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Les débats du Tour : Thomas, une menace pour Froome ?

Les débats du Tour : Thomas, une menace pour Froome ?

Le 12/07/2018 à 19:58Mis à jour Le 13/07/2018 à 11:14

TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à deux membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. Ce jeudi, il est question de Bardet, du duel Thomas-Froome et des occasions manquées d'Alaphilippe.

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Faut-il s'inquiéter pour Bardet ?

François-Xavier Rallet

Romain Bardet n'a pas vécu une bonne journée. C'est peu de le dire. Au soir de la 5e étape, il occupait la 18e place du classement général, à 1'17" du maillot jaune. Ce jeudi, à l'issue de la 6e, le voilà repoussé au 23e rang à 1'45" de Van Avermaet. Entretemps, un problème mécanique lui a causé du tort à 4 kilomètres de la ligne d'arrivée. Le Français a perdu 31 secondes sur Martin, 28 sur Yates, Thomas, Porte, Quintana et Nibali et 23 sur Froome qui a cédé dans les ultimes hectomètres. Voilà pour le constat. Et il n'est pas brillant, soyons honnête.

On savait qu'avec un chrono par équipes au programme de la première semaine, Bardet allait accuser du retard sur ses adversaires. Autant ? Son débours est conséquent mais la forme semble là. Le Tour ne fait que commencer et avant les premiers opus montagneux, il y aura encore quelques pièges à éviter. Dimanche, sur les pavés de Roubaix, si Bardet voit son débours augmenter, il sera l'heure de s'inquiéter et d'inventer quelque chose dans les Alpes. Mais on n'y est pas encore.

Vidéo - Latour : "Bardet a perdu du temps ? Ca fait ch..."

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Christophe Gaudot

Le Tour de France est en Bretagne mais je vais faire une réponse de Normand : oui et non.

De mon point de vue, la forme de Romain Bardet n'est pas inquiétante. Le leader d'Ag2r La Mondiale est intelligent et sait arriver à son pic de forme au bon moment. Il était d'ailleurs très plaisant de le voir dans le premier groupe pendant le coup de bordure initié par Quick-Step vers Mûr-de-Bretagne.

Mais Bardet a beau être en bonne forme, il n'en demeure pas moins derrière tous ses rivaux, à l'exception de Nairo Quintana, au général. Ce qui m'inquiète c'est son retard : 1'42'' sur Thomas, 1' sur Uran, 52 secondes sur Porte, 50 sur Landa, 43 sur Yates et Froome. Tous ces coureurs-là vont lui reprendre du temps sur le contre-la-montre au Pays Basque à la veille de l'arrivée. S'il veut un nouveau podium, Romain Bardet va devoir être (très) offensif et (très) fort en montagne.

La Sky doit-elle faire de Geraint Thomas l'égal de Chris Froome ?

François-Xavier Rallet

Depuis le départ du Tour, Geraint Thomas est exemplaire. Chaque jour, il grignote une seconde de bonification par-ci, une seconde par là. Et son attitude me laisse penser qu'il se comporte en vrai leader de l'équipe Sky. Une question se pose alors : Thomas est-il une menace pour Froome au sein de sa formation ? Je le pense sincèrement. Quand Froome concède du terrain, sur pépin mécanique comme lors de la première étape ou quand il coince légèrement (18e à 8"), comme ce jeudi dans l'ascension finale de Mûr-de-Bretagne, Thomas joue avec les meilleurs de son côté. Ça saute aux yeux mais le vainqueur du Critérium du Dauphiné est beaucoup plus fringant que son supposé leader.

Malchanceux lors de la précédente édition (il avait chuté avec Richie Porte dans la descente du Col de la Biche et avait été contraint à l'abandon après un début d'épreuve royal), Thomas pourrait jouer sa carte personnelle sur ce Tour 2018. En tout cas, pour l'instant, c'est l'impression qu'il donne. Et le fait que tout le monde soit focalisé sur Froome, dont le palmarès n'a rien de comparable avec celui de son tout aussi supposé lieutenant, joue forcément – un peu - en sa faveur.

Christophe Gaudot

Je vais répondre par une autre question : quelles sont les références du Gallois de la Sky sur une épreuve de trois semaines ? Deux 15e places sur le Tour de France ? Une deuxième place, à douze secondes de Froome, après huit étapes et avant son abandon sur la Grande Boucle 2017 ? C'est peu face à un coureur qui a remporté quatre Tours de France et les trois derniers Grands Tours disputés.

Vous me direz qu'aujourd'hui, Thomas compte 59 secondes d'avance sur Froome. Vous aurez raison. J'entends l'argument qui dit que s'il a carte blanche, Thomas peut faire mal sur les pavés. Mais je pense que la Sky a plus à perdre qu'à gagner vers Roubaix dimanche. Dans la tactique de l'équipe britannique, Thomas sera un pion essentiel pour que Froome limite la casse. Et le quadruple vainqueur du Tour reste bien la meilleure chance de son équipe pour triompher sur les Champs.

Vidéo - Martin trop fort, les malheurs de Bardet et Dumoulin : Les moments-clés de la 6e étape

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Le Tour d'Alaphilippe est-il déjà terminé ?

François-Xavier Rallet

La frustration de Julian Alaphilippe à l'arrivée de la 6e étape était visible. Au micro d'Eurosport, le Français a avoué "avoir tout donné" et s'être mis "à la limite". Insuffisant pour suivre le rythme imprimé par les favoris au classement général. Pourtant, cette arrivée au Mûr-de-Bretagne était un effort qui aurait dû convenir au vainqueur de la Flèche Wallonne 2018. Le constat peut aussi se faire après sa performance de la veille où il a flanché à 200m de la ligne et a été dépassé par Philippe Gilbert et Alejandro Valverde. Ces deux occasions manquées, Alaphilippe aura du mal à les avaler. Avec un peu plus de réussite, il serait en jaune ce jeudi soir. C'est raté.

Christophe Gaudot

Il est évident que Julian Alaphilippe a laissé passer deux belles occasions mercredi et jeudi. Deux doubles belles occasions même : il n'a pas remporté d'étape, ni à Quimper ni à Mûr-de-Bretagne et n'en a pas profité non plus pour prendre un maillot jaune qui lui tendait les bras. Sur le Tour, le Français a connu de nombreuses désillusions : 2e à Cherbourg derrière Sagan et 5e à Culoz en 2016 avant son forfait en 2017. Rebelote cette année avec ses 4e et 5e places ces deux derniers jours. Oui mais, s'il y a bien une chose qu'Alaphilippe a toujours fait sur le Tour, c'est persévérer.

Donc non, je ne dirais pas que son Tour est terminé. Il a certes laissé passer de belles chances mais il a prouvé en 2016 qu'il pouvait se glisser dans une échappée et jouer la gagne, même en haute montagne. Je le vois bien en franc-tireur si Quick-Step ne lui assigne pas la tâche d'aider Bob Jungels pour le général. Auquel cas effectivement, son Tour sera terminé, en tout cas individuellement.

Vidéo - Alaphilippe : "Pas déçu, mais pas non plus hyper content"

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