"J’avais annoncé que j’attendais le froid et les grandes étapes de montagne du Giro pour vraiment faire le vélo que j’aimais". Il l’avait dit et il l’a fait. En retrait depuis le départ de Turin de ce Tour d’Italie 2021, Romain Bardet espérait monter en puissance dans l’optique de la troisième semaine, la plus difficile de l’épreuve, et force est de reconnaître que le Français de la DSM a retrouvé son meilleur niveau en cette fin de seconde semaine, juste avant le jour de repos. Deuxième à Cortina d’Ampezzo, le grimpeur auvergnat ne s’est rendu compte de sa performance une fois la ligne franchie seulement. "Je fais 2e de l’étape ?, demandait-il à notre envoyé spécial Louis-Pierre Frileux. Il n’y avait personne de l’échappée ? C’est pas mal alors… Je suis content, j’avais d’excellentes sensations aujourd’hui". Et ça s’est vu.
Je galérais depuis 2018
Les favoris voulaient se faire la guerre sur les pentes du Passo Giau et le Français s’en est plus que bien sorti. Ambitieux pour l’étape du jour et pour le podium final avec Hugh Carthy, EF Education Nippo a été la première lancer les hostilités, à près de 50 km de l’arrivée. "EF a imposé un gros tempo et on s’est retrouvé à 5-6 au pied du Passo Giau, expliquait Bardet. Après ça a temporisé un peu puis Bernal est parti. Je n’ai pas pu le suivre longtemps, j’ai dû le suivre 300m avant de prendre mon rythme. J’ai fait la montée avec Caruso pas loin devant et je l’ai repris dans la descente. C’était vraiment une très bonne journée". Auteur d’une descente dont il a le secret, le Français y a repris plus de quarante secondes à Bernal et une trentaine à Caruso, avec lequel il a terminé l’étape.
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Au final, malgré le festival du maillot rose, le leader de la DSM ne perd que 27’’ et se replace surtout dans la course au podium. Une situation qu’il n’avait plus vécu en Grand Tour depuis le Tour de France 2018. Presque une éternité. "Ça fait plaisir de se retrouver à ce niveau, avouait-il après l’arrivée. Ça fait depuis 2018 que je galérais… J’ai eu des hauts et des bas mais on a travaillé très dur avec toute l’équipe DSM, en silence, et ça fait du bien de se sentir bien". Depuis le début de sa saison, très axée italienne, Bardet avait souvent montré un niveau intéressant, à l’image de sa 8e place sur Tirreno-Adriatico et sa 9e place sur le Tour des Alpes mais toujours en second rideau, loin des meilleurs.

Une remontada comme en 2016 ?

S’il lui est impossible de jouer avec Bernal, ce dont personne ne semble capable, le Français fait bien meilleure figure sur le Giro, où sa montée en puissance au fil des jours était autant planifiée qu’un bon calcul. "J’attendais la 3e semaine et la bonne forme commence seulement à arriver, donc on va faire en sorte que ça continue", raconte-il. Avec encore trois étapes de montagne et autant d’arrivées au sommet, le Tricolore peut tout à fait croire au podium, d’autant que le profil de ces étapes lui correspondra encore mieux que cela n’était le cas jusqu’ici. "Pour moi, Bardet est un vrai coureur de Grand Tour, analysait notre consultant Nicolas Fritsch avant la 16e étape. Plus une course est longue, usante, difficile, avec du dénivelé, des longs cols… et mieux il sera." Le froid et la pluie ont rendu l’étape de Cortina d’Ampezzo beaucoup plus dure qu’elle ne l’était finalement sur le papier et Bardet en a parfaitement profité. Et la suite promet.

Bardet... surpris : "Je finis 2e de l'étape ? C'est pas mal alors !"

Alors que la course s’est globalement résumée à des courses de côté jusqu’ici, toutes les étapes de montagne restantes enchaîneront les cols, plus ou moins efficacement. La 20e étape, avec ses enchaînements de trois cols dont l’interminable Passo San Bernardino, sied parfaitement aux qualités du grimpeur français, dont la forme ascendante semble désormais bien meilleure que celle d’un Yates ou d’un Vlasov. Seul problème : l’Auvergnat ne possède pas une grande équipe autour de lui et son niveau en chrono l’oblige à posséder une marge conséquente avant l’ultime contre-la-montre de Milan. Même si aucun de ses adversaires actuels n’est un grand spécialiste non plus, exception faite de Caruso. Un défaut qui ne l’avait pas empêché de monter à deux reprises sur le podium du Tour, en 2016 et 2017. Il y a cinq ans, il y avait même renversé la course en dernière semaine pour passer de la 6e à la 2e place. Cette fois, il l’abordera à la 7e place. Mais la 3e place finale le satisferait largement. Et elle marquerait définitivement le retour de Romain Bardet.
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