Le parcours du Giro a ceci de paradoxal cette année qu'il a tardé à réellement entrer dans le vif du sujet. Habitués des troisièmes semaines de folie, les organisateurs ont placé quelques amuses-bouches, parfois copieux certes, ici et là mais il a fallu attendre mercredi et l'étape des routes blanches puis samedi avec le Zoncolan pour taper dans le dur. Ce lundi, devait faire place à l'étape-reine avec plus de 5 000m de dénivelé positif et trois passages au-dessus des 2 000 m entre Sacile et Cortina d'Ampezzo. Il n'en est rien puisque le parcours a été modifié. Reste qu'en troisième semaine Romain Bardet entre dans son élément. Tant mieux car jusqu'ici il s'est plutôt fait discret. Trop discret.
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La combinaison de son début de Tour 2020, de son changement d'équipe et d'un parcours taillé pour lui avait fait naître beaucoup d'espoirs autour de Romain Bardet pour ce Giro. On allait, pensaient certains, retrouver l'Auvergnat capable de rivaliser avec les meilleurs en montagne comme en 2016 et 2017 quand il avait enchaîné deux podiums du Tour. Un top 5 semblait un objectif raisonnable, un podium à portée de jambes pour le nouveau coureur du Team DSM. Quand les leaders se sont attaqués, jamais Bardet n'a terminé parmi le premier groupe. Toujours en deuxième, voire troisième rideau, il navigue après 15 étapes à plus de quatre minutes d'Egan Bernal et, pire, à 2'40'' du podium. Décevant, il faut bien le dire.
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La déception des Strade Bianche et du Zoncolan

Pourtant, l'étape des routes blanches pouvait le porter haut. "C’est un coureur qui a fait un podium sur les Strade Bianche (2e en 2018) donc on l’attendait un peu mieux (27e de l'étape à 2'08'' de Bernal), juge notre consultant Nicolas Fritsch. Il a limité les dégâts, deux minutes ce n’est pas énorme sur un Grand Tour. Je ne pense pas qu’il gagnera le Giro, je ne le pensais pas avant l’épreuve. Mais en fonction des circonstances… podium, Top 5, Top 10…". A l'heure actuelle, un top 5 est jouable mais, tenu par Hugh Carthy, il est tout de même à 2'20''. Il y a cependant un motif d'espoir.

Romain Bardet n'a pas brillé sur la 11e étape du Giro 2021

Crédit: Getty Images

"Pour moi, Bardet est un vrai coureur de Grand Tour. Plus une course est longue, usante, difficile, avec du dénivelé, des longs cols… et mieux il sera", analyse Nicolas Fritsch. Tout le portrait de la troisième semaine où les plus belles étapes de montagne sont placées. Romain Bardet très fort en troisième ? Son histoire prouve que oui.
Son plus beau résultat à ce jour, une deuxième place derrière Chris Froome sur le Tour 2016, le leader d'alors d'Ag2r l'a acquis au prix d'une ultime semaine canon, glanant quatre places en quelques jours et passant donc du 6e au 2e rang. Cinquième du chrono de Megève, un exploit pour lui même au regard du parcours difficile ce jour-là, il avait, le lendemain, triomphé à Saint Gervais-Mont Blanc pour grimper sur la deuxième marche du podium. En 2015 aussi, il avait sauvé son Tour par une victoire sur la 18e étape.

La troisième semaine des grands tours, le terrain de jeu de Bardet

"Le but pour lui est d'aborder cette dernière semaine avec le moins d’écart possible, pas forcément sur Bernal, mais plutôt sur le groupe d’outsiders (Carthy, Vlasov, Ciccone...). Tous ces coureurs, Bardet peut lutter avec eux pour un podium ou un Top 5", concluait notre consultant avant l'étape du Zoncolan. Bardet y a encore lâché des secondes sur ces coureurs-là. Mettre ce débours sur le compte d'un tracé qui lui convenait moins, une montée sèche, est encore possible mais bientôt, il n'y aura plus d'excuses.

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Si d'aventure, cette 16e étape, même rabotée, devait mal se passer, que devra faire Bardet ? Se battre coûte que coûte pour un Top 10 ? Peut-être. Après tout, son changement d'équipe est tout récent et, chez DSM, on avait dit dès le début de la saison que la prise de repères mutuelle prendrait du temps. L'autre possibilité serait de perdre volontairement beaucoup de temps pour aller jouer une victoire d'étape. Après tout, sa carrière manque cruellement de beaux bouquets (7 au total) et il n'a plus gagné depuis plus de trois ans.
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