Quand un ancien vainqueur du Tour de France occupe la 3e place du classement général d’une course par étapes, il a généralement de fortes chances d’être le coureur le mieux classé de son équipe. C’est en tout cas ce que la norme voudrait. Mais INEOS Grenadier est une équipe à part, une formation tellement forte et riche en talents que ce coureur n’est non seulement pas le coureur le mieux classé de son équipe, mais il n’est pas non plus le second ! C’est ce qui est arrivé sur le Tour de Catalogne à Geraint Thomas, 3e de l’épreuve derrière le vainqueur Adam Yates, mais aussi derrière Richie Porte. "Ce fut une bonne semaine, avouait Yates. Nous étions venus sur cette course avec de grandes ambitions, nous voulions gagner et nous terminons aux trois premières places du général. Il n'y a pas grand-chose à dire, l'équipe a été parfaite cette semaine". C’est le moins que l’on puisse dire.

Du jamais-vu en Catalogne depuis 51 ans

Vainqueur du contre-la-montre de Banyoles avec Rohan Dennis lors de la 2e étape, puis le lendemain au sommet de Valter 2000 grâce à Adam Yates, qui en profitait pour s’emparer du maillot de leader, la formation INEOS a survolé la semaine sans jamais être réellement inquiété par ses adversaires. Où plutôt si, elle a été mise en danger au cours de la dernière étape par des Movistar d’Alejandro Valverde qui voulait monter sur le podium final. Mais l’équipe britannique ne comptait pas gâcher si facilement sa semaine légendaire et le Murcien a dû se contenter de la 4e place, laissant les INEOS Grenadiers marquer l’histoire de l’épreuve. Cela faisait en effet plus de cinquante ans qu’aucune équipe n’avait réussi à placer trois de ses coureurs sur le podium de l’épreuve, depuis le triplé de la Ferrys (Poblet vainqueur devant Perez-Frances et Cruz) en 1960, à une époque où l’épreuve ne souriait qu’aux Espagnols. Mais les INEOS Grenadier ont surtout marqué les esprits.
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Seul au sommet : Adam Yates a étouffé la concurrence

Après une saison 2020 compliquée malgré, excusez du peu, la victoire sur le Giro de Tao Geoghegan Hart et la 2e place sur la Vuelta de Richard Carapaz, la formation britannique semble avoir retrouvé la force collective de ses belles années. Armée jusqu’aux dents (le trio était entouré de Carapaz, Dennis, Castroviejo et Rowe), elle a contrôlé toute la semaine en Catalogne, comme elle pouvait le faire en juillet sur les routes du Tour de France entre 2012 et 2019, lorsqu’elle avait remporté six Grandes Boucles en sept ans. C’est d’ailleurs là-bas qu’elle y avait signé son dernier doublé, lors de la victoire de Bernal en 2019 devant Thomas.
Un passé qui a sans doute aidé les INEOS Grenadiers à aussi bien gérer leur affaire ces derniers jours. "Nous avons pas mal d’expérience en ce qui concerne la défense d’un maillot de leader mais l’équipe a été incroyable, expliquait Geraint Thomas. Tout le monde a bien communiqué". Et, même lorsque la Movistar a durci dans la 7e étape autour de Barcelone et de Montjuic, la solidarité et la force collective des INEOS Grenadier a fait la différence. "Nous nous sommes accrochés ensemble, avouait le Gallois. Avec notre nombre, nous avons puisé notre force les uns dans les autres et nous avons réussi à garder la situation sous contrôle".

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Dominante oui mais Roglic et Pogacar n’étaient pas là

Passé à côté de son Tour de France l’an passé, trop fragile sur la Vuelta pour réellement épauler Carapaz, la formation britannique avait alors laissé depuis un an le statut de surpuissance à la Jumbo-Visma, qui domine de la tête et des épaules chaque course par étapes dont prend le départ Primoz Roglic (sauf jusqu'à la dernière étape, parfois, en France). Mais cette semaine, pour la première fois sans doute depuis le Tour de France 2018, on a senti les INEOS Grenadier (ex-Sky) un ton au-dessus de tout le monde, et pas seulement les leaders, pourtant au nombre de trois.
Loin de sa forme optimale, Richard Carapaz a pourtant, avec Rohan Dennis, calmé toute la concurrence jeudi vers Port Ainé, en imposant un train d’enfer empêchant toute attaque derrière Esteban Chavès. Une fusée à multiples étages dont on avait presque oublié la puissance de feu en raison du raté de l’an dernier sur le Tour mais qui semble pourtant plus forte que jamais. Cette semaine, les INEOS Grenadiers se sont passés du tenant du titre sur le Giro Tao Geoghegan Hart, du vainqueur du Tour 2019 Egan Bernal, du vainqueur du Dauphiné l’an passé Daniel Felipe Martinez, de pépites comme Ivan Sosa, Pavel Sivakov mais aussi de Laurens De Plus "volé" à l’intersaison à la Jumbo-Visma. Un coup de maitre symbole des ambitions britanniques.

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Déjà au-dessus du lot sur le Tour de la Provence en février, l’équipe INEOS Grenadiers a répété ses gammes à l’étage supérieur en Catalogne. Reste maintenant à affronter le gratin mondial, pas tout à fait présent en Espagne avec notamment les absences de Primoz Roglic (Jumbo-Visma) et de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates). Les Slovènes restent pour l’heure les deux hommes à battre en juillet et rien ne dit que la folle semaine des INEOS Grenadier auraient été possible en la présence d’un ou des deux coureurs. Mais la formation britannique est redevenue le temps d’une semaine l’ogre du peloton, qui dicte sa course et broie ses adversaires sur les courses par étapes. Elle ne compte pas se contenter d’en faire un épiphénomène.
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