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La revanche du Mur

La revanche du Mur
Par Eurosport

Le 15/07/2012 à 00:01Mis à jour Le 15/07/2012 à 10:54

Escamoté par le peloton en 1973, le Mur de Péguère va enfin connaître son baptême du feu sur le Tour dimanche, lors de la 14e étape.

Enfin ! Dimanche, ce sera la fin d'une attente de près de quatre décennies. Sa grande première sur le Tour, le col de Péguère aurait dû la connaître en 1973. Un Tour de grogne. Un Tour de fronde. L'étape des Orres, dans les Alpes, a tourné au jeu de massacre. Zoetemelk, sixième, a fini à plus de 20 minutes. C'est dire. Même Luis Ocana, malgré sa victoire, a terminé dans un profond état d'épuisement. Les coureurs râlent après cette édition trop usante, entre le tracé et les transferts. Arrivés dans les Pyrénées, où Raymond Poulidor frôle le pire et abandonne sur chute, Ocana monte en première ligne pour demander à Jacques Goddet et Félix Levitan de renoncer à Péguère, dont la descente (les coureurs devaient descendre par le versant qu'ils grimperont dimanche) effraie une partie du peloton. Ocana n'a pas oublié que, deux ans plus tôt, il avait laissé son maillot jaune sous l'orage pyrénéen. L'Espagnol obtient gain de cause. Depuis, Péguère n'avait jamais eu de seconde chance. Jusqu'à dimanche.

Le retour de Péguère, c'est notamment l'oeuvre d'un homme, Henri Nayrou. C'est d'ailleurs à lui qu'on doit la transformation du col en Mur de Péguère. "Il ne fallait pas le confondre avec le col de Pailhères", explique-t-il dans les colonnes de La Dépêche du Midi. Député jusqu'en 2012 et ancien journaliste, il a tissé des liens étroits avec Jean-Marie Leblanc puis Christian Prudhomme, patrons du Tour mais aussi anciens hommes de presse, comme lui. En 2008, lors du passage du Tour à Foix, Henri Nayrou emmène Christian Prudhomme pour un petit pique-nique pyrénéen sur les pentes du col de Péguère. Le directeur de la Grande Boucle est subjugué. Dès lors, le retour de Péguère sur le Tour n'est plus qu'une question de temps. Quatre ans plus tard, il va donc se matérialiser lors de la 14e étape entre Limoux et Foix, offrant à cette ascension méconnue du grand public un cadre moins discret que celui de la Ronde de l'Isard ou du Tour de l'Avenir, qui l'a emprunté à plusieurs reprises.

Court mais violent

Sur le livre de route du Tour de France, la montée est officiellement longue de 9,3 kilomètres à 7,9% de moyenne. Mais ces chiffres sont trompeurs et assez peu révélateurs. En réalité, la première partie de l'ascension, depuis Massat, s'effectue via les pentes du col de Port, assez peu sélectif. Ici, on ne dépasse que rarement les 5-6%. L'escalade de Péguère en elle-même dure 3,6 kilomètres. Là, lorsque la route bifurque à gauche pour emprunter le col des Cagnous, l'appellation non officielle de "Mur" prend tout son sens: 3600 mètres à 12% en moyenne, avec des séquences de près de 400 mètres à 18%. Loin de l'image d'Epinal des cols roulants des Pyrénées, nous sommes là dans des pourcentages hors normes sur le Tour. L'effort est relativement bref (un bon quart d'heure quand même) mais il sera violent. D'autant qu'ici, la pente constitue l'unique révélateur. La montée se fait dans les bois, à l'abri du vent.

Même sur moins de quatre kilomètres, il sera possible de provoquer une sélection importante. Pas forcément besoin d'attaques. D'ailleurs, sur de tels pourcentages, il est difficile de placer des accélérations à proprement parler. C'est chacun pour soi. Un peu comme sur l'Angliru, le mythique et monstrueux col des Asturies, dont les sept derniers kilomètres (par la Vega) sont à plus de 13% de moyenne. Péguère est deux fois moins long, mais le problème posé à peu près identique: la sélection s'opère par l'avant. Chacun monte à son rythme. Le plus fort s'isole naturellement. L'action prendra naturellement le pas sur les intentions même les plus frileuses. Bradley Wiggins, peu adepte des énormes pourcentages, peut-il s'y trouver en difficulté? A voir. En tout cas, une telle montée ne peut être escamotée. Elle est trop dure pour ça. "Je confirme que ça grimpe, avait confié Christian Prudhomme lors d'une reconnaissance à l'automne dernier. Je ne pensais pas autant. Sans aucun doute, ça va être marquant."

Reste que, aussi difficile soit-il, le Mur de Péguère, qui offre un panorama absolument sublime sur la chaine des Pyrénées, est peut-être situé trop loin de l'arrivée pour marquer un véritable tournant de ce Tour. Au sommet, il restera encore 38.5 kilomètres à couvrir. C'est beaucoup, mais tout dépendra de la situation de la course après Péguère. La descente, plutôt roulante, n'offre pas les mêmes pourcentages que la montée. Les quatre premiers kilomètres sont à 3-4% à peine. Ensuite, pendant dix kilomètres, la pente s'accentue, mais ce n'est pas une descente technique propice au creusement des écarts. Puis il restera encore près de vingt kilomètres dans la plaine avant Foix. Le Mur sera-t-il trop loin? Peut-être. Mais il faudra quand même se le coltiner. Et ça, ça risque de valoir le détour. Quoi qu'il arrive.

Photo: Wikimedia (Jul789789)

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