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Alaphilippe : "J'ai été touché, mais je n’ai pas coulé"

Alaphilippe : "J'ai été touché, mais je n’ai pas coulé"

Le 25/07/2019 à 19:37Mis à jour Le 25/07/2019 à 20:03

TOUR DE FRANCE – L'Izoard et le Galibier n'ont pas eu raison de Julian Alaphilippe. Le Français a certes tangué dans le deuxième géant du jour, mais il n'a cédé du terrain qu'à un seul de ses adversaires, Egan Bernal. Avant les deux dernières étapes de montagne, il conserve une minute trente de marge sur son plus proche poursuivant.

Trois jours. Il restait trois jours aux adversaires de Julian Alaphilippe pour renverser le maillot jaune. La première est passée. Au départ de cette 18e étape, le Français comptait 95 secondes de marge sur son dauphin, Geraint Thomas. A l'arrivée à Valloire, le Français en a encore 90. Comme il avait coincé au Prat d'Ablis devant l'offensive de Thibaut Pinot, le numéro un mondial a cette fois cédé quand Egan Bernal a attaqué dans le Galibier. Il a perdu 30 secondes sur le Colombien, qui le suit désormais au classement général, mais, au fond, son avantage reste sensiblement le même.

La chance d'Alaphilippe, c'est de ne jamais céder de terrain aux mêmes hommes. Du coup, il toise toujours la concurrence à 72 heures de l'arrivée à Paris mais surtout à 48 du dénouement de cette édition 2019. Jeudi soir, il oscillait entre fierté, satisfaction et soulagement. "Je m'attendais à tout, au pire des scénarios aussi quand on regardait le profil des étapes, a-t-il confié. C'était une journée de folie. J'ai donné le maximum et, si je perds un peu de temps sur Bernal, ça aurait pu être bien pire quand on voit comment s'est déroulée l'étape : c'était tout le temps à bloc."

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" Même un sprinteur comme Elia Viviani se met la misère en début de col "

Il lui a notamment fallu résister au tempo trépidant des Movistar dans l'Izoard. Là, Alaphilippe a serré les dents, parfois reculé en queue de groupe, mais n'a pas cédé. Il est peu probable qu'un train, même rapide, puisse le faire céder dans ce Tour. D'autant que, cette fois, il a été plutôt bien entouré par ses équipiers. "Je dois leur un grand coup de chapeau, ils ont fait un travail incroyable, a-t-il insisté. Même un sprinteur comme Elia Viviani se met la misère en début de col, il veut m'aider, ça motive tout le monde. Je pense que les mecs m'aiment bien, ils sont heureux de le faire." "On a fait de notre mieux, donc on est content, confirme Enric Mas. Il fallait rester calme et concentré. Julian a encore été grand aujourd'hui."

Grand, mais quand Bernal a démarré à quatre kilomètres du sommet du Galibier, le maillot jaune n'a rien pu faire. Et quand Geraint Thomas a posé une mine à son tour, Alaphilippe s'est retrouvé seul. Il y avait danger, mais il estime avoir géré au mieux ce moment délicat : "Je me suis senti pas trop mal jusqu'à l'attaque de Bernal puis de Thomas. Je me suis accroché. Je savais que j'allais me faire attaquer et c'est ce qui s'est passé. J'ai été touché, mais je n'ai pas coulé." Il a même refait surface au prix d'une descente épique. L'absence d'arrivée au sommet fut sa chance jeudi.

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Cerveau débranché dans la descente

Ayant basculé avec une quinzaine de secondes de retard sur le groupe Pinot-Thomas, Julian Alaphilippe s'est lancé dans une descente d'anthologie. Il a repris tous ses adversaires, sauf Bernal, bien sûr, et on a même cru un instant qu'il allait tenter de se faire la malle. Il raconte ce moment où l'action prend le pas sur la réflexion :

" La descente était très technique, il fallait rester lucide, j'ai pris le temps de récupérer une dizaine de secondes au sommet, j'ai pris un gel, je suis resté concentré deux-trois virages et, après, j'ai débranché le cerveau. J'ai fait une descente de malade, je voulais absolument sauver mon maillot, explique le natif de Saint-Amand-Montrond. Je ne me rappelle plus vraiment de tous les virages, j'étais à la limite. Je pense qu'il était impossible d'aller plus vite."
Alaphilippe (Quick Step Deceuninck) sur la ligne d'arrivée à Valloire

Alaphilippe (Quick Step Deceuninck) sur la ligne d'arrivée à ValloireGetty Images

" Je ne m'autorise toujours pas à rêver "

Au final, il conserve les trois-quarts de son avance sur Egan Bernal et n'a pas cédé un centimètre aux autres. Difficile de considérer qu'il n'a pas signé une bonne opération. Et s'il montre des signes de fragilité, le roseau Alaphilippe ne rompt toujours pas. Mais il reste arrimé à ses éléments de langage : "je continue de prendre jour après jour". Pour un peu, s'il est encore en jaune dimanche soir, on ne s'étonnerait pas de l'entendre répéter la même chose sur les Champs-Elysées.

Mais après tout, la prudence lui sied bien jusqu'ici, et elle n'est pas illégitime. "Je ne m'autorise toujours pas à rêver. On a passé une étape très difficile, mais il en reste deux très, très dures, peut-être même encore plus dures que celle d'aujourd'hui (jeudi, NDLR), rappelle le protégé de Patrick Lefevere. Je sais que ça ne va pas être facile." Mais ce qui semble surtout tout sauf simple, c'est de le déloger de ce trône de moins en moins virtuel.

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