Cela semblait encore impensable mardi, lors de la deuxième journée de repos, mais c’est bel et bien une réalité 72 heures plus tard : Egan Bernal n’a pas encore course gagnée sur ce Tour d’Italie 2021. Mathématiquement, le Colombien d’INEOS Grenadiers sort pourtant grandi de ce début de semaine puisqu’il a creusé son avantage sur son dauphin, Damiano Caruso (Bahrain-Merida), (2’24’’ à 2’29’’) depuis Cortina d’Ampezzo. Mais, dans les faits, la situation est bien plus complexe que cela. Défaillant vers Sega di Ala, Bernal a encore été distancé par Yates ce vendredi dans l’Alpe di Mera, concédant finalement 27'' au leader de la BikeExchange. Désormais 3e du général à 2'49'' du Colombien, Yates est complètement revenu dans ce qui est devenu une lutte à trois pour le maillot rose.
Yates était le plus fort mais je suis satisfait
Surtout, Bernal a montré des signes de faiblesses sur deux étapes de montagne de suite, même si sa "défaillance" du jour est moindre que celle de mercredi (53''). "Ce n’était pas l’étape la plus difficile du Giro, même si la montée finale était très dure", avouait d’ailleurs Yates. Mais ça n’a pas empêché le Colombien d’INEOS Grenadiers d’être incapable de suivre les deux hommes forts de cette dernière semaine, le Britannique et Joao Almeida (Deceuninck-Quick Step). Contrairement à Sega di Ala, il n’a même pas essayé et, ça, le leader de la BikeExchange l’avait bien compris. "Au moment de mon attaque, j’ai vu que les INEOS étaient bien contents que l’on monte simplement au tempo et j’ai senti qu’il fallait que j’y aille, raconte-t-il. Je sentais qu’ils allaient me laisser partir. J’avais lu quelque chose comme ça de la part de Bernal sur Twitter ou je ne sais où donc j’ai essayé d’attaquer pour voir. Et dès que je suis sorti, j’ai vu que c’était le cas, qu’ils me laissaient faire. A partir de là, j’ai tout donné jusqu’à la ligne". Et ça a payé.
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Alors, oui, Egan Bernal n’a pas coincé comme mercredi. Le travail extraordinaire de Castroviejo puis Martinez lui ont permis de largement limiter la casse, au point que le Colombien se montrait même satisfait à l’arrivée. "Je me sentais très bien, assure-t-il. Je pense que j’ai produit des chiffres solides, j’ai fait une belle ascension et j’en suis très satisfait. Bien sûr, Yates était le plus fort mais je suis content de ma forme". On ne termine pas 3e d’une ascension de 9,6km à 9% sans bonnes jambes mais ces dernières le sont clairement moins que celles qu’ils avaient il y a une semaine. Mais pas de quoi l’inquiéter. "Je suis content de mon avance, ajoute-t-il. J’ai suffisamment de marge pour laisser faire, d’autant que je ne suis pas le plus mauvais en contre-la-montre donc je suis confiant". Confiant, oui, mais plus si sûr de son fait. Il faut dire que la renaissance de Yates pose problème.
Il fallait tenter pour voir comment était Bernal
Si Damiano Caruso reste toujours le dauphin de Bernal au classement général, les ambitions de l’Italien de 33 ans se tournent plus vers un premier podium en Grand Tour que vers un possible maillot rose. "On va tout faire pour défendre le podium", assurait son équipier Pello Bilbao après l’étape, même si son leader ne s’interdit rien. "Je continue à prendre les étapes une à une, explique-t-il. On fera le bilan dimanche". Reste comme l’impression malgré tout qu’il ne faudra pas compter sur Caruso pour tenter une grande offensive pour mettre à mal Bernal. S’il peut profiter d’une défaillance du Colombien, il ne s’en privera pas mais ce n’est pas lui qui renversera le Giro. Tout le contraire de Yates.

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Passé tout près de la victoire finale en 2018, vainqueur quelques mois plus tard de la Vuelta, le Britannique de la BikeExchange est venu sur le Tour d’Italie pour gagner et il ne se contentera pas du podium s’il a les jambes, d’autant que celui-ci est déjà quasi assuré (3'22'' d’avance sur le 4e, Vlasov). Vers Sega di Ala comme à l’Alpe di Mera, il a vite affiché ses ambitions en faisant rouler ses équipiers très tôt avant de prendre les choses en main dans la montée finale. Pour la victoire d’étape mais pas seulement. "Il fallait que je tente quelque chose pour voir comment se sentait Bernal", disait-il. Et il a pu voir que le Colombien n’était pas impérial. Avec 2'49'' de retard sur le maillot rose, Yates sait sans doute qu’il ne peut pas gagner le Tour d’Italie. Pas tout seul. Mais Bernal peut encore le perdre. Il a montré des signes de faiblesse qui ne trompent pas. Et le Britannique sait mieux que quiconque ce qu’une défaillance peut coûter en troisième semaine sur le Giro (il avait perdu 38'51'' sur la 19e étape en 2018). Surtout quand le terrain s’y prête.
J’espère que j’aurais les mêmes jambes
Jusqu’ici, ce Giro 2021 s’est résumé grossièrement à des courses de côtes, plus ou moins difficiles - la faute notamment à l’amputation du Fedaia et du Pordoi sur la 16e étape – mais la 20e étape sera toute autre. "Ça sera complètement différent, assure Yates. C’est une étape très difficile, avec le retour de la haute altitude… » Trois cols de 1re catégorie, deux ascensions à plus de 2000m d’altitude : le programme final est copieux et ne pardonnera aucune faiblesse. Sur le papier, c’est une étape rêvée pour le Colombien qu’est Bernal mais elle peut vite se transformer en cauchemar pour le coureur fatigué que l’on voit dans cette troisième semaine.

Yates : "Il fallait que je tente quelque chose pour voir si Bernal avait un problème"

D’autant que si la formation INEOS Grenadiers est impressionnante sur le papier, seuls Castroviejo et Martinez semblent capables de l’accompagner en montagne. Si cela était encore le cas samedi, cela ferait bien peu pour les 70 derniers kilomètres. Surtout si la Deceuninck-Quick Step prête encore main forte aux BikeExchange pour durcir l’allure de loin. Le maillot rose sait qu’il sera attaqué et qu’il ne faudra pas faire la même erreur qu’à Sega di Ala et se mettre dans la rouge. "J’espère que j’aurais les mêmes jambes samedi, raconte-t-il. Je me sentais bien aujourd’hui et j’espère qu’il en sera de même demain, avec l’altitude. J’essaierais de gérer mon avance sur mes deux adversaires directs (Caruso et Yates) et j’espère bien être en rose demain soir". S’il reste confiant, Egan Bernal se veut tout de même prudent. Conscient que le rapport de force, sans lui être totalement défavorable, a changé. Et qu’il n’est pas trop tard pour tout perdre.
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