Il y a beau rester encore une semaine de course, la plus dure de toutes avec trois étapes de montagne et un chrono, la question n’est plus « Qui peut battre Bernal ? » mais « Bernal peut-il perdre le Giro ? ». La différence peut paraître infime mais elle témoigne de l'archidomination du Colombien d’INEOS Grenadiers. Avec 2’24’’ d’avance sur son dauphin Damiano Caruso, on voit mal ce qui pourrait le renverser. Du moins, à la pédale. Malgré tout, il reste prématuré de penser que le vainqueur du Tour de France 2019 en fera de même sur ce Giro, tant la course italienne est réputée pour ses bouleversements en dernière semaine. Si la suprématie de Bernal semble évidente et incontestable, le Colombien n’est pas encore à l’abri. Voici pourquoi.

Une chute est si vite arrivée

Exemple : Steven Kruijswijk en 2016
Tour d’Italie
Lafay : "Je me suis testé dans le Zoncolan… Bernal m’a mis plus de 2 minutes en 3 kilomètres"
14/06/2021 À 17:42
C’est peut-être idiot à rappeler tant ça peut sembler évident, mais rien n’est jamais fini tant que vous n’avez pas franchi la ligne d’arrivée. Ce Tour d’Italie, comme bon nombre de courses avant lui, a déjà procédé à une bonne première sélection entre favoris à travers les chutes, avec les abandons notamment de Mikel Landa (Bahrain-Victorious) et plus récemment d’Emanuel Buchmann (Bora-Hansgrohe). Jusqu’ici, Egan Bernal est passé entre les gouttes (au sens propre comme au figuré) mais le Colombien va devoir rester vigilant, d'autant que les descentes seront bien plus nombreuses en dernière semaine. C’est souvent là que la tension est à son paroxysme et que les prises de risques sont plus importantes. Et c’est comme ça que Steven Kruijswijk avait perdu un Giro 2016 qui lui tendait les bras, avec 3’ d’avance sur son dauphin à trois jours de l’arrivée.
Notre avis : Vu ses talents de descendeur, au niveau de la moyenne dans ses mauvais jours, on ne se fait pas trop de souci pour Bernal.

Une attaque au meilleur moment et Bernal a lâché tout le monde

Personne n’est à l’abri d’une défaillance

Exemple : Simon Yates en 2018, le Giro 2016
S’il y a bien un Grand Tour spécialiste des renversements de situation dans la dernière semaine, c’est bien le Tour d’Italie. Il faut dire que le terrain y est souvent propice, pour ne pas dire que les enchaînements de cols sont souvent conservés pour les derniers jours. Quoi qu’il en soit, le Giro s’offre plus souvent au dominateur de la dernière semaine que l’inverse. Et ce n’est pas l’actuel 5e du classement général, Simon Yates, qui dira le contraire. Largement au-dessus de la concurrence lors deux premières semaines en 2016, le Britannique possédait 2'11'' d'avance sur son dauphin Dumoulin et près de 5 minutes sur Froome, futur vainqueur. Sans oublier le Giro 2016 remporté par Nibali alors que le Requin de Messine pointait lui aussi à près de 5 minutes du maillot rose, après 16 étapes.
Notre avis : De tous les leaders, Bernal reste le moins susceptible de connaître un jour sans, même s’il n’en est pas à l’abri.

Egan Bernal (INEOS Grenadiers) sur la 16e étape du Giro 2021

Crédit: Getty Images

Le chrono n’est pas à son avantage

Exemple : Quintana en 2017, Nozal en 2003, Fignon en 1989
Perdre la victoire finale sur un Grand Tour à l’occasion du dernier contre-la-montre n’est pas l’apanage seul du Giro. Si elle n’arrive pas si souvent, la situation marque généralement, que ce soient les coureurs concernés ou le public. Et le chrono de 30 km de Milan a déjà connu ses épilogues malheureux pour le porteur du maillot rose, que ce soit l’an passé (Geoghegan Hart qui renverse Hindley) mais surtout en 2017, lorsqu’un Quintana supérieur en montagne avait craqué dans le chrono final face à Dumoulin. Le rapport de force est loin d’être le meilleur entre Bernal et Caruso mais ce n'exclut pas des surprises pour autant. Demandez donc au regretté Fignon, rouleur plus que sérieux mais battu par Lemond le dernier jour sur le Tour 1989. Demandez à Nozal, 4e du Mondial dans la discipline mais qui avait dilapidé plus de 2 minutes d’avance sur Heras dans le chrono sur les pentes roulantes de l’Alto de Abantos à l’occasion de la Vuelta 2003.

Egan Bernal (INEOS Grenadiers)

Crédit: Getty Images

Bien sûr, à la vue de sa marge actuelle (2’24’’) sur Caruso, Bernal n’a aucune raison de s’inquiéter, mais il n’est pas à l’abri dans un mauvais jour de perdre 1’30’’ sur le chrono milanais. Après tout, l’Italien de 33 ans est très solide rouleur, surtout en troisième semaine (7e à la Planche-des-Belles-Filles et même 4e avant la montée finale sur le Tour 2020 devant Van Aert ou Porte, 4e du chrono de Vérone sur le Giro 2019). Et, si Bernal a retrouvé son niveau en montagne de la Grande Boucle 2019, on se rappellera aussi qu’il avait concédé il y a deux ans 1’36’’ à Alapahilippe ou encore 1’ à Uran, ne terminant que quelques secondes devant Landa. Et il n’a pas rassuré dans l’exercice en 2021 (53e sur Tirreno-Adriatico). Preuve que le chrono n'est pas sa spécialité, même s’il y a parfois brillé (6e sur Paris-Nice 2019).
Notre avis : S’il ne perd pas de temps sur Caruso d’ici le chrono de Milan, Bernal aura course gagnée. Mais le Colombien n’aura pas le droit à un coup de moins bien qui pourrait aussi lui coûter encore plus cher dans le contre-la-montre.

INEOS, de légers doutes à balayer

Exemple : Chavès sur le Giro 2016, Roglic sur la Vuelta 2020
Il est important de poser les bases de suite : INEOS Grenadiers n’est en rien un point faible pour Egan Bernal jusqu’ici, très loin de là. C’est même le contraire. Impressionnante depuis deux semaines, la formation britannique est probablement la plus forte et la plus complète de ce Giro. Mais, au Zoncolan comme vers Cortina d’Ampezzo, on a vu apparaître certains signes - légers certes - d'un coup de moins bien de quelques équipiers. Ganna est distancé dès le pied des ascensions et se contente désormais de rouler en plaine, Moscon coince par rapport à son début de Giro…

Egan Bernal (INEOS Grenadiers) encadré par ses équipiers sur le Giro 2021

Crédit: Getty Images

Ce lundi, lorsque EF Education Nippo a tout fait exploser à 30km de l’arrivée, Bernal s’est vite retrouvé isolé avec Daniel Felipe Martinez, heureusement impressionnant. Et, si son équipier venait à le laisser seul, même un grand Bernal pourrait être en danger. Après tout, Roglic était très fort sur la dernière Vuelta, mais il aurait pu tout perdre la veille de l’arrivée lorsque ses équipiers ont été incapables de l’aider face à Carapaz. Heureusement pour lui, il s’agissait d’une unique montée finale, loin des enchaînements de cols prévus sur la 20e étape, la plus susceptible de mettre Bernal en danger.
Notre avis : INEOS Grenadiers sait trop bien se gérer pour exploser sur un Grand Tour, même s’il faut remonter au Tour 2018 pour les voir assumer toute la course aussi tôt dans l’épreuve.
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