La petite histoire retiendra que Victor Lafay porte la pancarte numéro 43. Samedi, à Guardia Sanframondi, il est devenu le 43e coureur français à remporter une étape du Tour d'Italie. Pour un premier succès chez les professionnels, difficile de rêver meilleur cadre que celui-ci. Pour tout dire, l'intéressé lui-même a un peu de mal à réaliser : "Je n'arrive pas à croire que j'ai gagné, c'est complètement fou !" C'est pourtant bien lui qui a levé les bras, en se montrant le plus fort au sein de l'échappée de neuf coureurs qui a animé cette étape.
C'était le bon jour pour être devant dans ce 8e acte taillé pour les baroudeurs sachant passer les bonnes grosses bosses. "Je voulais être devant et je me suis mis quasiment dans tous les coups qui sortaient, j'y ai laissé beaucoup d'énergie, a expliqué le coureur de l'équipe Cofidis. Après, j'ai cherché à m'économiser. Heureusement, le peloton nous a laissés partir". Puis, dans l'ascension finale, il a porté l'estocade dans les trois derniers kilomètres, sur la partie la plus pentue, en débordant l'Italien Giovanni Carboni parti en avant-garde.
Tour d’Italie
Amateur, Hirschi, opération... Quatre choses à savoir sur Victor Lafay
15/05/2021 À 18:40
"La dernière montée était dure, un effort intense de dix minutes, souligne le vainqueur du jour. Nelson Oliveira était le plus dangereux alors j'ai gardé un œil sur lui et lui me surveillait aussi. On s'est un peu marqué tous les deux. Mais j'avais confiance en moi. Je savais qu'il n'y avait pas de vrais grimpeurs dans l'échappée et qu'il fallait attaquer aux trois kilomètres, quand c'était raide."

Il les avait déjà tous mis dans le rétro : l'arrivée victorieuse de Lafay en solo

Révélé contre Hirschi

Une victoire avec les jambes et la tête donc pour ce coureur de 25 ans, dont le potentiel était connu même dès la catégorie espoirs, lorsqu'il avait fini deuxième du Championnat d'Europe 2018, derrière un certain Marc Hirschi, qui l'avait réglé au sprint. "C'est un bon souvenir même si j'avais été battu de très peu", rappelle-t-il.
Depuis le début de la saison 2021, il avait affiché des signes de progression, notamment le mois dernier sur le Tour de Valence où, lors d'une une arrivée au sommet, il n'avait été devancé que par l'Espagnol Enric Mas. Chez Cofidis, on était convaincu de tenir là un joli potentiel, comme l'explique le capitaine de route de la formation nordiste, Nicolas Edet :
"Je me rappelle son premier numéro chez les pros, c'est quand je m'étais imposé sur le Tour du Limousin. Il venait tout juste d'arriver dans l'équipe, au mois d'août, (en 2018, NDLR). Il avait roulé toute la journée et dans le circuit final c'est encore lui qui allait chercher les derniers mecs qui attaquaient. Donc on savait que c'était un talent. Il fallait juste qu'il le comprenne et qu'il l'exploite."

Edet sur la marge de progression de Lafay : "Il demande juste à se découvrir encore"

J'étais venu sur le Giro pour ça
Selon Nicolas Edet, c'est l'an dernier que le jeune Lafay a mis les bouchées doubles pour franchir un cap, même s'il n'en recueille les lauriers qu'aujourd'hui. "L'an passé, poursuit-il, il a compris que le travail était récompensé. On voyait qu'il était sérieux et appliqué et qu'il prenait confiance en lui. Franchement, c'est super pour lui. Une victoire dans un grand tour, c'est ce dont tout le monde rêve, alors chapeau."
C'est un grand jour pour Victor Lafay mais aussi pour toute l'équipe Cofidis, qui n'avait plus remporté d'étape sur le Giro depuis le succès de Damien Monier en 2010. La formation de Cédric Vasseur misait plutôt sur son sprinter Elia Viviani mais c'est finalement son jeune Rhodanien qui a libéré tout le monde. "On tournait un peu autour depuis une semaine, note Nicolas Edet, avec Elia dans les sprints et moi dans l'échappée mardi. C'est super pour nous."
Même si c'est son tout premier Giro (il a disputé la Vuelta l'an passé), Victor Lafay se voulait ambitieux. "J'étais venu sur le Giro pour ça, pour gagner une étape", assure-t-il, avant d'admettre : "C'est incroyable de le réaliser dès la première semaine." Mission accomplie. Déjà un coup de maître pour ce coup d'essai italien.

Ewan out, Lafay à la fête et Valter en contrôle : les temps forts de la 8e étape

Tour d’Italie
Lafay : "Je me suis testé dans le Zoncolan… Bernal m’a mis plus de 2 minutes en 3 kilomètres"
14/06/2021 À 17:42
Tour d’Italie
Caruso, Fortunato, Storer : les 7 révélations de ce Giro
30/05/2021 À 21:33