N’allons pas jusqu’à dire que ce 19 mai restera jour de deuil national pour la Belgique (quoi que), mais la défaillance de Remco Evenepoel a sérieusement douché les plus folles espérances qui accompagnaient, depuis le départ de ce Giro, celui que tout un pays voit déjà comme le successeur d’Eddy Merckx. Le leader de Deceuninck-Quick Step, sans compétition depuis son effroyable chute sur le Tour de Lombardie il y a neuf mois, n’avait fait que renforcer son étiquette de prodige depuis le départ de Turin, occupant au premier jour de repos la 2e place à 14’’ d’Egan Bernal, avec qui un duel à deux pour le maillot rose semblait se dessiner. Mais le "Dark Horse" de ce Giro a fini par toucher ses limites sur les chemins blancs de Toscane. Un brutal retour sur terre.

Le coup de force de Bernal, le coup de pompe d'Evenepoel : le résumé vidéo de la 11e étape

Relégué à plus deux minutes d’Egan Bernal sur la ligne et à 2’22’’ au général, Evenepoel a été le grand perdant de la journée. Pas le seul, certes, dans cette étape meurtrière qui a fait bien plus de victimes que d'heureux gagnants. Mais le principal, sans aucun doute, puisqu’il laisse désormais le Colombien en seul patron véritable de ce Giro. "Ce n’était pas la meilleure journée pour moi" déplore ainsi l'ancien champion du monde juniors.
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"J'ai senti que mes jambes étaient vides"

Voilà trois jours, le Belge avait laissé apparaitre un léger signe de faiblesse dans les derniers hectomètres de Rocca di Cambio. Mais il avait fini par terminer 4e de l’étape, à 10 secondes de Bernal. Difficile donc d’y voir le présage de la débâcle à suivre. Ce mercredi, en revanche, on a senti dès l’approche du premier chemin, à 70 kilomètres de l’arrivée, que le coup de pédale ne tournait pas rond chez Evenepoel. Rémi Cavagna s’était dépouillé pour aborder ce premier secteur clé en première position. Mais en se retournant, il n’apercevait déjà plus son leader.
"On a tout mis pour rentrer en tête mais Remco n'était pas vraiment dans ma roue, relate le champion de France du chrono. Il a fallu temporiser et INEOS en a profité pour mettre un coup de vis." Tandis que le Belge reculait place après place, la formation britannique sortait la moissonneuse-batteuse par l’intermédiaire de Filippo Ganna. Le peloton explosait en vol, mais Remco, relégué dans un 3e groupe, avait encore ses domestiques pour recoller les morceaux. "Il a fallu rouler, on était à contretemps, relate Rémi Cavagna. On a pu rentrer, mais on était pratiquement tous éliminés."

Lodewyck :"Vu les circonstances, ce n'est pas la fin du monde"

Lorsqu’Ineos a passé la seconde lame, à l’entame du 3e secteur, à 26 kilomètres de l’arrivée, Evenepoel n’avait soudainement plus personne sur qui compter. Le maillot blanc était distancé, seule face à sa peine, alors qu’une grosse vingtaine de coureurs composait encore le groupe des favoris. "J’ai beaucoup souffert dans le deuxième secteur, explique Remco Evenepoel, dans des propos rapportés par un communiqué de son équipe. Puis dans le troisième, quand ils ont commencé à sprinter, j’ai senti que mes jambes étaient vides. C’est pourquoi j’étais en dernière position et que je n’ai pas pu suivre." Le début d’un trou noir pour le Belge et d’un moment de confusion chez Deceuninck-Quick Step.
Il a fallu attendre de nombreux kilomètres avant que Joao Almeida, 4e du Giro 2020 mais déjà trop loin cette année pour nourrir encore des ambitions personnelles, ne se relève pour attendre son leader aux abois. Et une fois le Portugais descendu à hauteur du Belge, ce dernier le pria de le laisser - ce qui fit Almeida – avant d'arracher son oreillette de dépit.

Largué et énervé, Evenepoel en a enlevé son oreillette de rage

Le calme et l’ordre ont fini par revenir, mais on a bien cru sur le moment qu’Evenepoel allait faire tout valdinguer et bouder dans son coin. Revenu sur le porte-bagages d’Almeida, le Belge n’a au final déboursé que 2’08’’ sur Bernal. Il a fini en compagnie de Romain Bardet, qui bien que distancé beaucoup plus tardivement, affiche la même perte sur le plan combtable. "Vu les circonstances, ce n’est pas la fin du monde" résumait ainsi son directeur sportif Klaas Lodewyck : "Nous ne sommes pas les seuls à avoir perdu du temps, c’était une étape difficile pour beaucoup de coureurs. Nous continuons d’être optimistes et motivés avant les grosses étapes de montagne."

"La route reste encore jusqu’à Milan"

Evenepoel a fini dans les cordes, mais n’est pas sorti KO du ring. Vu la dureté des étapes à venir, et la propension qu’a le Giro à produire d’improbables révolutions, son retard n’a encore rien d’irrémédiable. Ni pour un podium (1’10’’), ni même pour le maillot rose (2’22’’). La question est de savoir désormais s’il s’agissait d’un jour sans isolé ou bien de l'amorce d’un déclin physique inexorable. Difficile de se positionner sachant qu’Evenepoel dispute son premier grand tour et navigue, jour après jour, en eaux inconnues.
Un premier élément de réponse devrait arriver dès jeudi avec une longue étape de montagne qui exposera à nouveau les faiblesses de chacun. En tout cas, Evenepoel n'a pas voulu se réfugier derrière ses lacunes techniques - liées à ses débuts encore tous récents dans le cyclisme - ou d'éventuelles stigmates psychologiques de sa chute du Tour de Lombardie. Deux éléments qui auraient pu s'entendre vu l'engagement qu'il fallait mettre dans les virages tortueux des chemins toscans. "Mon corps a réagi ainsi, après 11 jours de course et une longue période sans compétition, constate Evenepoel. J’ai perdu deux minutes, ce n’est pas un bon résultat pour moi, mais je suis toujours 7e dans un grand tour et je reste confiant. La route reste encore jusqu’à Milan." Touché mais pas coulé, le Belge ne veut pas rendre les armes.

Remco Evenepoel franchit la ligne d'arrivée de la 11e étape du Giro avec Romain Bardet (à gauche) et Joao Almeida

Crédit: Getty Images

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