Egan Bernal a été attaqué, Egan Bernal a été en (relatif) danger mais Egan Bernal a peut-être bien remporté le Tour d’Italie 2021. Le Colombien d’INEOS Grenadiers a encore souffert lors de la 20e étape, mais son maillot rose n’a jamais véritablement été mis en péril, bien aidé par le travail fantastique de ses équipiers. Et, alors que se présente l’ultime contre-la-montre de cette édition 2021, le voilà avec une confortable marge de 1’59’’ sur son dauphin Damiano Caruso, étonnant ultime adversaire. Mais pas le moins dangereux ou le moins en jambes, comme on a pu le constater samedi avec la victoire de l’Italien au terme d’un numéro et d’une attaque à plus de 50 kilomètres de l’arrivée. De quoi donner une ultime touche de suspense à ce Tour d’Italie.

Une minute, une marge jamais renversée depuis 37 ans !

Sur un plan purement mathématique, les 119 secondes d’avance possédées par Bernal semblent plus que suffisantes pour garder son maillot rose. Depuis 37 ans, jamais un maillot rose n’a été inversé dans le chrono final lorsqu’il possédait une avance supérieure à la minute. Il faut remonter au Tour d’Italie 1984 et la victoire de Francesco Moser - qui avait repris 1’21’’ à Laurent Fignon - pour trouver grâce d’un tel renversement de situation. Depuis, le leader le plus solide à s’être incliné est Nairo Quintana, 2e du Giro 2017 malgré ses 53’’ d’avance sur Dumoulin au soir de la 20e étape. Rien à voir donc avec l’énorme débours de Caruso, qui en accuse lui plus du double. Dans toute l’histoire de l’épreuve, jamais un tel retard n’a pu être renversé lors de l’ultime chrono. Même si le rapport de force devrait être en toute logique favorable à l’Italien.
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Damiano Caruso (Bahrain-Victorious), lors de la 1re étape du Giro 2021

Crédit: Getty Images

S’il est loin d’être un rouleur aussi performant que l’étaient Dumoulin ou Moser, le leader de la Bahrain-Victorious reste très solide dans l’exercice chronométré. Surtout quand il se déroule en dernière semaine. Il suffit de se pencher sur son contre-la-montre de la Planche des Belles Filles de l’an passé sur le Tour de France, dont il avait pris la 7e place, perdant seulement une trentaine de secondes sur Primoz Roglic et collant près d’une minute à un certain Daniel Felipe Martinez. Le chrono était favorable aux grimpeurs ? Après les 30km de plats, l’Italien était… 5e devant Wout Van Aert (+ 2’’) et Richie Porte (+ 12’’). Ajoutez à cela sa 4e place sur le chrono final de Vérone lors du Giro 2019 (17’’ de mieux que Roglic sur 17km) ou encore sa 13e place à l’occasion du chrono d’Espelette sur le Tour 2018 (devant Castroviejo ou Kruijswijk) et ça vous place le coureur.

30km de chrono, une vraie inconnue pour Bernal

Bien sûr, Egan Bernal est loin d’être le plus mauvais des rouleurs. Le Colombien a même déjà brillé dans l’exercice par le passé, à l’image de sa 6e place sur le chrono de Paris-Nice 2019 gagné par … Simon Yates, mais ses références récentes dans l’exercice sont plus hésitantes, au mieux. Depuis son retour de sa blessure au dos, le Colombien n’a pas du tout brillé en chrono, que ce soit à l’Etoile de Bessèges (35e), sur Tirreno-Adriatico (53e) ou même lors de l’étape inaugural à Turin (40e). Et aucun ne dépassait les 11km…
La dernière fois que le grimpeur d’INEOS a couru un chrono de 30km, c’était en janvier 2020, à l’occasion des Championnats de Colombie. Une éternité pour un coureur dont le dos, très sollicité en chrono, l’a grandement pénalisé l’an dernier. Il avait pris la 3e place, derrière Martinez et Quintana, mais c’était en début de saison. Le chrono le plus révélateur finalement du niveau de Bernal dans l’exercice est sans doute celui de son Tour victorieux, en 2019. A Pau, sur 27km, le Colombien avait perdu 1’36’’, dans un temps comparable à celui de Mikel Landa (1’45’’), pas vraiment pour ses qualités dans l’exercice solitaire.

Egan Bernal (INEOS Grenadiers) sur la 1re étape du Giro 2021

Crédit: Getty Images

Alors, bien sûr, il serait injuste de juger les capacités d’Egan Bernal en chrono sur cet unique contre-la-montre. Mais le fait est que le Colombien semble partir avec un certain handicap théorique sur Damiano Caruso. Reste qu’un chrono de dernière semaine n’est pas vraiment un contre-la-montre comme les autres et se joue beaucoup à la fraicheur. Et bien qu’il s’agisse du tout premier pour le maillot rose dans sa carrière et qu’il n’ait pas été en troisième semaine aussi dominateur qu’auparavant, cela pourrait malgré tout être à son avantage. Si sa tentative a été aussi audacieuse que magnifique, l’Italien de la Bahrain-Victorious s’est beaucoup dépensé samedi, peut-être encore plus mentalement que physiquement. Une telle débauche peut se payer le lendemain et il ne serait pas étonnant de voir le coureur de 33 ans un peu moins à son avantage.

Bernal devrait perdre une minute…en théorie

Malgré tout, Damiano Caruso possède une vraie longueur d’avance sur Egan Bernal dans l’exercice et il devrait sans problème pouvoir reprendre du temps au Colombien. Combien ? Telle est la question. Si on se base sur leurs références respectives, un débours d’une minute du maillot rose serait assez logique. Moins signifierait que Caruso a payé ses efforts de samedi. Ce qui signifie que Bernal possède environ une minute de marge pour sa propre "défaillance", qu’elle soit liée à sa fatigue ou à une position douloureuse pour son dos. Autant dire que voir Damiano Caruso en rose dimanche a tout d’un rêve. Mais ce Tour d’Italie en est déjà un pour l’Italien. Et le Tour de France 2020, et la remontée fantastique de Tadej Pogacar sur Primoz Roglic, nous a rappelé que tout était possible dans un contre-la-montre final. Alors sait-on jamais…

Egan Bernal | Giro d'Italia

Crédit: Getty Images

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