'état d'esprit collectif de la Movistar sur ce Giro. On l'a vu passer tout près du maillot rose en première semaine grâce à une échappée où Pedrero s'était sacrifié pour lui mais le sprinteur, plus assez rapide pour viser une étape en cas d'arrivée massive, s'est ensuite mué en équipier modèle, comme on le voit faire si souvent pour Quintana et, surtout, Valverde. A l'heure où la Movistar souffre sur les routes du Tour malgré les Quintana, Landa, Valverde et Soler alignés l'an dernier, c'est finalement avec des noms moins ronflants que la formation espagnole est allée décrocher son 15e Grand Tour, son 5e Giro. Comme quoi, rien ne remplace l'esprit d'équipe.

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