Il a bien cru ne même pas pouvoir sprinter. Les forces habituelles dévolues à la chasse aux échappés ne suffisaient pas cette fois, alors la Groupama-FDJ a envoyé Ignatas Konovalovas au charbon quand l'écart était encore de 2'19'' à 17,7 km du but avec les quatre hommes de tête. Mais même privé d'un wagon de son train, même cramé, Arnaud Démare a triomphé pour la troisième fois sur ce Giro. Le meilleur dans le domaine du sprint en Italie, il l'est. Le meilleur du monde ? Il ne s'avance pas jusque-là.
Mais avant d'entrevoir la victoire, Démare a sué, au sens propre comme au sens figuré. Car les presque sept minutes laissées à des fuyards, qui en avaient encore sous la pédale dans les 30 derniers kilomètres, ont bien failli faire pencher la balance du mauvais côté. "C'est très stressant", admettait-il en conférence de presse. Au micro d'Eurosport, il a même avoué ses doutes : "On revenait très doucement, il y avait un gros écart à boucher. J'ai commencé à douter un peu, surtout que derrière, on avait des éléments qui sautaient. Clément Davy, Attila Valter, Tobias Ludvigsson et Ignatas Konovalovas ont fait un sacré boulot."
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Démare veut garder ses équipiers

"Ils ont été extraordinaires pour revenir, on est allé chercher cette victoire par le travail collectif, a encore insisté un Démare évidemment rayonnant sur les routes hongroises et italiennes depuis le départ. Le train a été exceptionnel, on était placé aux 1 500 mètres, on a su allonger les relais, emmener fort. Miles Scotson, Ramon Sinkeldam et Jacopo Guarnieri ont fait un super boulot. 'Kono', Ramon et Jacopo sont en fin de contrat cette année, ils ont prouvé qu'ils étaient au niveau. J'espère qu'ils auront des nouvelles."
Démare est bien de ces leaders qui n'oublient pas de remercier les siens quand il gagne même si ces échecs passés ont parfois, aussi, été dûs à des failles parmi ceux qui doivent l'emmener. Le Picard est fidèle et conclure pour les autres lui donne sans doute le petit grain de force en plus pour gagner. Ce vendredi, il a fallu d'ailleurs puiser loin pour résister. "Je suis vraiment épuisé, c'est rare que je m'écroule après la ligne", a-t-il dit, confirmant ce que la caméra avait vu immédiatement après qu'il a franchi la ligne d'un souffle devant un Phil Bauhaus qui revenait très fort.

Comme le Giro 2020 ?

Trois victoires en cinq sprints donc, Démare, maillot cyclamen solidement accroché sur les épaules désormais, peut viser la passe de quatre. Ce qui le renverrait à son Giro 2020 quand il avait régné en maître sur les arrivées massives. "Avant d'arriver ici, je m'étais dit qu'en gagner une, ce serait beau, commente-t-il. Les gens me parlaient de 2020 mais il ne faut pas sous-estimer chacune des victoires."

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Ne pas les sous-estimer revient-il à dire que nous avons devant nos yeux depuis deux semaines le meilleur sprinteur du monde ? Gagner trois fois témoigne de la mainmise qu'il a dans le domaine. Le plateau (Ewan avant son abandon, Cavendish, Gaviria) ne manque pas de caractère sur le Giro même si certains manquent à l'appel (Merlier, Philipsen, Jakobsen, Groenewegen). Alors "Nono", le meilleur du monde ?
"Parfois oui, mais le sprint, c'est un jour l'un, un jour l'autre. C'est moi qui ai l'avantage en ce moment mais je n'ai pas la prétention de dire que je suis le meilleur. La spirale joue aussi beaucoup. La confiance, c'est une force pour moi. Quand je doute, je cogite, je réfléchis trop au lieu de laisser parler l'instinct ou le talent, je veux jouer l'aspiration, j'attends le sprint parfait. Là, je me dis 'fais-toi plaisir Arnaud, fais confiance à tes équipiers' et ça marche." Plutôt trois fois qu'une, d'ailleurs.
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