C'était encore le temps du disco, de la France giscardienne, des rouflaquettes et des moustaches. C'était, aussi, celui de la Belgique triomphante. Eddy Merckx venait de quitter la scène mais, même sans lui, le cyclisme belge continuait de briller sur les courses de trois semaines. Lucien Van Impe a remporté le Tour en 1976. Un an plus tard, Michel Pollentier et Freddy Maertens enlevaient respectivement le Giro et la Vuelta. En 1978, Johan De Muynck ramenait le maillot rose à Milan.
C'était il y a 43 ans. Depuis, plus rien sur les grands tours. La Belgique a connu bien des succès par ailleurs, dans les plus grandes classiques, mais elle est cantonnée aux seconds rôles voire à de la figuration dans les principales courses par étapes. Au XXIe siècle, elle ne compte que deux podiums, l'un sur le Tour (Jurgen Van den Broeck en 2010), l'autre sur le Giro (Thomas De Gendt en 2012). Pour une si grande nation cycliste, c'est peu. Très peu. Trop peu.
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Evenepoel "content d'être arrivé avec Bernal"

Voilà pourquoi l'avènement de Remco Evenepoel suscite un engouement important. Nos voisins ne sont pas démunis. Le cyclisme belge se porte même plutôt très bien en cette saison 2021 avec Wout Van Aert, le vainqueur de Milan-Sanremo Jasper Stuyven ou Tim Merlier, qui brille dans les sprints.
Mais Evenepoel, du haut de ses 21 ans, est affublé du statut de "prodige" et il peut devenir celui qui met fin à l'incroyable disette belge sur les grands tours qui va finir par rapprocher le demi-siècle. Freiné par une terrible chute en Lombardie en août 2020, le grand espoir de l'équipe Deceuninck Quick Step retrouve tout juste mais les pelotons. Pourtant, la Belgique y croit.
Pour l'heure, rien ne vient doucher cette espérance, pas même la météo exécrable de ce début de Giro. Après un premier chrono correct samedi, Evenepoel a bien tiré son épingle du jeu jeudi lors de la 6e étape qui marquait le premier test en montagne, en accompagnant Egan Bernal et Dan Martin. "Je ne m'attendais pas à être aussi performant dans cette montée, a-t-il confié à Eurosport vendredi. D'autant que je n'aime pas vraiment la pluie. Mais tout le monde souffrait et je suis content d'être arrivé avec Bernal."

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Je ne sais pas comment mon corps va réagir dans la deuxième et la troisième semaine
Le voilà deuxième du classement général, à 11 petites secondes du leader après sept jours de course, Attila Valter. Le maillot rose est-il pour bientôt ? Possible. Et après ? Quelle ambition pour Milan ? Le top 5 ? Le podium ? La victoire ? Le jeune Remco maitrise déjà ses éléments de langage. Il se montre d'une grande prudence et recentre le débat le concernant : "Avec l'équipe, nous avons un but, c'est d'obtenir la meilleure place possible au classement général, avec moi si possible. Que ce soit la 1re place, la 7e, la 20e, ce sera OK si on termine ce Tour d'Italie avec le sentiment d'avoir fait une grande course d'équipe."
OK. Evenepoel, on l'aura compris, préfère tonitruer sur la route que devant les micros. Au-delà du discours de circonstance, reste une évidence : personne, pas même lui, ne peut savoir ce qu'il donnera sur la durée des trois semaines. "Il reste beaucoup de chemin à faire et je ne sais pas comment mon corps va réagir dans la deuxième et la troisième semaine, nous dit-il. Mais pour l'instant, je suis très content. J'ai perdu un peu de poids et pour la montagne, c'est un avantage."

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Une victoire sur le Giro ferait de lui le roi de Belgique
Sean Kelly, consultant historique d'Eurosport, ose à peine imaginer dans quel état sera le royaume si la jeune pépite flamande parvient effectivement à tenir la distance. "Il revient de blessure, c'est sa première vraie course de trois semaines. S'il parvient à finir parmi les cinq premiers ou sur le podium, ce sera une super performance", juge l'ancien vainqueur de la Vuelta.
Au-delà, pour Sean Kelly, il faudra s'attendre à voir la Belgique tout entière s'embraser. "S'il fait mieux que ça (un podium), s'il gagne cette course, mon dieu, la Belgique va devenir complètement folle. La réaction sera énorme. Evenepoel est déjà un nom important, mais une victoire sur le Giro ferait de lui le roi de Belgique."
Nous n'en sommes pas là et il s'en faut de beaucoup, surtout au regard du programme dantesque des huit derniers jours. Le Giro ne se gagne pas dans son premier tiers. L'important, pour l'heure, est de ne pas le perdre et, dans cette optique, Evenepoel a tout bon jusqu'ici.

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