Quel bilan tirez-vous de vos années de coureur professionnel?

C.V: En arrivant en 1994 dans le cyclisme, je n'imaginais pas connaître toutes ces péripéties. En 1998, il y a eu une première prise de conscience avec l'affaire Festina. Depuis, presque tout le peloton a été renouvelé et nous ne sommes plus qu'une poignée d'anciens à avoir connus cette époque, mais on voit qu'après dix ans le problème du dopage est toujours là.

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Rien n'a changé depuis dix ans?

C.V: Si, ce qui a le plus changé depuis l'affaire Festina, c'est qu'aujourd'hui on n'a plus peur d'exclure un maillot jaune, ou de déclasser un vainqueur de grand tour. Tous les coureurs sont maintenant traités de la même façon.

A la lumière de votre expérience, que faudrait-il faire pour faire évoluer la situation?

C.V: Ces affaires poussent à réfléchir aux problèmes de structure, d'encadrement, à tout l'environnement du cyclisme professionnel. Mais on n'arrivera jamais à avoir un peloton propre à 100%, c'est comme dans la vie, il y aura toujours des tricheurs. Tout cela fait du tort au cyclisme et à nous-mêmes, surtout quand on compare notre sport à d'autres manifestations sportives, beaucoup plus richement dotées que le Tour de France, o le mot dopage n'est même pas prononcé. Mais il vaut mieux savoir que des gens trichent plutôt que de croire que tout va bien. Même si ça fait mal, c'est préférable. C'est une bonne chose que le Tour de France et l'UCI continuent cette guerre.

La lutte antidopage vous paraît-elle efficace?

C.V: Se doper aujourd'hui, c'est comme rouler à 180 km/h en voiture sur une route où l'on sait qu'il y a des radars. On est arrivés à quelque chose d'extrême: on doit maintenant donner tous nos plannings trimestriels, se soumettre au suivi longitudinal. L'espérance de vie d'un tricheur dans le peloton s'amenuise au fil du temps, c'est un signe positif. Mais on ne pourra pas enlever cette étiquette au sport cycliste pendant longtemps, il faut vivre avec, la gérer.

Aujourd'hui, les coureurs parlent, dénoncent, s'expriment. Avez-vous connu une époque oùrégnait l'omerta?

C.V: C'est vulnérable un coureur. Il n'est pas facile de s'exprimer, dans le peloton, on entend des rumeurs et en fin de compte, souvent il n'y a rien. Nous vivons dans un milieu de rumeurs. Nous, coureurs, devons savoir faire confiance aux instances sportives. Ce sont elles qui sont chargées de démasquer les tricheurs, pas nous.

Que diriez-vous à un jeune désireux aujourd'hui de se lancer dans une carrière pro?

C.V: Je l'encouragerais. Si c'est une passion, qu'il fasse du vélo. Mais il doit savoir que c'est difficile, aléatoire, que la place de la chance, ou du hasard, est très importante: une chute, le choix d'une mauvaise équipe, peut faire basculer une carrière très vite.

Avez-vous parfois eu des regrets d'avoir abandonné vos études pour devenir coureur?

C.V: Non, jamais. J'ai vécu des moments intenses que l'on ne peut vivre nulle part ailleurs que dans le sport.

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